Le Bundesrat, la seconde chambre du parlement allemand représentant les Länder, a donné son feu vert mi-mai à la trottinette électrique, jusqu’alors interdite dans le pays. Les premiers engins pourraient circuler à l’été.
Le ministre allemand des Transports, le conservateur bavarois Andreas Scheuer, qui venait de tester avec enthousiasme une trottinette électrique dans les couloirs de son ministère, voyait déjà ces engins venir au secours du climat. Il s’est très rapidement heurté aux réticences des élus locaux et régionaux, du corps médical, des puissantes associations de cyclistes, et même des écologistes puristes pour qui la trottinette électrique est avant tout « un gadget gaspillant des ressources précieuses, telles que le lithium pour les batteries ».
C’est donc un projet largement amendé qui a finalement été adopté par le parlement le 17 mai. La trottinette électrique, qui pourrait faire son apparition dans le courant de l’été dans les rues des villes allemandes, sera bannie des trottoirs. Les adeptes, qui devront être âgés de plus de 14 ans, se partageront les pistes cyclables (déjà très encombrées) avec les cyclistes. En l’absence de pistes cyclables, ils devront circuler sur la route avec les voitures. Les engins devront être équipés de deux systèmes de freinage distincts, d’éclairages avant et arrière, d’une sonnette et de réflecteurs latéraux. Les véhicules ne pourront dépasser les 20 km/h et ne devront pas excéder 70 cm de large, 2 mètres de long et 55 kg. Les trottinettes devront toutes être équipées d’une plaquette prouvant que les engins sont assurés.
Le législateur allemand a par contre renoncé à rendre obligatoire le port du casque et la possession d’un permis de conduire deux-roues, un « laxisme sécuritaire » aussitôt dénoncé par les fédérations de médecins convaincus d’une prochaine recrudescence de graves accidents de la circulation.
La plupart des grands loueurs de ces engins électriques (la start-up berlinoise Tier, Hive ainsi que les américains Bird et Lime de la Silicon Valley) sont dans les starting-blocks depuis l’annonce au début de l’année que l’Allemagne s’apprêtait à autoriser la trottinette électrique. À Stuttgart, dix entreprises ont déjà manifesté leur intérêt auprès de la municipalité. La Ville de Munich compte sur 10 000 engins dès l’été; Francfort table sur 5 000 à 10 000 trottinettes. « Une fois que la législation sera entrée en vigueur, les villes n’auront plus aucune influence sur la quantité de rollers qui seront à la disposition des usagers », s’inquiète un porte-parole de la capitale bavaroise, déjà échaudé par le spectacle de milliers de vélos partagés abandonnés dans les rues de Munich. « Là où l’espace public est rare, on ne pourra échapper à la concentration des opérateurs », estime Helmut Dedy, de la fédération des municipalités allemandes.
De fait, les principales villes cherchent déjà à canaliser le futur déploiement des trottinettes dans l’espace public. Francfort prévoit une obligation de déposer les trottinettes électriques dans des stations de location de maximum cinq engins chacune et veut obliger les loueurs à retirer du paysage urbain les trottinettes défectueuses en l’espace de six heures. Berlin veut accorder 24 heures aux opérateurs d’applications de locations pour embarquer les engins en panne. Toutes ces municipalités s’attendent à des conflits avec les cyclistes. « San Francisco, Paris ou Madrid ont fait de mauvaises expériences avec les trottinettes électriques, rappelle la fédération de cyclistes ADEC. Il y aura davantage d’accidents, et on trouvera des trottinettes échouées partout dans les villes. » Notamment sur les pistes cyclables.
