Le réseau des transports en commun munichois est rapide et efficace. Mais il est engorgé. Surtout, conçu en étoile comme celui de Paris, le réseau de S-Bahn, (le RER local) oblige les habitants des banlieues à traverser le centre-ville pour se rendre à leur travail s’ils doivent aller du nord au sud ou d’est en ouest. L’an passé, la société de transports régionale MVG (la société qui exploite les réseaux de RER, métro, tramway et bus) a transporté 596 millions de passagers, soit 11 millions de plus qu’en 2017. Ce nouveau record, pour la 14e année consécutive, place les transports en commun munichois face à de gros défis: compartiments bondés, infrastructure vétuste, pannes et retards des véhicules…
Pour désengorger le centre-ville et accélérer les liaisons tangentielles, la compagnie des transports en commun mise sur le car. Un réseau périphérique de sept lignes de cars express reliant les banlieues les unes aux autres devrait voir le jour d’ici trois ans, selon les projets des autorités régionales. L’objectif est de relier les zones industrielles avec les zones denses d’habitation ainsi que les gares de S-Bahn ne se situant pas sur la même ligne sans passer par le centre-ville. Les lignes tourneraient autour de Munich à une distance comprise entre 15 et 30 km du centre-ville. « À l’heure actuelle, les voyageurs doivent traverser le centre-ville, totalement saturé, pour aller d’une banlieue à l’autre, le trajet est long et peu attractif, constate Paul Bickelbacher, planificateur urbain et membre du parti Vert. L’avantage d’un circuit périphérique de cars est qu’il peut être mis en place rapidement, beaucoup plus rapidement qu’un périphérique sur rails dont la planification et la construction peuvent prendre jusqu’à 10 ans. Il n’est pas non plus sûr que la demande suffise pour justifier un tel investissement. »
Selon les projets régionaux, les cars devraient permettre aux voyageurs d’économiser 10 à 20 % de temps de transport par rapport au S-Bahn. À condition bien sûr que les zones d’embouteillages, et tout particulièrement la banlieue est, soient équipées de couloirs de bus. « Un réseau de cars express ne fait sens que si les véhicules peuvent circuler sur des voies séparées, souligne Franziska Hartmann, porte-parole de la Fédération des sociétés de transports en commun munichois MVV.C’est un des points sur lesquels nous allons insister lors des négociations avec nos partenaires. »
Les prochains mois seront en effet consacrés à d’intenses négociations entre le land de Bavière, la société des transports en commun et toutes les communes concernées par le projet, afin de déterminer les points de passage des lignes, arrêts des cars, correspondances avec le S-Bahn, fréquence de circulation, etc. « La fréquence de circulation devrait être de 20 minutes aux heures de pointe, et une heure en dehors des heures de pointe », estime Paul Bickelbacher.
Autre défi, les auteurs du projet devront faire face à une importante pénurie en chauffeurs de bus et de cars, dans une région où règne le plein-emploi. Le marché des chauffeurs de bus et de cars est particulièrement tendu. « Comme tous les projets de la zone MVV, le projet de cars express sera soumis à un appel d’offres européen, explique Franziska Hartmann. Les entreprises candidates déposent leur dossier. Et c’est à elles de recruter le personnel nécessaire. C’est vrai que le marché est tendu. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas été confrontés à un abandon de projet à cause de la pénurie en personnel. » « C’est vrai qu’il n’est pas facile de trouver des chauffeurs de cars, mais les entreprises font preuve de créativité pour convaincre les chauffeurs. Le projet ne devrait pas échouer à cause de ce problème », ajoute Paul Bickelbacher.
Le réseau périphérique de cars s’inscrit dans un projet général d’amélioration de la circulation dans et autour de Munich, lancé par les autorités régionales.
Le projet prévoit également davantage de lignes de bus urbains, d’interdictions de stationner dans le centre-ville et l’agrandissement des stations de bus. Selon un sondage réalisé mi-février, 62,6 % des habitants de la région sont favorables à davantage de restrictions à la circulation des voitures dans la ville de Munich mais aussi dans les villes des environs. 72,6 % des Munichois sont favorables à de telles restrictions, mais aussi 52,8 % des habitants des banlieues.
