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Particules: la RATP veut nettoyer l’air du métro parisien

La RATP finance trois expériences de dépollution de l’air du métro avec des filtres antiparticules aux stations Foch et Alexandre-Dumas. Il y a urgence à agir: dans certaines stations, la moyenne de particules fines est quatre fois supérieure au seuil d’alerte.

La RATP a inauguré le 6 juin dernier à la station Alexandre-Dumas (ligne 2) le dispositif IP’AIR, une solution expérimentale développée par le groupe Suez pour traiter l’air de son réseau sous-terrain. « C’est un paradoxe, l’air du métro est parfois plus pollué que l’air en surface. La région Île-de-France s’est engagée à lutter contre la pollution dans le réseau parisien où circulent 4 millions de voyageurs par jour, un chiffre encore appelé à grossir », a déclaré à cette occasion Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités et de la région Île-de-France. Ce procédé IP-AIR fait partie de l’un des trois projets sélectionnés par la Région dans le cadre de l’appel à projets « Innovons pour l’air de nos stations » lancé en 2018. Ce plan doté d’1 M€ a pour but de soutenir des projets permettant à long terme d’améliorer la qualité de l’air dans les transports en commun franciliens. L’objectif est de proposer des solutions innovantes de purificateurs visant à capturer les particules fines en suspension dans l’air par des appareils situés sur les quais des stations.

Ionisation positive

« La station Alexandre-Dumas est représentative des stations traditionnelles, avec une qualité de l’air moyenne », explique Sophie Mazoué, responsable développement durable à la RATP. Le dispositif IP’AIR proposé par Suez se concentre sur le traitement des particules fines (PM10, PM2,5 voire inférieures), émises par les systèmes de freinage dans les stations de métro. Cette expérimentation, qui a débuté le 3 juin 2019, se poursuivra pendant six mois, et permettra d’évaluer le pouvoir filtrant de la solution et son rayon d’action. La solution repose sur un traitement de l’air par un procédé d’ionisation positive. Cette technologie consiste en un procédé de filtration électrostatique innovant: un faible courant électrique est injecté dans les particules fines, lesquelles sont alors attirées, tel un aimant, vers des plaques collectrices. « Cette solution technique offre la possibilité de traiter une grande quantité d’air (7 500 m3/h) en consommant l’électricité équivalente à celle d’un grille-pain », souligne Suez. La taille, elle, n’a rien de comparable à celle d’un grille-pain, mais plutôt à celle d’une grosse armoire électrique.

Les deux armoires sont disposées sur l’un des quais du métro et encadrent une station de contrôle de la qualité de l’air où sont placés trois appareils qui enregistrent le nombre de particules, même les ultrafines inférieures à PM2,5: deux appareils sont supervisés par la RATP et le troisième par Airparif, l’organisme français agréé pour la surveillance de la qualité de l’air en région Île-de-France. Ces appareils de mesure ont commencé à fonctionner seuls, lors d’une étape de calibrage destinée à mesurer le taux de particules avant l’expérimentation, et ceci pendant plusieurs jours, dans le but d’affiner les mesures qui peuvent varier en fonction de l’hygrométrie, de la température et du nombre de passagers. La filtration par IP-AIR doit démarrer vers la mi-juin, avec une filtration effectuée 24 h/24. Potentiellement, les deux caissons vont pouvoir traiter 15 000 m3/h, mais pour l’instant, rien ne présume de leur efficacité réelle. « C’est l’objet de cette expérimentation. L’air des stations est changé 40 fois par heure, nous effectuerons des mesures pour valider l’efficacité des caissons », souligne Sophie Mazoué.

Pour sa part, le groupe Suez, qui teste pour la première fois ce dispositif en situation réelle, se servira des données collectées pour définir le bon dimensionnement de la solution et identifier les éventuelles adaptations nécessaires, mais aussi pour caractériser les particules captées, qui pourront ensuite être en partie valorisées, indique Marie-Ange Debon, directrice générale adjointe du groupe en charge de la France.

Résultats en décembre

Le procédé pourrait également s’adapter aux parkings sous-terrain moyennant certaines modifications: « Ce dispositif a besoin d’air brassé pour être efficace, ce qui n’est pas forcément le cas dans les parkings », souligne Marie-Ange Debon.

Fin mai, la RATP a procédé à l’installation d’un procédé quasi similaire à la station Avenue-Foch du RER C, avec un procédé déployé cette fois-ci par Air Liquide. Six armoires vont filtrer l’air pour une durée de trois mois. Cette expérimentation sera suivie, au mois de septembre, par celle défendue par la société Starklab. Cette société française, créée en 2011, va utiliser sa méthode Terrao de traitement de l’air par filtration humide, qui consiste à emprisonner les poussières fines et les gaz nocifs à l’aide d’eau glycolée. L’exploitation des données et l’interprétation des résultats seront dévoilées en décembre 2019 sous la forme d’un rapport d’expérimentation. « Nous voulons d’abord voir si le processus marche, avec une évaluation qui sera faite par un travail scientifique. En cas de succès, nous songerons à sa généralisation », indique Valérie Pécresse. Cette dernière évoque l’intention de la Région « de travailler sur l’amélioration de l’air des espaces intérieurs et semi-intérieurs, notamment fréquentés par des populations fragiles: écoles, hôpitaux ou Ehpad ». Suez réfléchirait ainsi à des solutions pour les cours de récréation.

Selon les mesures d’Airparif, la moyenne de particules fines (PM10) mesurée à la station de RER Auber atteint 330 µg/m3 sur les quais, et 50 µg/m3 dans les couloirs, alors qu’elle ne s’élève qu’à 20 µg/m3 dans la rue Auber. À titre de comparaison, le seuil d’alerte en surface est de 80 µg/m3 (ou 50 µg/m3 pendant deux jours consécutifs). La forte présence de particules PM10 et PM2,5 dans le réseau s’explique par les systèmes de freinage, l’usure des rails et éventuellement par les gaz d’échappement des véhicules en surface, ramenés par les bouches d’aération. Consciente de ce phénomène, la RATP a procédé à la généralisation du freinage électrique sur ses nouveaux trains, afin de diminuer les émissions de particules à la source. De plus, un programme d’investissement sur la ventilation concernant la période 2016-2020 est en cours pour un montant de 56 M€. La RATP réalise des mesures en continu dans des lieux représentatifs des espaces souterrains depuis près de 20 ans. Le réseau de surveillance est composé ainsi de trois sites de mesures « représentatifs »: Franklin-D.-Roosevelt (ligne 1 du métro), Châtelet (ligne 4 du métro) et Auber (RER A). Depuis avril 2018, la consultation des données de qualité de l’air est accessible en temps réel.

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Auteur

  • Grégoire Hamon
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