Créé en novembre dernier par le Président de la République, le Haut conseil pour le climat a pour objectif de mieux associer la société civile à l’élaboration des politiques publiques de transition écologique. Voulu comme une réponse à la grogne des Gilets jaunes, le HCC a rendu son premier rapport fin juin. Paradoxalement, les constats et préconisations des 13 experts qui le composent pourraient bien remettre le feu aux poudres. Leurs conclusions démontrent en tout cas que leur mission n’a pas pour finalité d’évacuer les questions environnementales. Le rapport pointe le fait que la France doit absolument se donner les moyens d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat.
La baisse des émissions de gaz à effet de serre enregistrée en 2018 est essentiellement due à des facteurs conjoncturels, notamment la douceur de l’hiver. En réalité, La baisse des émissions carbonées devrait tripler d’ici à 2025 pour rejoindre une trajectoire permettant de réduire le réchauffement climatique. Les décalages observés proviennent des transports, dont les émissions n’ont pas baissé depuis 10 ans, et du logement. Le rapport recommande que les budgets carbone soient inscrits dans la loi, que l’ensemble des politiques publiques soient évaluées en fonction de leur contribution à l’objectif de neutralité carbone, et que le prix du carbone soit intégré de façon plus rigoureuse dans l’activité économique. « L’urgence imposée par la crise climatique demande d’agir vite et d’agir en profondeur », déclare Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat.
Alors? L’État va-t-il suivre ces préconisations et « dégeler » la taxe carbone sur les carburants avant 2022, au risque de relancer le mécontentement populaire? Dans une tribune publiée par Les Échos le 26 juin, l’économiste Jean Peyrelevade plaide pour la mise en place d’une véritable fiscalité environnementale, et rappelle qu’il est possible d’en compenser les effets négatifs sur le pouvoir d’achat. « La redistribution du produit de l’impôt écologique devrait être totale sur l’ensemble de la population située en dessous du revenu médian », écrit-il. Des sommes qui pourraient être reversées sous forme d’aide à l’isolation des bâtiments, ou à la réorganisation de la mobilité. Ce qui permettrait de réorienter l’économie, et de ne pas crisper l’opinion publique.
