Après la reprise en 2018 de trois lignes de Trains d’équilibre du territoire (TET), après la mise en gratuité de ses transports scolaires à la rentrée 2017, la région Centre-Val-de-Loire adopte un plan multifacette de soutien aux nouvelles mobilités. Celui-ci concerne les transports routier et ferroviaire bien sûr, mais aussi la tarification, l’information, ainsi que des solutions adaptées à la ruralité… qui restent à inventer.
« Aujourd’hui, sur les 2,5 millions d’habitants de Centre-Val-de-Loire, près de la moitié résident hors périmètre d’une AO de mobilité urbaine, explique Philippe Fournié, vice-président du conseil régional en charge des transports. Nous devons donc réinventer la mobilité sur beaucoup de territoires. Pour ce faire, nous n’allons plus raisonner en termes origine-destination, mais nous baser plutôt sur le besoin de l’habitant, sur l’usage. Ainsi, par exemple, la Région aide à la création de MSP (Maison de santé pluridisciplinaire) pour lutter contre la désertification médicale. Eh bien, certains de nos TAD seront réservés deux demi-journées par semaine au transport de personnes vers ces MSP. Autre exemple: nous avons créé dans l’Indre une liaison par car entre La Châtre et Argenton, où se trouve l’agence Pôle emploi. » Pour s’adapter aux besoins réels des territoires, la Région met en place un fonds de mobilité rural de 300 000 € pour accompagner les EPCI, communes, associations, voire entreprises privées qui veulent développer des solutions innovantes de mobilité. « C’est un fonds d’amorçage. Par la suite, nous adapterons le montant de ce fonds aux besoins! », précise Philippe Fournié.
Parmi les premières pistes… ce garage associatif et solidaire pour les populations en difficulté qui va développer deux services: le prêt de voiture pour les personnes en formation ou ayant retrouvé un travail; et un TAD en véhicule léger conduit par des personnes en insertion. La création de conseillers en mobilité dans les associations d’insertion afin d’aider certains publics à comprendre et combiner les dispositifs de mobilité déjà existants; ou l’aide à une société privée de covoiturage électrique à bas prix pour retravailler son modèle économique… « Nous ne voulons pas imposer un modèle, mais repérer et diffuser des solutions innovantes adaptées aux territoires. Ce peut être aider des projets locaux de covoiturage spontanés ou d’autopartage entre particuliers. Parfois, il peut s’agir d’une nouvelle approche de l’existant. Ainsi, le bassin industriel d’Aubigny, dans le Cher, assez enclavé mais desservi par des services réguliers… peu utilisés, compte des emplois très qualifiés et d’autres beaucoup moins, détaille Philippe Fournié. Une étude nous a permis de constater que les très qualifiés viennent de deux bassins de population, et les moins qualifiés d’un troisième bassin. Nous allons donc créer une navette pour un des bassins et adapter les horaires des cars pour les autres bassins. Et les entreprises vont aussi procéder à des adaptations. »
Le fonds de mobilité rurale (avec un taux d’intervention de 50 % plafonné à 50 000 € par initiative) aidera à financer des études, à élaborer des plans de mobilité en entreprises ou en milieu rural, à aménager des aires de covoiturage, à communiquer sur l’autopartage, à développer des services de mobilité à la demande en s’appuyant sur les taxis… « À terme, toutes les solutions seront intégrées sur notre plateforme d’information, JV Malin », déclare Philippe Fournié.
Créée en 2012, cette centrale d’information multimodale intègre progressivement les nouvelles offres de mobilité. Déjà, depuis fin 2018, le calculateur Géovélo, développé par une startup régionale, tient compte de la qualité des aménagements pour deux-roues. « La Région prévoit l’intégration, dès la rentrée 2019, de données de covoiturage de plateformes existantes, tant pour l’occasionnel que pour les déplacements quotidiens. En cas de carence sur certains territoires, la Région pourra adjoindre une offre publique. Et, à terme, JV Malin proposera à la vente des titres de transport », poursuit-il. La Région veut en effet mettre en place une billettique unique… au plus vite. « La difficulté, c’est la Loi d’orientation des mobilités, qui va donner la compétence transport à chaque interco. Aujourd’hui, nous sommes quinze autour de la table, demain nous serons trente, avec des puissances financières différentes. Et nous arrivons en période électorale. Ça va être compliqué », prévient-il.
La Région ambitionne également de « sauvegarder les lignes ferroviaires du quotidien. Nous avons décidé de financer 50 % du coût des travaux jusqu’en 2025, même si c’est au-delà du CPER. Le problème, c’est que les financements de l’État sont toujours très longs à être débloqués. Au point que nous avons décidé d’avancer les sommes pour la ligne Tours-Loche », reprend Philippe Fournié. Ainsi, un chantier de 3,80 M€ hors CPER entièrement financé par la Région a débuté fin février pour un RVB (Renouvellement voie ballast) qui permettra d’éviter les limitations de vitesse sur cet axe considéré comme « ayant le meilleur potentiel en Touraine ». Toujours à propos du rail, un investissement de 460 M€ va permettre de remplacer d’ici 2020 les rames Corail des ex-TAT par 32 rames Regio2N. Et depuis février, trois rames Regiolis assurent la liaison Bourges-Montluçon.
Le dispositif Nouvelles mobilités imaginé par Centre-Val-de-Loire s’appuie aussi, naturellement, sur l’existant en proposant une nouvelle gamme tarifaire. « La reprise des trains Intercités oblige à une modification de l’approche commerciale. Quant aux services routiers, les tarifs étaient très disparates entre le TER et les six ex-réseaux départementaux. Unifiée, simplifiée et lisible, la nouvelle gamme vise à être concurrentielle vis-à-vis des autres modes de transport, notamment le covoiturage, et à repartir sur une dynamique positive en termes de recettes », ajoute-t-il. En effet, si le volume d’abonnés est assez stable, le nombre de voyageurs occasionnels est en baisse constante depuis 2012. « Nous voulons mieux cibler les différentes catégories de voyageurs et, si possible, les fidéliser. Notamment les jeunes avec une offre non plus liée aux statuts mais à l’âge, soit moins de 26 ans », résume-t-il.
La nouvelle gamme tarifaire entrera en vigueur en mai pour les occasionnels, et en septembre pour les abonnés. Selon le bilan prévisionnel, le gain en voyageurs occasionnels ferroviaires est estimé à + 1,7 % et + 4 % pour les recettes. Soit 3 M€ la première année, 600 K€ la deuxième, 300 K€ la troisième. Pour les abonnées ferroviaires, les gains seraient de 0,3 % pour les voyages et + 5 % pour les recettes, notamment grâce à la part de financement des employeurs franciliens. Concernant le mode routier, pour lequel la contribution régionale actuelle s’élève à environ 350 M€, le bilan prévisionnel table sur un résultat positif de 4 M€ par an sur un total de recettes directes actuelles de 135 M€.
Ferroviaire:
70 000 voyages quotidiens dont…
17 000 sur ex TAT;
50 000 sur lignes TER (dont 50 % sur Paris Chartres);
70 % du trafic (en volume voyageurs/km) concerne les relations avec l’Ïle-de-France, avec une prédominance des voyageurs occasionnels
Routier:
9 000 voyages commerciaux quotidiens sur lignes régulières interurbaines;
30 000 voyages scolaires quotidiens sur lignes régulières interurbaines.
Hors scolaires, les lignes régulières routières comptent 3 à 4 millions de voyageurs/km dont 75 % d’occasionnels
