Suite au rapport de la Cour des Comptes, toutes les collectivités locales se penchent, ensemble, sur les routes saturées de l’aire toulousaine, sous l’autorité de la Région. Le débat se cristallise sur la gouvernance, et les solutions envisagées pour améliorer les choses s’inspirent autant de l’application de la loi NOTRe que des pistes amorcées par le projet de Loi d’orientations des mobilités (Lom). Tandis que les différents acteurs concernés gardent un œil sur le calendrier électoral…
« La congestion automobile atteint des proportions insupportables, du fait de l’attractivité croissante de l’agglomération toulousaine et d’un étalement urbain qui favorise la voiture », constatent les collectivités locales. La région Occitanie Pyrénées-Méditerranée a invité autour d’une même table le département haut-garonnais, les communautés d’agglomérations concernées (Toulouse Métropole, le Muretain et le Sicoval) et l’autorité organisatrice des transports urbains, Tisséo, pour évoquer la question des mobilités sur une zone qui compte 15 000 habitants de plus chaque année. « En 10 ans, les flux domicile-travail ont augmenté de 70 % vers la Métropole venant des communes situées entre 30 et 80 km », constatent les partenaires. Tandis que la Chambre régionale des comptes rappelle que moins de 18 % des 3,8 millions de déplacements quotidiens s’effectuent en transports en commun.
En septembre dernier, Carole Delga, la présidente de Région (lire ci-contre), avait déjà proposé à Élisabeth Borne, ministre des Transports, « la création d’une agence des mobilités en Occitanie, qui se verrait transférer les compétences mobilités et réseaux, accompagnées d’une révision des modes de financements. L’idée est de simplifier la gouvernance ». De son côté, en mars, la Préfecture a réuni le troisième comité de pilotage pour que l’État, la Région, le conseil départemental, Toulouse Métropole et Tisséo Collectivités réalisent des études prospectives multimodales mobilisant 3 M€ (inscrits au Contrat de plan État-Région 2015-2020).
Quant au Département et à l’Agglomération toulousaine, ils ont passé un accord de coopération comprenant plusieurs axes de travail. À la signature, Jean-Luc Moudenc, président de la Métropole et maire de Toulouse, a précisé: « Toute la partie mobilité est extrêmement importante », tant sur le plan des transports en commun que des infrastructures routières.
Parmi les pistes entrevues par tous: s’appuyer sur les lignes de métro, bus et tramway existantes et les optimiser, favoriser le multimodal, inciter le covoiturage, développer les mobilités douces et anticiper de futurs aménagements. L’Autate (l’Association des usagers des transports de l’agglomération toulousaine et des environs) voit cela d’un bon œil: « Cela permettra une meilleure organisation, une cohérence, même au niveau des budgets. »
Ombre au tableau, la Chambre régionale des comptes a rendu en début d’année des rapports fustigeant la gestion de Tisséo (dans un jugement mis en ligne le 28 mars, l’ex-comptable « est constitué débiteur du SMIC pour la somme de 50 871,49 € »), des primes accordées, le retard de Toulouse Métropole dans le versement de sa subvention et surtout la capacité à financer la troisième ligne de métro.
Covoiturage
Les systèmes de covoiturage sont nombreux. Telle la plateforme covoiturage.tisseo.fr, un service gratuit pour des trajets domicile-travail créé en 2008, qui compte une quarantaine d’entreprises et plus de 7 000 salariés inscrits.
Dans le cadre du projet Commute, Airbus, Safran, ATB et ATR, situées sur la zone aéroportuaire souvent engorgée, expérimentent depuis septembre 2018 le système de l’opérateur Karos.
En février, Tisséo Collectivités a adhéré à Ecosyst’M pour accompagner un covoiturage solidaire sur les communes de l’est toulousain. De même, de mars à décembre 2019, elle pilote l’expérimentation Klaxit pour les usagers du Muretain Agglo et du Sicoval, non desservis en transports en commun et allant vers des pôles multimodaux.
Téléphérique
L’une des pièces majeures pour désengorger la ceinture sud de Toulouse sera un téléphérique qui enjambera la Garonne et des coteaux. Soit trois stations sur 3 km, pour 100 M€ TTC. Les travaux doivent démarrer à l’été 2019.
Lors de l’enquête publique, l’Autate a fait remarquer que la capacité de 8 000 passagers jour ne suffira pas: « C’est plutôt entre 50 000 et 100 000 voyageurs/jour que devrait permettre cet axe structurant de transports en commun. » L’association préférerait un bus en site propre cadencé ou un renforcement du réseau ferroviaire. La Chambre régionale des comptes s’interroge également sur l’efficacité de cette desserte, à laquelle des extensions en bus sont prévues.
La troisième ligne de métro
L’enquête publique doit être lancée avant l’été. Pour une mise en service en 2025 de Toulouse Aerospace Express, soit une ligne de 28 km reliant Colomiers (à l’ouest de Toulouse) à Labège au sud-est, en passant par la gare Matabiau, quatre autres correspondances SNCF et des bassins d’emploi. Elle est prévue pour 200 000 déplacements quotidiens.
La Chambre régionale des comptes relève: « Le choix de la construction d’une troisième ligne de métro constitue un pari sur l’avenir. S’il traduit l’ambition de mieux maîtriser l’étalement urbain, la capacité de ce projet à orienter une part suffisante des 500 000 nouveaux déplacements quotidiens vers les transports en commun reste incertaine. »
La Cour doute aussi de la capacité de financement et s’inquiète de l’encours de la dette. Enfin, elle a relevé un marché à bons de commande entaché d’irrégularités qui dépassait 13 fois son montant initial. Après signalement du président de Tisséo Collectivités, le parquet a ouvert une enquête.
