Le dernier conseil syndical de Tisséo était court mais dense car les projets sont nombreux: l’enquête publique pour la troisième ligne de métro est lancée, les travaux du téléphérique débutent cet été, ceux du doublement de la ligne A du métro entrent dans leur dernière phase et la politique énergétique se poursuit.
« Le grand débat lié à l’enquête publique commence », rappelle en ouverture de conseil syndical, Jean-Michel Lattes, président de Tisséo collectivités. Jusqu’au 18 juillet, les observations des usagers quant au projet de la troisième ligne de métro seront collectées sur Internet ou par les membres de la commission d’enquête dans plusieurs communes de l’agglomération toulousaine. Nul doute que ce tracé de 27 km qui doit desservir 21 stations en 2025, fera l’objet de remarques puisqu’elles ont déjà été nombreuses, notamment sur le choix du parcours et le coût. Pourtant le président a annoncé: « Il n’y aura pas de nouvelles réunions publiques car il y en a déjà eu un nombre incalculable. »
Ce qui a fait réagir Henri Arevalo, élu du Sicoval, la communauté d’agglomération du sud-est toulousain, qui note que la troisième ligne a déjà fait l’objet d’une large communication, des plans étant même apparus dans le métro. « On laisse entendre que la troisième ligne est déjà choisie. Cela pose un problème démocratique », estime-t-il.
Autres points abordés: les marchés pour la maîtrise d’œuvre de l’infrastructure et des équipements des secteurs sud-est et nord-ouest ont été attribués. Le premier pour un montant de 13 M€ HT, le second pour 11,70 M€ HT. Le tronçon central, le plus conséquent, ayant été voté en avril dernier pour 50 M€ HT.
Quant au choix du matériel roulant, il doit se faire à la fin de l’année. Avec cette demande stipulée aux candidats sur le cahier des charges: intégrer une solution d’extension pour être en capacité de passer de 200 000 usagers par jour à 600 000, puisque l’aire urbaine capte près de 20 000 nouveaux habitants par an.
En y ajoutant la desserte de l’aéroport Toulouse-Blagnac et la connexion à la ligne B, le projet TAE (Toulouse aerospace express) approche les 2,7 milliards d’euros. Jean-Michel Lattes a rappelé: « L’important pour nous est notre capacité à rembourser. » C’est bien ce qui inquiète la Chambre régionale des comptes, qui calculait dans son rapport rendu en février dernier que l’augmentation de l’emprunt « porterait l’encours de dette à plus de 2,5 milliards de 2024 à 2027, avec un pic à 2,92 Md€ en 2026 ».
Les collectivités locales, Toulouse Métropole en tête, s’acquitteront de 120 millions annuels et pourraient être sollicitées jusqu’à 180 M€ pendant les trois années correspondant aux gros travaux. Sur 15 ans, la Région apportera 150 M€ et le Département 200 M€. Restent deux inconnues que sont les aides de l’État et de l’Europe. « La ministre nous a dit de nous organiser pour affiner le besoin de financement », dit Fabienne Cresci, la nouvelle directrice générale des services de Tisséo Collectivités (lire page 21). « Nous avons été placés dans le corridor européen, ce qui nous rend éligibles à d’autres aides », ajoute le président.
Les travaux de terrassement doivent commencer cet été. Puis il sera question de construire les trois stations, avant d’attaquer les pylônes en fin d’année. Pour une ouverture en 2020. Son but est de faciliter la circulation dans la « ceinture sud » sur 3 km en surplombant des coteaux et la Garonne. Ses détracteurs trouvent sa capacité de 8 000 passagers par jour bien insuffisante pour en faire un axe structurant.
En avril dernier ce téléphérique urbain a reçu un avis favorable de la commission d’enquête. Seule réserve émise: contrôler le bruit à la mise en service puis périodiquement. Mais avec la technologie 3S choisie, les dirigeants de Tisséo se disent confiants.
Chez Tisséo, les commandes de véhicules diesel se sont taries pour parvenir à sa disparition en 2025. D’où un déploiement parallèle des nouvelles énergies. En septembre ou octobre, une navette électrique desservira l’aéroport, rappelle Jean-Michel Lattes (lire page 22). Et un troisième dépôt de gaz naturel véhicule (GNV) va voir le jour, après ceux d’Atlanta et Langlade, deux quartiers de Toulouse. Il sera à Colomiers, seconde ville de Haute-Garonne située dans l’est toulousain.
Le budget est estimé à 5 M€ pour adapter les bâtiments existants, les sécuriser et créer un système de distribution. La nouvelle centrale de compression sera connectée au réseau de gaz naturel, sans stockage sur site. Dans un premier temps, 17 places doivent être équipées en septembre pour accueillir les futurs bus Linéo 10.
Dans l’aire urbaine toulousaine, l’une des plus attractives de France, Tisséo Collectivités, qui regroupe quatre intercommunalités dont la plus importante est Toulouse Métropole, planche sur l’intégration de plusieurs modes de déplacements. Ainsi Tisséo a adhéré à des plateformes de covoiturage, propose en ligne le service gratuit covoiturage.tisseo.fr et pilote la mise en place du schéma directeur cyclable d’agglomération. « Il y a même un sujet de travail sur l’accueil des autocars », ajoute Francis Grass, président de Tisséo Ingénierie. « Notre ambition est de travailler sur différents modes connectés, rappelle Jean-Michel Lattes, président de Tisséo Collectivités et premier adjoint de Toulouse. Mais nous voulons rester maîtres du dispositif. » Et notamment ne pas transmettre les données des usagers.
Il n’y aura pas d’interruption estivale du trafic, comme ce fut le cas les deux derniers étés. Mais jusqu’au 29 octobre, la ligne A du métro s’arrête à 20 h 30 et un bus articulé prend le relais toute la soirée. Car les grands travaux de doublement entrent dans leur dernière phase. « Nous serons au rendez-vous du budget et des délais », se félicite le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, Jean-Luc Moudenc. Soit un coût de 180 millions d’euros HT, pour deux ans et demi de travaux, avec une mise en service prévue en décembre (et une marche à blanc le 11 novembre prochain).
Les quais passeront ainsi de 26 à 52 m pour pouvoir accueillir deux rames au lieu d’une. Ce qui portera la capacité de 160 à 320 passagers et le flux quotidien à 400 000. À noter l’écart entre deux rames, qui passera de 65 à 110 secondes.
Seule la station Jean-Jaurès fait encore l’objet de travaux de gros œuvre. D’où une impressionnante visite de chantier organisée à 14 m sous le niveau du sol. Depuis la nouvelle dalle, encore à ciel ouvert, les immeubles en brique rouge apparaissent bien hauts. En plus du doublement, il est question d’améliorer les flux de cette station, qui est le seul point de jonction entre les lignes A et B, et de créer un accès vers la voirie en passe de devenir une rambla avec trottoir central comme à Barcelone.
Depuis début mai, Tisséo Collectivités, l’autorité organisatrice des transports dans la métropole toulousaine, a une nouvelle directrice générale des services: Fabienne Cresci, ancienne directrice générale adjointe au Grand Lyon.
« C’est un moment unique, pour les territoires mais aussi pour les professionnels qui y travaillent. C’est pour cela que j’ai fait le choix de Toulouse, pour contribuer à la concrétisation de cette ambition », dit Fabienne Cresci, la nouvelle directrice générale des services de Tisséo Collectivités.
« Nous avons une programmation de grands projets unique en France, la plus ambitieuse après l’Île-de-France, rappelle-t-elle. Avec Tisséo Voyageurs et Tisséo Ingénierie, l’objectif est de penser le réseau sur les dix prochaines années. » Et de citer TAE (Toulouse Aérospace Express, le nom de la future troisième ligne de métro et de la desserte aéroport), ainsi que l’engagement « en matière de vélo, covoiturage, et le travail avec les entreprises ». Un challenge qu’elle qualifie d’« exaltant ». « Ce territoire est d’un grand dynamisme, il faut que les transports soient à la hauteur du service attendu. »
C’est aussi un contexte difficile car depuis un an, une direction par intérim avait été mise en place, suite au départ de Jean-Michel Évin. Dans un rapport publié par la Chambre régionale des comptes, les revenus de l’ancien directeur général avaient été jugés beaucoup trop élevés. La Cour avait également mis en cause « la sincérité des comptes » du SMTC, notamment dans les commandes publiques.
Son parcours: titulaire d’un DESS d’urbanisme, Fabienne Cresci a successivement été directrice générale adjointe urbanisme et déplacement à la ville de Saint-Étienne, puis au développement urbain au Grand Lyon et enfin à l’Université de Lyon. La nouvelle de Tisséo connaît bien la région pour avoir étudié à l’Ecole d’architecture et à l’Institut d’études juridiques, de l’urbanisme et de la construction de Toulouse, après quoi elle a travaillé un temps au Sicoval, la communauté d’agglomération du sud-est Toulousain.
D’ici la fin de l’année, la navette desservant l’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB) depuis la gare Matabiau en centre-ville passera à l’électrique. Un trajet qui peut prendre de 20 à 45 minutes, en fonction de la circulation. La décision a été prise à l’été 2018 par le comité syndical de Tisséo Collectivités, qui organise les mobilités sur l’aire urbaine toulousaine. En octobre, ce même comité retenait en séance l’offre proposée par l’Ugap avec le bus GX 337E d’Heuliez. La commande de six véhicules standard et leur batterie se monte à 3,50 M€. D’une longueur de 12 m, ils ont une capacité de 90 passagers et une autonomie de plus de 200 km à pleine charge. Ces bus seront affectés au dépôt de Colomiers, en banlieue toulousaine, qui sera aménagé pour recharger l’ensemble de la flotte pendant la nuit. Et ce, pour un montant complémentaire de 550 000 €.
Il existe plusieurs façons pour se rendre à l’aéroport Toulouse-Blagnac: le tram, le bus (le ticket pouvant être payé par SMS) ou laisser sa voiture sur l’un des parkings. La ville n’étant pas desservie par le TGV, les usagers se reportent sur l’aérien: 9,6 millions de passagers ont transité l’an dernier par ATB, dont un peu plus de 40 % avec les offres low cost. Il s’agit du cinquième aéroport de France et troisième de province. Avec 810 224 passagers en mars, l’aéroport affichait un trafic en hausse de 5,5 %.
