Dix-neuf ans après l’assemblage de ses premiers trolleybus, Solaris affirme ses ambitions de devenir l’un des leaders de l’électromobilité en Europe. Cet objectif est d’autant plus atteignable que le constructeur polonais poursuit désormais sa route sous l’aile du groupe espagnol CAF, tout en se positionnant sur l’ensemble des technologies zéro ou faibles émissions. Parmi celles-ci, l’IMC associée aux trolleybus, et la pile à combustible équipant les bus à hydrogène, lui ont permis de renforcer la promotion de ses productions en France. Avec ses bus électriques, le constructeur vient de remporter une commande record de 250 véhicules à Milan.
C’est devant un parterre élargi de journalistes européens que Solaris a exposé toutes les solutions qu’il développe en faveur de l’électromobilité. Et quoi de mieux que le réseau de Gdynia (Pologne) pour accueillir cette présentation organisée du 26 au 28 juin 2019. Située à proximité immédiate de Gdansk, cette ville a, en effet, été la première à recevoir les tout nouveaux trolleybus IMC (In-Motion Charging – Charge en mouvement) développés par le constructeur, à l’automne 2018.
Les progrès réalisés autour des batteries ont incontestablement changé la donne et à partir des réseaux filaires existants – principalement situés dans les centres-villes et leurs abords –, les nouveaux matériels peuvent répondre aux besoins d’extension des lignes. Ils peuvent tout aussi bien bouter hors des lignes de trolleybus les bus diesel qui s’étaient progressivement substitués aux bus électriques équipés de perches d’alimentation (comme à Saint-Étienne, par exemple).
Moins de deux décennies après son apparition sur le marché des trolleybus, Solaris a profité de cette occasion pour confirmer ses ambitions de devenir l’un des leaders européens de l’électromobilité. Il y est déjà parvenu dans le secteur des trolleybus, les ventes ayant porté sur 121 exemplaires en 2018. Ces contrats lui ont, ainsi, permis de s’octroyer une part de marché de 40 % en Europe.
La commande la plus significative a été celle passée par la ville de Milan, en juin 2018. Elle a porté sur 80 Trollino 18 m équipés de batteries d’une capacité de 45 kWh, livrables à partir de cet été. Surtout, ce marché prévoit également des options sur 50 exemplaires supplémentaires. Ce contrat symbolise donc la volonté de Solaris d’accompagner le renouvellement et le développement des flottes de trolleybus en Europe. Ses positions pourraient, d’ailleurs, se raffermir à nouveau en prolongement de l’introduction prochaine d’une nouvelle version bi-articulée de 24 mètres de longueur. Présenté lors du prochain Salon Busworld de Bruxelles (18-23 octobre), cet engin de 24,7 m de longueur, doté de batteries d’une capacité de 58 kWh, est actuellement en tests d’homologation à… Gdynia.
Profitant de cette même vitrine en Belgique, Solaris présentera également le Solaris Urbino 18 Electric. Équipé de l’ADAS (Advanced Driver Assistance Systems – System Mobileye Shield +), ce nouveau véhicule illustrera les avancées réalisées dans le domaine des batteries. Grâce à son équipement représenté par sept packs de batteries High Energy +, ce bus électrique d’une capacité de 110 passagers sera doté d’une autonomie d’environ 200 km. Il pourrait doper les ventes du constructeur qui ont porté sur 107 bus électriques l’année passée.
Illustrant également sa volonté de devenir l’un des leaders de la transition énergétique en Europe, quoique cette dernière est présentée comme « très difficile » par son président, Javier Calleja, Solaris démultiplie aussi ses efforts sur l’hydrogène. Ils ont, d’ailleurs, été déjà récompensés par une commande de la ville italienne de Bolzano pour douze Urbino 12 à hydrogène. Ce marché inclut la maintenance associée, pour une durée de huit ans. Ces bus viendront s’ajouter aux « près de 80 bus à hydrogène circulant déjà en Europe », précise Solaris dans son dernier magazine.
Plus près de nous, c’est à Paris que sera testé un bus Urbino à hydrogène début 2020. Cette expérimentation, devant durer dix semaines en conditions réelles d’exploitation (avec voyageurs), résulte d’un partenariat conclu entre Solaris et la RATP lors du récent Salon UITP à Stockholm, en juin. Doté d’une pile à combustible de 60 kW et présentant une capacité de 87 passagers, ce véhicule sera hébergé au centre de Thiais (Val-de-Marne). Ce partenariat est d’autant plus porteur pour Solaris que les besoins exprimés par la RATP sont énormes, en termes de bus zéro émission. Si le constructeur obtient des commandes significatives de la part de la Régie, cela pourrait créer un appel d’air hautement profitable pour sa percée sur le reste du marché français.
Sans surprise donc, Solaris va pousser sa production de bus/trolleybus (dont certains équipés de piles à combustible, comme à Riga, leur conférant une autonomie record de 100 km) au cours des prochaines années. Sa production devrait, en effet, passer de 1 600 véhicules cette année à 2 000 en 2021. Cette montée en puissance est déjà illustrée par l’envol du chiffre d’affaires, qui a atteint 438 millions d’euros en 2018, contre 76 millions d’euros seulement en 2006.
Pour autant, le constructeur prévoit toujours de poursuivre la production de bus diesel, la part de ces derniers atteignant encore 8 % en 2030. Dans le même temps, et toujours selon des prévisions établies par ZeEUS/UITP en 2017, la part des hybrides diesels pourrait être de 14 % tandis que celle des bus électriques… atteindrait 33 %. Enfin, les parts des bus à hydrogène et à gaz/biogaz seraient respectivement de 7 et 19 %.
Premier réseau à s’équiper de trolleybus IMC Solaris, Gdynia a bien pourtant failli disparaître au tournant du XXIe siècle. Existant depuis 1943, ce réseau polonais n’a dû son maintien qu’à la volonté de ses habitants de continuer à l’utiliser. Nous étions alors en 2000. Cinq ans plus tard, la modernisation et la relance de cette infrastructure comportant 13 lignes régulières et deux saisonnières a été concrétisée par la mise en œuvre d’un projet européen portant sur un montant total de 13,5 millions d’euros. À cette occasion et jusqu’en 2007 ont été mis en place un nouveau dépôt, 10,5 km de nouvelles lignes aériennes de contact (LAC) et une nouvelle flotte de dix trolleybus. Cette modernisation a été consolidée par l’engagement d’un second projet européen portant, cette fois, sur un montant de 25 millions d’euros au cours de la période 2010-2013. Ces investissements complémentaires réalisés pour renforcer la qualité du réseau de trolleybus ont notamment porté sur la modernisation de la LAC existante, la création de nouvelles sous-stations et l’ajout de 30 trolleybus supplémentaires.
Aujourd’hui, le réseau de Gdynia est le plus important des trois réseaux existant en Pologne. La part dans les véhicules/km réalisés par sa flotte de 103 trolleybus est de 45 %, son homologue de Lublin suivant de près avec 43 % et Tychi fermant la marche avec 12 %. Transportant 26 millions de voyageurs par an, il couvre 30 % de l’offre de transport de l’ensemble du réseau de transport public de cette ville de 246 000 habitants. Surtout, c’est l’arrivée d’une flotte de trolleybus Solaris IMC qui lui ouvre de nouvelles perspectives, depuis le quatrième trimestre 2018.
Propriété de la ville de Gdynia, l’opérateur du réseau PKT a, en effet, respectivement commandé 14 Solaris Trollino 12 et 16 Solaris Trollino 18, les premiers trolleybus articulés du réseau. Équipés de batteries LTO d’une capacité respective de 58 et 87 kWh leur conférant une autonomie de 35 km environ, ces véhicules sont idéaux pour couvrir les extensions de lignes de trolleybus dépourvues de LAC. Quatre ont été mises en œuvre depuis mai 2015: 1,8 km sur la ligne 1, puis 4 km sur la ligne 29 depuis décembre 2016, ainsi que 2,5 km sur la ligne 31 depuis octobre 2018 et 3 km sur la ligne 34 depuis mai 2019.
Ces livraisons, qui se sont achevées au printemps 2019, ont porté la part de la flotte de trolleybus équipés de batteries à 70 %, ce mouvement ayant été initié dès 2014. Là encore, des améliorations ont été apportées au travers du remplacement des batteries nickel-cadmium par des batteries LiFePO4 sur 21 trolleybus de 12 m. L’autonomie comprise entre 3 et 5 km a fait un bond à la faveur de ce changement. Elle atteint, désormais, une vingtaine de kilomètres.
Gdynia n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Elle recevra 6 trolleybus Solaris de 12 mètres équipés de batteries LTO (75 kWh) à partir de la mi-2020 dans le cadre du projet GEPARD. Ce dernier consiste à remplacer des bus fonctionnant au diesel sur la ligne 170. Preuve s’il en est de l’importance des batteries toujours plus performantes: seuls 50 % du parcours de la ligne couverte par les nouveaux véhicules le seront sous caténaires.
Très clairement, les nouveaux trolleybus IMC confèrent des possibilités d’extension du réseau de trolleybus à PKT inconnues jusqu’alors. Surtout, c’est l’image associée à ce type de matériel qui a radicalement changé aux yeux des habitants de cette ville portuaire. Désormais, le trolleybus n’est plus vu comme un véhicule du passé, mais bel et bien comme un mode de transport particulièrement adapté aux enjeux de la transition énergétique. Cette dernière fera également la part belle aux bus électriques puisque des études sont menées pour l’acquisition de bus équipés de batteries électriques à partir de 2021. L’année suivante, ce sont les premiers bus à hydrogène qui seront acquis. Une lettre d’intention a, d’ailleurs, été déjà signée avec LOTOS pour l’approvisionnement de ces bus.
En attendant, et toujours dans le cadre du « verdissement » de son exploitation, PKT prévoit de doter 5 000 m2 de toit de son dépôt de trolleybus pour couvrir 5 % des besoins du réseau électrique alimentant les lignes du réseau. L’investissement pourrait être de l’ordre d’un million d’euros, les nouvelles installations devenant potentiellement opérationnelles dans les premières années de la prochaine décennie, sous réserve du bouclage du montage financier de l’opération.
