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Saturation de trafic: Bordeaux et La Défense expérimentent le décalage des horaires

Pour lutter contre la congestion, la ville de Bordeaux met en place un « bonus mobilité » destiné à lisser le trafic automobile sur les ponts de la Garonne. En Île-de-France, La Défense teste pour sa part le décalage des horaires d’arrivée sur ses lignes de transport en commun avec les plus gros employeurs de la zone d’activité. Les deux expérimentations recourent au système de « gamification », qui propose des bons d’achats en échange de comportements plus vertueux.

Comment réduire la saturation du trafic en heure de pointe? Parmi les nombreuses manières d’agir sur les déplacements qui ne nécessitent pas la construction d’infrastructures supplémentaires, il semble pertinent de s’intéresser au décalage des heures de trajets domicile-travail. En Île-de-France, un premier galop d’essai a eu lieu à Plaine Commune (Seine-Saint-Denis) lors d’une expérimentation menée fin 2015, qui a permis de réduire d’un tiers le taux d’occupation dans les rames de métro et du RER. À Rennes, les universités ont accepté de décaler d’un quart d’heure les entrées de chaque promo, ce qui a permis d’améliorer les conditions de déplacements en bus aux heures de pointe. Deux nouvelles expérimentations vont être menées conjointement sur Bordeaux et la Défense. Il s’agit à chaque fois de convaincre entreprises, salariés voire étudiants qu’il est possible de changer leurs habitudes. La métropole de Bordeaux vient ainsi de lancer un « bonus mobilité » alors que Paris-La Défense a décidé d’adopter un plan anti-saturation avec la région Île-de-France. Ces deux projets ont été présentés le 11 décembre dernier lors d’un atelier organisé à Issy-les-Moulineaux par So-digital, l’agence numérique de Grand Paris Seine Ouest. Ses concepteurs misent sur l’appât du gain (ici, des bons cadeaux), pour inciter aux comportements vertueux, un phénomène appelé « gamification ». La collaboration des employeurs apparaît également comme prépondérante.

Stratégies alternatives

Fondateur de Transway, entreprise basée à Nantes spécialisée dans la rétribution des changements de comportements en termes de mobilités, Nicolas Tronchon a expliqué comment il a développé « Ireby », le programme bordelais de fidélité et d’incitation destiné à favoriser les comportements de déplacements vertueux des automobilistes. « Si on réduit la circulation automobile de 6 à 7 %, on peut améliorer visiblement la situation », annonce-t-il. Ce programme, soutenu par l’Ademe et le Secrétariat général pour l’investissement, vise à améliorer la traversée des ponts de la Garonne, principale source de congestion de la métropole bordelaise. Le « bonus mobilité » récompense les automobilistes qui évitent les heures de pointe en optant pour des stratégies alternatives. Ces dernières peuvent revêtir diverses formes: décalage de l’heure de départ en voiture, report sur les transports en commun, le vélo ou la marche à pied, changement d’itinéraire, utilisation d’un parc-relais non saturé afin de mieux équilibrer l’offre et la demande en termes de place.

L’opération a démarré en septembre 2018 et continuera jusqu’en juin 2019. Les participants sont invités à télécharger une des applications partenaires de l’opération disponibles (V-Traffic, GoToo, Boogi, OuiHop…). « V-Traffic a l’avantage de posséder un historique de plusieurs années sur le trafic routier, ce qui permettra d’évaluer l’impact de cette opération. En utilisant ces applications, les utilisateurs sont également prévenus des conditions de circulation prévisionnelles. Si des bouchons sont prévus sur leur itinéraire, on peut leur conseiller d’emprunter le bus à la place, ou de partir plus tôt », précise Nicolas Tronchon. Lorsque les automobilistes décalent les horaires de travail et/ou pratiquent le covoiturage, ils se voient attribuer des points, qu’ils peuvent ensuite échanger contre des cadeaux ou des remises chez des commerçants locaux (150 enseignes partenaires) ou nationaux.

Les automobilistes les plus vertueux seront également récompensés par de nombreux lots d’une valeur totale de 50 000 €. Mieux, certains employeurs ont décidé de s’investir, comme Thales Mérignac (1 500 salariés), dont près de la moitié des employés passent tous les jours par les ponts de la Garonne. Le groupe s’est engagé à donner des bons cadeaux de 200 € pour 100 trajets décalés, tout en remboursant 70 % de l’abonnement transport en commun TBM (Transports Bordeaux Métropole). Sur les trois premiers mois, 17 500 Bordelais se sont inscrits au programme « Ireby », mais pour l’instant Nicolas Tronchon préfère ne pas communiquer sur les premiers résultats, considérant qu’il est encore trop tôt.

Émousser la pointe du matin

Depuis le 14 janvier, un « plan anti-saturation » est expérimenté à Paris-La Défense, où 100 000 personnes arrivent chaque matin entre 8 heures et 9 h 30, sur les 180 000 personnes qui y travaillent. « Le pic du matin entre 8 h et 9 h 30 ne bouge pas depuis 1976, malgré l’augmentation de l’offre transport. Le niveau de saturation devient inacceptable », observe Cédric Aubouin, chef du service mobilité et politique de transport à la région Ile-de-France. Sur ce pôle d’activité, 85 % des salariés arrivent en transport en commun, 10 % utilisent leur voiture et 5 % viennent à pied ou à vélo. Concernant les transports en commun, 70 % du trafic est concentré aux heures de pointe. Là encore, Transway pilote le programme de gamification, « Moov and Win », pour désaturer les accès.

Outre le décalage des horaires, l’application « Goto » permet d’enregistrer les modes de déplacements alternatifs des usagers (covoiturage, vélo, marche à pied, télétravail). Des bornes installées aux entrées des immeubles de bureaux permettent aux salariés de bagder, avec leur pass Navigo, à l’arrivée et au départ de l’entreprise. Des beacons (capteurs utilisant la technologie Bluetooth Low Energie) sont également déployés dans les abris vélos et sur les itinéraires piétons les plus fréquentés pour repérer les portables des utilisateurs et ainsi enregistrer leur passage.

Engagement des employeurs

Une quinzaine d’entreprises, parmi les plus gros employeurs du quartier d’affaires de l’ouest parisien comme Total, Engie, Société Générale, EDF, Allianz, Axa et HSBC, ont signé une charte d’engagement avec la région Ile-de-France. Soit au moins 55 000 salariés sur les 180 000, sachant que d’autres entreprises peuvent encore se joindre à l’expérimentation qui durera jusqu’au 31 décembre 2019. Ces employeurs s’engagent par exemple à modifier les heures de réunion (pas avant 10 heures et pas après 16 heures), à généraliser le télétravail ou le déploiement sur des tiers-lieux, et à communiquer auprès de leurs salariés autour de l’opération de « gamification ».

L’accent sera mis sur l’évaluation, en précisant qu’un impact réel pourrait être mesuré si toutes les entreprises décalent de 5 à 10 % l’arrivée de leurs collaborateurs. Cédric Auboin se veut confiant sur les capacités au changement. « La région Ile-de-France a été la première collectivité de France à tester le télétravail à grande échelle, au moins un jour par semaine. Nous avons démarré en septembre 2017 avec 200 agents (sur 1 800). À la mi-décembre, le travail à domicile ou en tiers-lieu est pratiqué par plus de 77 % des agents. Si une vieille administration comme la nôtre est capable de le faire rapidement, je ne doute pas que des entreprises du CAC40 puissent en faire de même. » La Région finance donc cette initiative (budget de 30 000 €), ainsi que deux autres opérations qui devraient être menées à Evry-Courcouronnes sur du trafic routier (N104 et A6) et sur les branches nord de la ligne 13 du métro, en surcharge chronique.

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Auteur

  • Grégoire Hamon
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