« C’est un outil rare, le seul qui soit multimodal », et c’est aussi un « outil politique » qu’auront tous les parlementaires, et prioritairement les députés qui se préparent en mai à voter la Loi d’orientation des mobilités (Lom) et son volet infrastructures. Louis Nègre, co-président de TDIE avec Philippe Duron, et président du Gart, fait ainsi l’article de L’Atlas TDIE pour une approche renouvelée des infrastructures de transport. En 90 pages, ce document réunit 21 cartes géographiques montrant l’évolution dans le temps des projets de routes, autoroutes, LGV, canaux, fleuves, etc. Une partie résume ce qui a été lancé ou réalisé depuis le début du XXIe siècle, la seconde tout ce qui reste à faire… dans l’idéal.
Ce n’est pas la première fois que TDIE bat les cartes des infrastructures. « En 2003, avant le vote du CIADT [Comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire, NDLR], c’est notre document qui a été le document de travail de tous les parlementaires. Le ministre était furieux! », s’amuse l’universitaire Michel Savy, membre du conseil scientifique de ce lobby des infrastructures et du transport. Lors des présidentielles successives, TDIE avait ainsi couché sur cartes ses desiderata de nouvelles infrastructures. Desseins qui ont trouvé des traductions souvent irréalistes, comme le Schéma national des infrastructures de transports (Snit), annexé aux lois Grenelle de l’environnement, avec ses 2 000 km de LGV et presque autant de lignes de TCSP!
Avec le cru 2019, rebelote. L’objectif est évidemment d’inciter les députés à gonfler la carte des projets, du moins à solidifier l’assise des réalisations envisagées par le Gouvernement en assurant que celui-ci puisse aussi augmenter l’effort pour l’entretien des réseaux (routes, rail…) qui vieillissent. En corollaire, il s’agit de pousser les élus à voter des outils de financements pérennes permettant la réalisation de ces ambitions, dans le cadre d’une programmation pluriannuelle.
Au Sénat, le vote de la Lom en première lecture, où le chapitre infrastructures a été remonté depuis le bas du texte pour figurer en tête de la loi, a d’ailleurs donné lieu à un concours de revendications… Et ma LGV? Et mon autoroute? Et ma déviation?
Mais le bilan n’a pas été très fructueux. La recherche de nouveaux outils de financement pour l’AFITF a capoté. En dépit d’une tentative en commission, le Sénat, dans l’opposition, ne s’est pas risqué à voter une vignette poids lourds, laissant aux députés marcheurs la responsabilité de décider des mauvaises nouvelles (vignette, taxe poids lourds régionale comme en Alsace?). Pour l’instant, on reste sur un échec d’autant que le budget 2019 de l’AFITF progresse à peine, à 2,48 milliards d’euros (contre 2,23 Mds€ exécutés en 2018). Parallèlement, le ministère des Transports a communiqué sur son choix du scénario 2 du COI, qui prévoit de passer à 3 milliards d’euros d’investissements par an. Comme piqûre de rappel, TDIE présente d’ailleurs dans son atlas les cartes des trois scénarios du rapport Duron. En y maintenant le projet d’A45 entre Lyon et Saint-Étienne, pourtant annulé par le Gouvernement l’an dernier.
Louis Nègre en convient, la soixantaine de questions minutieuses adressées par TDIE aux principales listes candidates aux européennes du 26 mai risque de donner mal à la tête à ceux qui vont y répondre. Comme pour les présidentielles, le think tank a réédité son questionnaire découpé par thèmes (stratégie européenne, mobilité durable, logistique, infrastructures et financements, route, numérique, etc.). Il compte en publier la synthèse le 6 mai. « Cela aide les partis à organiser leurs programmes », explique le co-président, Philippe Duron. D’ailleurs, après l’écrit, TDIE fera passer le grand oral aux principaux candidats. Il organise un grand débat le 14 mai à la Mutualité, à Paris.
