Territoire précurseur lorsqu’il s’est agi de redonner un nouveau souffle aux anciennes relations omnibus, devenues TER, Centre-Val de Loire continue de se mobiliser pour que la qualité de service soit à la hauteur des attentes des voyageurs. Elle lance, par ailleurs, des dispositifs innovants afin, là-encore, d’offrir un meilleur service. Mais son engagement bute pour nombre d’opérations sur celui de l’État. Il n’en demeure pas moins que la Région nourrit de grandes ambitions en voulant, par exemple, aller au-delà de son rôle d’autorité organisatrice des transports.
Philippe Fournié: Lors de la revoyure de notre convention TER, validée mi-2018, nous avons constaté les efforts réalisés par SNCF, mais les objectifs sur la ponctualité n’ont pas été atteints. Ainsi, pour un objectif fixé à 98,7 % de ponctualité en 2017, les résultats atteints n’ont été que de 90,8 %. Nous avons par ailleurs contractualisé sur la réduction du taux de fraude. Il s’élevait à 10,4 % en 2017. L’objectif est de le réduire d’un point par an jusqu’à la fin de la convention.
P. F: C’est un bilan largement positif. Au-delà du lancement en septembre 2017 d’un réseau unique REMI (Réseau de mobilités interurbaines), nous avons déployé, pour ce qui constitue une première en France, une billettique connectée dans l’ensemble des cars scolaires à la rentrée 2018. Ceci afin d’offrir un service plus sécurisant pour les parents, plus efficace pour les transporteurs et permettant un suivi renforcé. L’intégration des agents dans nos espaces décentralisés a été facilitée par cette dynamique de projets.
Le lancement, le 6 mai prochain pour les occasionnels et le 1er septembre pour les abonnés d’une gamme tarifaire intégrée car-train, viendra démontrer la pertinence de la loi NOTRe sur cet aspect. Elle prendra la forme d’un titre unique, quel que soit le mode de transport, avec la possibilité d’acheter l’ensemble de ses titres via SNCF. Elle comprendra également un système de cartes de réduction incluant celle plus spécifique destinée aux jeunes. Elle leur assurera 50 % de réduction en semaine et même 60 % le week-end. De fait, ce transport sera moins cher que le covoiturage. Cette gamme tarifaire intégrée, dont l’une des vocations est assurément de privilégier les transports collectifs au détriment de la voiture particulière, constituera également un plus pour les touristes. Cela sera particulièrement vrai cette année avec les événements marquant les 500 ans de la Renaissance.
P. F.: Il est trop tôt pour faire un bilan qualitatif complet après seulement un an d’exploitation. Nous avions des ambitions importantes et les résultats se sont améliorés, mais restent loin de ce que les voyageurs attendent. La ponctualité sur ces ex-lignes TET (trains d’équilibre du territoire) atteint tout juste les 85 %. L’arrivée des nouveaux trains permettra d’en améliorer grandement la régularité et la qualité de service. Pour Montluçon, l’évolution de la desserte permet de gagner du temps de trajet, de l’ordre de 10 mn, et d’utiliser des matériels neufs de type Coradia Liner sur ce tronçon très rural. Les travaux de rénovation de la ligne ont, toutefois, rendu ce gain temporairement inégal entre les horaires et les semaines.
P. F.: Le report de la ligne Orléans – Châteauneuf-sur-Loire est lié aux contraintes supplémentaires issues de l’enquête publique, notamment sur les passages à niveau. Le développement de cet axe reste toutefois prioritaire pour les années à venir même si nous étudions aujourd’hui un projet alternatif, notamment avec les futurs matériels hydrogène. S’agissant de la réouverture de la ligne Chartres-Orléans, celle-ci n’est effective que sur le tronçon Voves-Chartres. Dans l’attente du prolongement de la ligne vers Orléans et de l’affrètement des directs Tours-Voves-Chartres, les résultats ne sont, pour l’heure, pas représentatifs du potentiel de la ligne. Enfin et marquant ainsi notre mobilisation pour le ferroviaire de proximité, nous allons engager pour près de 12 millions d’euros de travaux pour sauvegarder la ligne Chartres-Courtalain. Sans cela, les TER auraient vu leur vitesse limitée à 40 km/h. Il en aurait résulté une perte de temps de près de 30 minutes sur le seul trajet Illiers-Combray-Chartres, par exemple.
P. F.: Un certain nombre de ces lignes sont déjà exploitées de manière mixte rail-route et nous allons continuer à travailler sur la complémentarité des deux modes. Le lancement de notre nouvelle gamme tarifaire y contribuera grandement.
P. F.: La commande de matériels neufs TET s’est portée sur des trains capables de rouler à 200 km/h. Les lignes reprises seront donc exploitées, comme aujourd’hui, à cette vitesse sur les tronçons adaptés. Nous allons, à cet égard, recevoir les premières des 32 rames Omneo Premium commandées à partir de février 2020. Leur livraison se poursuivra jusqu’en 2022 et permettra de faire disparaître les rames Corail actuellement utilisées sur les relations Paris-Orléans-Tours, Paris-Bourges-Montluçon et Paris-Montargis-Nevers. Ces rames à deux niveaux de 110 m de longueur et disposant de 373 places assises offriront un niveau de confort bien supérieur avec, notamment, le déploiement du wifi. Pouvant circuler en unité-multiple constituée de trois rames, elles offriront, alors, une capacité d’emport de 1 119 places assises et de 27 vélos. Comme ce sont des automotrices électriques, de nombreux gains de temps sont attendus sur les manœuvres en gare et dans les ateliers, permettant, aussi, d’en améliorer la ponctualité.
P. F.: L’échéance de la convention se situe en 2020, laquelle est reconductible jusqu’en 2022. La question de la concurrence sera donc étudiée dans les années à venir, en fonction des évolutions législatives. Cette perspective n’est ni un objectif en soi ni un repoussoir. Il faudra s’interroger sur la meilleure configuration pour garantir aux usagers le meilleur service au meilleur coût. C’est cela qui guidera nos choix futurs en la matière.
P. F.: D’année en année, les éléments transmis par la SNCF s’avèrent de plus en plus précis. Nous avons, par ailleurs, pris l’engagement de la transparence en rendant les données de ponctualité publiques sur notre portail d’Open Data. Il reste bien sûr des éléments à explorer, mais le niveau d’information est en nette amélioration.
P. F.: Les attentes sont fortes sur un redéploiement des crédits CPER sur des opérations de sauvegarde du réseau ferroviaire de proximité. À ce jour, l’État n’est pas engagé formellement à nos côtés, laissant nombre d’opérations en phase d’attente.
P. F.: Nous encourageons les mobilités pendulaires avec les transports collectifs, notamment en proposant des abonnements aux tarifications attractives et en plafonnant le coût à 100 € par mois par salarié.
P. F.: Le réseau structurant régional est électrifié. Ne reste donc que le réseau de proximité qui est aujourd’hui menacé, faute de travaux. Sans un engagement de l’État sur l’infrastructure, la Région ne pourra pas investir dans la technologie hydrogène ou batteries.
P. F.: La Région ne possède pas d’autocars. Elle procède par marchés publics et appels d’offres. Nous y encourageons le verdissement du parc et les futurs marchés seront de plus en plus engagés. À titre d’exemple, un car électrique a déjà été expérimenté dans le Loiret, un autre a été acquis par un transporteur et une ligne GNV entre Bourges et Châteauroux va être lancée.
P. F.: Dans les semaines qui viennent, nous allons lancer notre application REMI qui se voudra un vecteur d’intermodalité sur le territoire. Nous avions déjà mis en place un calculateur d’itinéraire partagé avec les autres autorités organisatrices de la mobilité (AOM) du territoire sur lequel nous nous appuyons et que nous allons étendre aux offres privées de covoiturage. Nous voulons jouer un rôle d’agrégateur des initiatives et aller au-delà de notre rôle d’autorité organisatrice.
