Le cash qu’il reste dans les caisses d’Alstom pour mener sa barque seul après l’échec de son rachat par Siemens, se monte à 1,2 milliard d’euros, sachant que cet été, le groupe français aura distribué à ses actionnaires le produit de la vente à General Electric de la partie énergie. Que va faire Alstom de ce trésor de guerre? « Acquisitions ciblées », « partenariats », modernisation de l’outil industriel… le pdg, Henri Poupart-Lafarge, détaillera sa stratégie le 24 juin auprès des investisseurs.
À l’évidence, la concurrence chinoise reste un fort aiguillon. Car il note que CRRC, qui a établi son siège européen à Vienne, et les industriels chinois, continuent d’avancer leurs pions sur le Vieux continent (rachat du fabricant de sièges Saira par KTK, en mars). Or, l’Europe et la France restent les premiers donneurs d’ordre d’Alstom, avec 61 % des commandes l’an passé. Certes, le groupe s’est mondialisé en ouvrant des bases industrielles en Inde et en Afrique du Sud, plus compétitives, qui dépassent les 4 000 employés chacune, et s’est renforcé en Amérique du Nord.
En tout cas, tous les voyants sont au vert, comme le montrent les résultats 2018-2019, présentés le 7 mai: un chiffre d’affaires de 8,1 milliards d’euros (+ 10 %), un carnet de commandes inédit de 40,5 milliards, gonflé par le TGV du futur et le contrat du métro de Montréal, et un résultat net de 681 millions. L’exécution des contrats est maîtrisée, sans dérapage notoire ni accident industriel dans la livraison. Signe de son évolution: le groupe a crû davantage dans la vente de systèmes, la signalisation et les services (+ 16 %) que sur le matériel roulant (+ 11 %).
« Premier produit nouveau lancé par Alstom depuis des années », Aptis est un « succès », s’anime Henri Poupart-Lafarge, allant jusqu’à parler de « Tesla du bus ». Grâce à la commande d’Ile-de-France Mobilités (avec Bolloré et Heuliez) pour la RATP, l’industriel se voit véritablement consacré constructeur de bus. Engagée par Jean-Baptiste Emeyoud, le patron d’Alstom France, cette conversion au véhicule routier était destinée à éviter un plan social d’ampleur dans sa filiale alsacienne NTL (ex-Translohr). Désormais, Alstom peut préparer l’industrialisation d’Aptis, répartie entre l’usine NTL de Duppigheim et le site Alstom de Reichshoffen, où se poursuit également la construction des rames ferroviaires Régiolis. Le constructeur attend pour la fin de l’année la concrétisation de commandes qui devrait être d’un minimum de 26 machines, selon les annonces d’IDFM et de la RATP. En attendant, il se fait la main avec les 12 Aptis à livrer pour Strasbourg.
Qui dit bus électrique dit batteries. Si Alstom n’est pas tenté par l’acquisition d’un fabricant de batteries, son pdg envisage des partenariats. « C’est important pour sécuriser le management et la gestion des batteries », a conclu Henri Poupart-Lafarge.
Signe des ambitions mondiales d’Alstom comme constructeur de bus, il a fait débarquer son Aptis au Chili le 2 mai. Le véhicule circulera durant trois mois en démonstration à Santiago, dans le cadre d’un projet pilote conduit par Transdev. L’opérateur français via Redbus y exploite le réseau de transport urbain Red Metropolitana de Movilidad.
En France, le seul achat en bonne et due forme est celui de 12 exemplaires passé par Strasbourg. Le contrat-cadre attribué par Ile-de-France Mobilités n’a pas encore été enclenché, mais sert de carte de visite. La Rochelle serait sur le point d’acheter quatre véhicules, Grenoble également. Lors de l’annonce des résultats annuels, Henri Poupart-Lafarge a également fait état de débouchés possibles en Italie: « Aptis a un rayon de braquage réduit, qui convient aux rues étroites », souligne-t-il.
En attendant de révéler sa stratégie, le patron d’Alstom a vanté l’exemple du partenariat avec EasyMile. La proximité avec la startup, qui conçoit des solutions pour navettes autonomes, va au-delà du lien capitalistique (14 millions d’euros investis en 2017). « EasyMile nous sert de plateforme technique pour mettre au point nos trams et trains autonomes », souligne le patron d’Alstom. En contrepartie, l’industriel aide EasyMile à vendre ses navettes. « Commercialement, nous commençons à faire des choses avec eux », souligne Henri Poupart-Lafarge.
