Avec le lancement du premier forfait sur smartphone en septembre prochain, le réseau de transport francilien passe à l’ère dématérialisée. Deux nouvelles formules de tarification font également leur apparition, dont le post-paiement. De quoi remplacer le ticket papier qui devrait disparaître en 2021.
« Nous serons la première métropole à mettre les forfaits sur smartphone! ». Sur le salon Viva Tech dédié aux nouvelles technologies, le 17 mai dernier, Valérie Pécresse n’était pas peu fière d’annoncer la fin programmée du ticket de métro papier et sa déclinaison sur smartphone. « En 2016, nous avions initié la modernisation de la billettique en Ile-de-France. Elle avait besoin de faire sa révolution », a ainsi lancé la présidente de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités (IdFM). De fait, trois nouveautés vont faire leur apparition dans les semaines et mois à venir. Le passe Navigo Easy a été lancé le 12 juin. Il s’agit d’un passe sans contact (support vendu 2 €) qui permet de charger simultanément plusieurs titres de transport (jusqu’à trois carnets de tickets t+, des tickets pour l’aéroport, etc.). Comme l’Oyster Card à Londres, il s’agit d’une carte réutilisable et non nominative, qui peut se recharger à volonté. IdFM estime le nombre de clients potentiels à 5,8 millions. Ce passe supportera, du moins dans sa forme initiale, uniquement les billets au prix fort.
La grande nouveauté interviendra en septembre 2019, avec le lancement du Smart Navigo qui va permettre de payer et valider les forfaits Navigo mois, semaine, jour et tickets t+ (là encore plein tarif) à partir d’un téléphone mobile sur le réseau de bus, tram et métro. Ce service est testé depuis l’automne dernier, sous le nom Navigo Lab, par 3 500 utilisateurs volontaires. IdFM indique que 80 % des utilisateurs se montrent satisfaits (88 % d’entre eux souhaitent continuer à l’utiliser). Concrètement, tous les voyageurs vont pouvoir franchir les portiques de validation grâce à un titre de transport dématérialisé acheté depuis leur smartphone, d’abord sur l’application Vianavigo dès septembre, puis via les applications des opérateurs RATP, Transdev et SNCF, à partir de novembre.
Cette technologie sans contact repose sur une puce Near Field Communication (NFC), notamment utilisée sur les cartes bancaires, qui assure la communication entre deux appareils séparés par une distance de 10 centimètres maximum. Cette technologie a l’avantage de fonctionner même portable éteint, ou batterie à plat. Les titres de transport, ainsi que les informations voyageurs, sont en effet stockés dans la carte SIM du smartphone qui fait office de coffre-fort anonyme. Chaque utilisateur peut ainsi facilement consulter le nombre de tickets restants ou de jours de validité de son forfait. Pour en bénéficier, il faut pour l’instant posséder un téléphone Android et être abonné à l’opérateur Orange. Les utilisateurs de smartphones récents de la marque Samsung, autre partenaire de l’opération, peuvent aussi bénéficier de cette solution grâce à un partenariat conclu avec IdFM. L’accord permet l’ouverture de connexions sécurisées entre les serveurs de Samsung et de Wizway, fournisseur technique d’IdFM. Un modèle récent des gammes Galaxy A (à partir d’A5), S (à partir du S7) et Note (à partir du Note8), permettra d’utiliser cette solution et ceci quel que soit l’opérateur telecom, grâce à la présence d’un élément physique (le Secure Element embarqué, ou eSE), qui permet de stocker les titres de transport et de les rendre disponibles, même smartphone éteint ou déchargé.
Les populations Samsung et Android/Orange représentent « un peu plus de 50 % des utilisateurs du réseau francilien », déclare Valérie Pécresse. Parmi eux, 90 % ont un smartphone (y compris les touristes et visiteurs), et 80 % de ces 90 % possèdent un appareil fonctionnant sous Android. Le service d’achat de titres Navigo pourra aussi être inclus dans Samsung Pay à la fin de l’année 2019, a précisé Guillaume Berlemont, directeur marketing de Samsung France. Valérie Pécresse a indiqué que le constructeur chinois Huawei « a garanti qu’il allait adopter la même solution que Samsung dans les mois qui viennent ». Seule la marque à la pomme semble faire défaut. « Nous attendons qu’Apple nous rejoigne, je regrette que ce constructeur n’ait pas pris la mesure de ce que représente le premier site de transport européen, avec plus de 50 millions de voyageurs et de touristes », a regretté Valérie Pécresse. À Londres, il est par exemple possible de payer ses billets à l’unité (Pay as you go) avec un iPhone et Apple Pay sur le réseau de Transport for London. Mais, même sans Apple, IdFM attend plus de 20 000 utilisateurs de cette offre totalement dématérialisée sur 2019. Et plus de 300 000 en 2020.
Le lot de nouveautés ne s’arrête pas là. La présidente de la région Île-de-France a également donné des précisions sur le lancement du nouveau forfait pour les usagers occasionnels des transports franciliens. Baptisé Navigo Liberté+, il consistera en un prélèvement en fin de mois en fonction de l’utilisation réelle. Ce service de post-paiement sera disponible en novembre 2019 sur les réseaux de bus, tram et métro et RER intra-muros et en 2021 sur l’ensemble du réseau. Sans engagement, ce forfait s’utilise grâce à une carte Navigo classique. Pour en bénéficier, les voyageurs doivent préalablement s’abonner. Ensuite, il n’est plus nécessaire de faire de démarche d’achat ou de rechargement. La résiliation, sans frais, peut s’effectuer à tout moment. « Ce nouveau service constitue la première étape de déploiement d’un service de paiement à l’usage qui a vocation à être élargi à l’ensemble du réseau francilien, dès que les contraintes techniques seront levées », souligne-t-on chez IdFM.
Premier avantage, ce forfait permet de bénéficier dès le premier voyage du prix en carnet de tickets de métro (soit 1,49 € au lieu de 1,90 €). Il évite également de valider deux tickets lorsque l’on emprunte une correspondance entre un bus et tram (ou un métro et un bus). Enfin, il est possible de souscrire plusieurs contrats dans une même famille, en étant le payeur unique pour les contrats de ses enfants, par exemple. Enfin, les utilisateurs de ce forfait auront la possibilité de connaître leur consommation ou d’accéder au service après-vente via Internet.
550 millions de tickets de métro cartonnés sont vendus chaque année sur le réseau francilien. Les forfaits Navigo Liberté+ et Easy permettront de les remplacer. « La fin de commercialisation du carnet de ticket est prévue pour 2020, avec l’objectif de remplacer tous les tickets magnétiques d’ici 2021 », a détaillé Valérie Pécresse. De quoi générer de larges économies en termes de billetterie… et de nettoyage, les tickets finissant souvent leur vie jetés à terre. Sans compter les problèmes des tickets démagnétisés ou coincés dans les valideurs.
En marge du lancement du Smart Navigo, Valérie Pécresse a annoncé le lancement d’un Challenge Innovation Information Voyageurs, financé par la Région et Ile-de-France Mobilités. « Il reste beaucoup à faire. Il faut sortir des sentiers battus et se montrer innovants. Nous faisons appel aux startup, en relation avec la Fnaut et les associations d’usagers, pour nous présenter des nouvelles solutions avec un œil neuf », a indiqué la présidente de la Région et d’Ile-de-France Mobilités. Cette compétition, dotée de 200 000 euros répartis entre les trois lauréats, démarrera à la fin du mois de juin, pour s’achever en septembre. « Il s’agira de co-construire des solutions innovantes permettant d’améliorer l’information des voyageurs lorsque les transports en commun connaissent des perturbations: fluidification des communications, transmission de l’information en temps réel, fiabilisation de l’information, personnalisation, etc. et tout acteur à même de proposer des solutions concrètes est bienvenu », détaille-t-on chez IdFM. Le nom des finalistes sera dévoilé en octobre prochain, après une inévitable séance de « pitchs » qui permettra de départager les candidats.
Pour rendre ses smartphones compatibles avec la solution Smart Navigo, Samsung et Ile-de-France Mobilités (IdFM) ont conclu un partenariat en janvier 2019 qui consiste à « ouvrir des connexions sécurisées entre les serveurs de Samsung et de Wizway, le fournisseur technique d’Idfm, afin de permettre à Wizway d’accéder aux éléments sécurisés des smartphones et d’y stocker les titres de transport », explique-t-on chez le constructeur coréen. De fait, Samsung devient le premier constructeur mobile à ouvrir sa technologie au monde des transports en Europe. Outre l’Île-de-France, les smartphones du premier constructeur mondial seront aussi potentiellement utilisables sur tous les réseaux de transport pour lesquels la solution de Wizway est déjà opérationnelle, à l’image de Lille et Strasbourg.
La compatibilité est rendue possible par la présence d’un élément physique (le Secure Element, ou eSE), déjà présent dans les Galaxy A (à partir d’A5), S (à partir du S7) et Note (à partir du Note8). L’eSE permet de stocker les titres de transport et de les rendre disponibles même lorsque le smartphone éteint ou que la batterie est complètement déchargée. Les modèles actuels de Samsung, déjà sur le marché, sont éligibles à cette solution, de même que les futurs modèles « à la condition qu’ils embarquent le composant eSE », souligne Samsung. En revanche, cette solution ne concerne que les smartphones vendus en France. Les touristes étrangers possédant un Samsung devront recourir à une autre solution.
S’affranchir des opérateurs mobiles
Les eSE sont des puces inviolables destinées à être embarquées dans tous les appareils mobiles, garantissant le stockage des données en lieu sûr et la fourniture des informations uniquement aux applications et personnes autorisées. Elles peuvent être intégrées dans le contrôleur NFC, dans le microprocesseur du téléphone ou bien être dans un composant distinct. Cette configuration permet aux fabricants de mobiles d’offrir leurs propres services NFC sécurisés, en se passant éventuellement de la carte SIM comme moyen de sécurisation, ce qui permet de s’affranchir des opérateurs mobiles. Les fournisseurs de services, comme Wizway/IdFM doivent ainsi acquérir le droit d’accès au eSE de chaque fabricant.
« Nous sommes satisfaits de la confirmation du calendrier par Ile-de-France Mobilités, souligne Louis Brosse, président de Wizway. Depuis le démarrage des tests, il y a un an, nous avons pu constater une véritable attente de la part des usagers. La solution que nous avons déployée est adaptable à toutes les solutions existantes sur des cartes physiques. » Le déploiement de la nouvelle billettique se passe dans les conditions prévues, et les équipes de Wizway se concentrent sur la compatibilité de l’ensemble des smartphones existants, qui doit être effective dans les 12 mois à venir.
Le chantier francilien apporte à Wizway une visibilité accrue, en plus des contrats remportés à Strasbourg et Lille. La société, fondée il y a quatre ans par la RATP, la SNCF, Orange et Gemalto, ambitionne de se développer à l’international. En France, l’offre de Wizway peut également s’adapter à la nécessité de renforcer l’intermodalité au niveau régional. « Nous recevons beaucoup de demandes de la part des Régions, qui recherchent des solutions globales, poursuit Louis Brosse. Selon les cas, les différentes autorités organisatrices actives dans une région disposent chacune de leur propre billettique, qui bien souvent ne sont pas compatibles. Certaines n’ont d’ailleurs même pas de billettique. Nous savons juxtaposer une quinzaine de cartes NFC, et nos offres fonctionnent avec des solutions mixtes qui intègrent du code-barre par exemple. Wizway est donc en mesure de répondre de façon efficace à ces problématiques. »
