L’organisation des jeux Olympiques d’été à Paris en juillet et août 2024 sera l’occasion de déployer des véhicules autonomes. Alors que Tokyo, dont les Jeux auront lieu quatre ans plus tôt, a prévu un véritable plan pour déployer des véhicules autonomes pendant cette manifestation, la France s’y prépare plus doucement, tout en nourrissant pourtant de grandes ambitions. Le génie français pourra-t-il relever ce défi?
Les prochains jeux Olympiques de Paris 2024 représentent une opportunité pour démontrer le savoir-faire français en matière de véhicules autonomes, et un possible tremplin pour leur déploiement en France. C’est le pari que font les pôles de compétitivité Systematic Paris Region et Mov’eo, qui ont organisé un événement au Stade de France le 11 décembre dernier portant sur « la transformation numérique des Jeux 2024 ». Moins de six ans avant le démarrage des Jeux, il convient en effet de dresser la liste des principaux chantiers pour répondre aux enjeux de l’événement. L’un des volets concerne l’apport des véhicules autonomes. Le projet de Loi d’orientation sur les mobilités (LOM), présenté en novembre 2018, autorise des expérimentations de véhicules autonomes sur routes ouvertes dès 2020. Mais ces engins seront-ils prêts six ans plus tard, et surtout à même de délester un réseau de transport en surchauffe alors que 15 à 20 millions de visiteurs vont affluer pendant les jeux Olympiques et Paralympiques? Les lignes du futur Grand Paris Express annoncées pour 2024 risquent de ne pas être terminées à temps, tout comme le CDG Express. Toutefois, les véhicules autonomes qui seront déployés dans six ans ne sont pas destinés à opérer du Mass Transit. Ils devront toutefois faire plus, beaucoup plus, que les quelques démonstrations qui commencent à se dérouler en France.
« Il faudra éviter de faire uniquement une belle démonstration à la française », prévient ainsi Manuel Chaufrein, représentant du projet Tevac (Expérimentation pour le véhicule autonome & connecté) pour Mov’eo. Il prend exemple sur le Japon, qui s’est mobilisé depuis 2014 sur les véhicules autonomes en vue de l’organisation des J.O. 2020, à Tokyo. En concertation avec les constructeurs automobiles, le gouvernement japonais a fixé un calendrier ambitieux pour le déploiement des véhicules autonomes: démarrage pendant les Jeux de Tokyo, puis diffusion d’ici 2025 à travers tout le pays, zones rurales comprises. Ce programme est directement géré par le Cabinet Office, l’agence gouvernementale chargée de la gestion des affaires courantes, à travers la création du programme interministériel disposant d’un budget annuel de 20 millions d’euros. Sans compter les efforts consentis par Toyota, qui a investi 430 millions d’euros dans Uber dans le cadre d’une coopération sur les véhicules à conduite autonome.
« Souvenez-vous, les Japonais avaient profité des J.O. de 1964 pour lancer leur premier Shinkansen. Dans deux ans, ils vont pouvoir appliquer de manière transversale les recherches menées dans le domaine de la robotique et la maîtrise de l’hydrogène en matière de véhicules autonomes, notamment sur plusieurs autoroutes ouvertes, avec des niveaux 4 ou 5, ou parfois uniquement 2 pour déplacer des officiels », annonce Manuel Chaufrein. Toutefois, ces robots-taxis ne seront pas totalement intégrés dans l’infrastructure. Ce sera encore trop tôt. « Tokyo va devoir faire face à un afflux de visiteurs sur une période très courte, sans possibilité de créer de nouvelles infrastructures, à part une offre de bus en complément. Donc, la ville va jouer sur la demande, en modifiant les horaires de travail des salariés et en développant le télétravail, une habitude très peu répandue là-bas. Le véhicule autonome sera présenté en tant que démonstrateur de la technologie japonaise, mais ne sera pas intégré au schéma de transport, la maturité technologique n’est pas suffisante pour en faire un vecteur de transport », indique Nadège Faul, cheffe de projet recherche et innovation chez Vedecom. La donne ne sera évidemment pas la même en 2024 et, pour cette édition, la France devra dépasser le stade du démonstrateur. « D’ici là, nous pourrons bénéficier des enseignements de l’appel à projets Evra de l’Ademe, qui sera terminé en 2021 et vise à soutenir des projets d’expérimentation commercialisables de véhicules autonomes. Nous verrons comment en tirer quelques briques pour les utiliser dans une logique de service, et non plus de démonstration », souligne Nadège Faul.
Les différentes expérimentations menées à Versailles, au plateau de Saclay ou encore à Rouen avec quelques véhicules, vont permettre d’initier le processus. Elles restent encore timides par rapport aux enjeux. Surtout qu’au même moment, Waymo, filiale de Google, exploite depuis décembre 2018 le premier service commercial de robot-taxi au monde dans quatre districts de Phoenix, en Arizona. « La France manque de gros investisseurs, comme Toyota au japon ou GM aux États-Unis [NDLR: sans oublier Ford, Google, Intel…]. Renault et PSA investissent, mais pas dans les mêmes proportions. Il leur faut des garanties, de la visibilité. Ils se positionnent plus comme des fournisseurs de nouvelles mobilités, et n’ont pas encore passé le cap. À côté, la Chine investit massivement dans le fret autonome, et Toyota le fait à travers la robotique, du fauteuil roulant au véhicule routier », regrette Manuel Chaufrein.
Il ne faudrait pas que, partie parmi les pionniers, la France ne présente que des véhicules autonomes séduisants, mais déjà dépassés. En France, le constructeur Navya, qui avait réussi son entrée en bourse en juillet 2018, a dû revoir ses prévisions d’activité à la baisse, passant des 30 millions d’euros annoncés à une fourchette de 17-19 millions. Son cours a dévissé. Les investisseurs craignent notamment l’arrivée des navettes développées par Uber, Google et Didi (le Uber chinois), qui disposent d’une force de frappe autrement plus conséquente.
