Pour financer les 17 milliards de mesures issues du Grand débat national en réponse à la crise des gilets jaunes, le gouvernement va faire la chasse aux niches fiscales. Pas de chance pour les défenseurs des transports publics, qui soutiennent l’application d’une TVA à taux réduit de 5,5 % sur les trajets du quotidien. Rien n’indique d’ailleurs que l’argument prix suffirait à convaincre ceux qui prennent leur voiture de préférer les transports publics. Il faut préciser que le véhicule individuel reste largement majoritaire dans les déplacements domicile-travail, excepté en Ile-de-France et dans les centres des grandes agglomérations. Pour la plupart d’entre nous, la voiture est une évidence. Plus confortable, plus pratique, plus rapide aussi.
Pour déshabituer les Français de l’automobile, sans leur donner l’impression de les punir, le chemin risque donc d’être encore long et laborieux. Comment les décideurs politiques vont-ils pratiquer et renouveler l’exercice d’équilibriste qui consiste à ménager les actifs contraints de se rendre à leur travail en voiture tout en prônant l’abandon du tout-voiture? Après avoir généralisé le droit au transport, notre société s’est découvert un nouveau totem, celui de la mobilité intelligente. Mais cette nouvelle vertu cardinale n’est accessible qu’aux urbains ultra-connectés. Les autres, bassement prisonniers du diesel, de la ruralité, et des centres commerciaux, cumulent donc tous les mauvais choix…
C’est le revers de la mobilité qui libère, « la fin du rêve », écrit le sociologue Éric Le Breton
*Mobilité, la fin du rêve? par Éric Le Breton, collection Les Panseurs sociaux, Éditions Apogée.
