L’instance était censée apporter de la cohésion. Elle est aujourd’hui l’épicentre d’une crise qui secoue les transports réunionnais. Le SMTR, Syndicat mixte des transports de La Réunion, se trouve au bord de l’implosion. Trois autorités organisatrices, soit la moitié de ses adhérents, menacent de se retirer, ce qui pourrait signifier, à terme, son arrêt de mort.
C’est une intercommunalité, le TCO (communauté d’agglomérations du Territoire de la côte ouest), qui a déclenché les hostilités, le 15 avril, en actant son départ par un vote en conseil communautaire. La délibération a des allures d’ultimatum. La collectivité indique qu’elle mettra sa menace à exécution, si elle n’obtient pas la démission du président, Alix Galbois, d’ici début 2020 (le délai nécessaire pour finaliser une convention de retrait). Deux autres collectivités, la Région et la Communauté intercommunale du nord de La Réunion (Cinor), s’apprêtent à l’imiter.
« C’est un problème de confiance. On ne peut pas travailler sereinement avec ce président-là », explique Françoise Lambert, vice-présidente transport du TCO, qui déplore plusieurs initiatives d’Alix Galbois, prises sans concertation avec ses collectivités adhérentes, alors qu’elles les engagent lourdement.
Le feu couve depuis plusieurs mois, en réalité. Depuis l’appel d’offres « Stir », visant la mise en place d’une billettique unique. Le président avait alors été seul à défendre l’attribution du marché à Ixxi, contre l’avis de son comité syndical, qui jugeait que la solution d’un système de billettique lourde n’était plus adaptée aux réseaux. Ces dissensions avaient débouché sur le vote d’une motion de défiance, en septembre dernier.
Les tensions ont repris de plus belle en ce début d’année, sur fond de rivalités politiques entre barons de la droite. Grâce au soutien des collectivités du sud (Casud et Civis), hostiles à la Région, Alix Galbois est parvenu à faire adopter son budget 2019, sur le fil du rasoir, lui évitant une mise sous tutelle de la structure. Mais ce vote a laissé des traces parmi les collectivités frondeuses, déterminées à passer à l’action.
Une disparition de la structure serait lourde de conséquences pour les usagers. Fondé en 2013, le Syndicat mixte était censé favoriser une meilleure coordination entre les six autorités organisatrices et leurs réseaux de bus respectifs, sans résultat tangible à ce jour.
À cela, viennent s’ajouter de vives tensions sur les questions de tarification. Suite au mouvement des gilets jaunes, la collectivité régionale a lancé un débat sur la gratuité de ses services interurbains, les Cars jaunes. Un débat qui suscite la colère des professionnels, qui estiment que le réseau, déjà saturé, n’est pas en mesure de l’absorber. Ainsi que celles des EPCI, qui craignent de se retrouver en porte-à-faux avec leurs usagers sur les réseaux urbains.
