C’est à 2 300 mètres d’altitude que les Autocars Bertolami testent leur Berto, première navette autonome électrique 4x4. « Tout a démarré en mars 2018 d’une volonté d’adapter ce matériel à notre territoire, et de matière générale à la ruralité jusqu’ici tenue à l’écart des expérimentations de ce type », glisse Benjamin Beaudet, directeur général des Autocars Bertolami. Dans leur Drôme des collines, l’altitude est bien moindre mais ses quatre roues motrices s’imposent pour s’affranchir des pentes et des enrobés quelquefois imparfaits. En novembre, la version 4x4 est finalisée par Navya (coût: 280 000 € HT). Pendant 15 ans à la tête d’une agence de communication digitale (C2iS), Benjamin Beaudet pense très vite aussi aux stations de ski qu’il a accompagnées, et notamment Val-Thorens, déjà particulièrement innovante en mobilité verticale. L’office de tourisme et, dans la foulée, la commune dont il dépend (Saint-Martin-de-Belleville) relève le défi. « À l’unanimité, souligne André Plaisance, son maire. Mais on veut être sûr que cela marche par tous les temps! » Les autocars Bertolami s’y attellent désormais. Montant du coût d’exploitation porté par l’exploitant, Navya et la commune: 20 000 €/mois.
Si l’expérience menée jusqu’au 5 mai en haute altitude, sur une voirie soumise à de fortes contraintes (vent, neige, gel…) au cœur d’une station accueillant 380 000 touristes chaque hiver est concluante, l’avenir de Berto, cette navette autonome 4x4 guidée par satellite, dotée de huit capteurs Lidar, deux caméras et deux antennes GPS est assuré! Et le nombre de dossiers étudiés par son exploitant (24 aujourd’hui) risque d’exploser. Mais Benjamin Beaudet ne présage de rien. L’expérimentation commence tout juste. Arrivée avec le flot des premiers vacanciers de février, leur Berto aux couleurs de la station a affronté d’emblée le grand froid (– 12 °C le premier jour). Un défi de taille pour ses batteries. Mais le premier test a été concluant. Rechargées dans un local chauffé de Val Tho Park, elles lui permettent de circuler sur une boucle cible de 4 km avec neuf arrêts, du lundi au jeudi, de 15 à 18 heures. « On dispose d’au moins quatre à cinq heures d’autonomie. On va apprendre en roulant », indique le dg. Prête à grimper des pentes de 14 % avec ses pneus neige ou cloutés, la navette suit doucement (13 km/h maximum) un parcours pré-cartographié et se localise au centimètre près. Elle détecte en 0,9 seconde, soit deux fois plus vite qu’un homme (2 s) un obstacle situé à 6 mètres d’elle. Et pour éviter de trop nombreux stop-and-go, elle klaxonne lorsqu’un intrus se met sur son chemin. D’abord doucement, puis fortement à 2 mètres de lui. La législation rendant pour l’heure obligatoire la présence d’un opérateur, trois conducteurs Bertolami volontaires ont été formés pour s’y succéder pour accueillir et rassurer si besoin ses passagers (14 maximum). « Cela fait partie d’un service de qualité dans un environnement superconnecté comme le nôtre », avance Vincent Lalanne, directeur de l’OT. Reste encore à tester sa navigation autonome lors de fortes chutes de neige, ou lorsqu’il y a beaucoup de piétons, de voitures… Les gigas de données collectés chaque jour via le poste de supervision lyonnais de Navya sont décortiqués tous les matins pour parfaire son exploitation. Berto dispose aujourd’hui de dix semaines pour convaincre Val-Thorens. Mais elle n’y passera pas l’été, car « il est hautement probable qu’elle parte sur le littoral atlantique », glisse Benjamin Beaudet.
