Troisième acteur à investir la chaussée parisienne, la filiale de Daimler car2go a démarré début janvier l’installation de ses 800 véhicules électriques en autopartage dans la capitale. Une arrivée saluée par la Ville de Paris, qui attend aussi un partage des données pour mettre en place son futur pass de mobilité.
La France manquait encore au portefeuille d’activité de car2go, leader mondial de l’autopartage flexible sans station, qui affiche une forte présence en Allemagne, son pays d’origine, ainsi qu’à Madrid, Amsterdam ou encore aux États-Unis. La filiale du groupe Daimler a donc procédé mardi 15 janvier à son lancement parisien. Paris est ainsi devenu sa 26e ville opérée et sa 4e équipée d’une flotte totalement électrique. Disposant de 200 Smart EQ fortwo (deux places) électriques au démarrage de son service, car2go est montée à 400 voitures fin janvier, et projette d’en déployer 800 d’ici fin 2019.
« Paris offre des conditions idéales pour le concept d’autopartage sans station, du fait d’un taux de motorisation assez bas et des recharges mises à disposition par la ville. Je suis ravi que car2go puisse s’installer aujourd’hui dans cette ville avec une flotte 100 % électrique et proposer aux Parisiens un service durable, flexible et pratique pour se déplacer », déclare Olivier Reppert, patron de car2go lors de la présentation du dispositif sur le parvis de la gare Saint-Lazare. « Pour que les gens pratiquent l’intermobilité, ils doivent pouvoir utiliser des voitures en libre-service, c’est impossible s’ils utilisent leur propre véhicule », souligne pour sa part Jean-Louis Missika, adjoint à la Maire de Paris, en charge de l’urbanisme et de la mobilité. Ce proche d’Anne Hidalgo indique qu’un véhicule partagé bien utilisé permettra d’enlever trois à sept voitures en circulation dans Paris.
Tout comme les services Moov’in de Renault ou free2move de PSA, car2go fonctionne à partir d’une application qui sert à s’inscrire, trouver, réserver et débloquer les véhicules. Aucun abonnement n’est requis. L’opérateur propose un prix à la minute, qui oscille entre 0,24 € dans les zones les moins demandées, 0,29 € dans les zones à moyenne demande et 0,34 € dans les plus plébiscitées. Des forfaits de plusieurs heures sont également proposés (2, 4, 6 ou 24 heures). Les voitures car2go peuvent stationner sur tous les emplacements de parking de la Ville de Paris, ainsi que sur les emplacements des anciennes Autolib’. Les 40 agents prestataires travaillant pour car2go (ils seront 80 en fin d’année) ont également la possibilité de les brancher sur des stations Belib’. Pour diminuer ses coûts de maintenance, car2go souhaite en effet éviter de redispatcher ses véhicules la nuit pour les recharger.
L’opérateur offrira un crédit de 3 € aux utilisateurs qui feront les branchements sur les bornes de recharge fonctionnelles du réseau Autolib’, et ceci lorsque la batterie descend en dessous de 60 % de capacité. À cette fin, l’application de car2go (disponible via smartphone ainsi que sur le tableau de bord des véhicules) indiquera les emplacements Autolib’ en spécifiant s’ils disposent également de bornes rechargeables en activité (1 000 bornes ont été réactivées sur un total de 3 000). En revanche, il est actuellement impossible de savoir à l’avance si l’emplacement est déjà occupé par un autre véhicule électrique: cette fonctionnalité n’est pas encore proposée par la Ville de Paris, désormais propriétaire des bornes.
« Nous privilégions pour le moment la voiture la plus citadine possible, mais techniquement, nous sommes capables de proposer une voiture quatre places en fonction de la demande », explique Olivier Reppert, qui préfère se concentrer sur les véhicules à deux places. Sur ce point, Jean-Louis Missika précise que les Autolib’ étaient majoritairement utilisées par une, voire deux personnes, mais pas davantage. Au démarrage, le service car2go ne sera disponible que dans Paris intramuros. Des extensions vers les villes limitrophes peuvent cependant s’envisager. « Nous n’avons aucun intérêt à ce que nos voitures restent stationnées dans des endroits où il n’y a aucune location dans les 10 heures suivantes! Nous allons commencer par nous constituer une base de clients suffisante avant de nous étendre par capillarité vers des zones de forte attractivité comme La Défense ou le Carrefour Pleyel, où notre présence deviendra vite indispensable. Nous souhaitons également desservir les deux aéroports parisiens », précise Olivier Reppert.
Les extensions au-delà du périphérique sont également souhaitées par la Ville de Paris. « Nous sommes confiants dans le fait que la plupart des services de voitures partagées deviennent métropolitains », veut croire Jean-Louis Missika. Mais cet élu parisien, par ailleurs en charge du dossier des véhicules autonomes, souhaite aller plus loin. « Nous soutenons plusieurs opérations sur les véhicules autonomes. Pourquoi ne pas intégrer les véhicules de car2go dans notre expérimentation de valet de parking autonome, pour qu’ils se garent automatiquement? De même, nous pourrions aussi envisager de rendre ces véhicules autonomes la nuit, pour que les véhicules se répartissent seuls, ou bien qu’ils puissent à terme emprunter la voie de gauche du périphérique, qui sera réservée aux véhicules connectés », s’enthousiasme-t-il. Mais avant cette échéance un peu lointaine, l’élu parisien plaide en faveur de besoins plus immédiats. « Nous souhaitons que les opérateurs de véhicules en free-floating partagent leurs données dans l’intérêt général. Nous allons travailler dans ce sens, en bonne intelligence, avec car2go. La ville a besoin de savoir quelle est la nature des déplacements et les heures de pointe, afin de mettre en place un pass universel de mobilité, qui puisse agréger l’ensemble des services », insiste Jean-Louis Missika.
Depuis son lancement en 2008 en Allemagne, la filiale du groupe Daimler compte 3,6 millions de clients dans le monde avec 80 000 locations par jour dans le monde pour 14 000 véhicules (dont 10 % sont électriques). Soit un taux d’utilisation moyen de 5,7 fois par jour. Le réseau compte 14 implantations en Europe (6 en Allemagne, 4 en Italie, ainsi qu’Amsterdam, Vienne, Madrid et Paris), 7 implantations aux États-Unis, 4 au Canada et 1 à Chongking, en Chine. Annoncée fin 2018, la fusion de car2go avec DriveNow, le service d’autopartage de BMW sera officielle en 2019. Soit un total de 20 000 véhicules à travers une trentaine de grandes villes internationales et 4 millions de clients répertoriés.
Et la rentabilité?
Car2go refuse de communiquer sur ses résultats et sur ses seuils de rentabilité. La filiale de Daimler reconnaît toutefois que certaines des villes dans lesquelles elle est implantée s’avèrent « très rentables, bien que cela prenne un certain temps pour obtenir une base de clients ainsi qu’un taux d’utilisateurs satisfaisant », selon son patron, Olivier Reppert.
