Pourquoi ne pas flécher vers l’entretien des ponts les fonds que l’Agence de financement des infrastructures (Afitf) consacre à la mise en sécurité des tunnels routiers? Ce programme né des suites de l’incendie du tunnel du Mont-Blanc en 1999 s’achève en 2021 et Bercy pourrait être tenté de priver l’Afitf de ce financement. C’est la proposition phare du rapport d’information consacré par le Sénat à la sécurité des ponts routier, présenté le 27 juin. Pour « éviter un drame » similaire à l’effondrement du viaduc Morandi, l’été dernier, à Gênes, il propose un plan Marshall: 2,5 milliards d’euros en 10 ans, soit une hausse considérable. Ces 250 millions annuels, le rapport propose de les répartir ainsi: 130 millions vers les collectivités à la fois pour les réparations et pour établir l’état des lieux de leur parc. « En moyenne, un diagnostic coûte 5 000 € », estime Hervé Maurey, le président de la commission du développement durable du Sénat. Et 120 millions par an doivent être consacrés par l’État à ses propres ouvrages d’art. Celui-ci a péniblement réussi à porter les moyens annuels à 74 millions en 2018 contre 60 millions.
Il y a d’autant plus urgence qu’on a trop attendu. Beaucoup d’ouvrages construits après la guerre arrivent en fin de vie et l’entretien a été négligé. Les collectivités n’ont plus accès à l’ingénierie d’État, qui a réduit la voilure. Quant aux diagnostics, ils s’attachent aux aspects extérieurs. Ainsi, sur le pont de Gennevilliers sur l’A15, les services de l’État n’avaient pas décelé la fragilisation du mur de soutènement, dont une partie s’est effondrée en 2018. D’autres facteurs n’améliorent pas les choses, comme l’utilisation de « certains outils de navigation GPS qui orientent le trafic, notamment les poids lourds, sur des réseaux routiers secondaires » qui ne sont pas adaptés.
Mais pas question de recourir au financement privé. Adossement, mise en concession, péage, vignette PL… la commission du développement durable a fait l’impasse sur ces sujets. En mai dernier, au cours d’une audition des dirigeants de Vinci, une passe d’arme assez vive s’est déroulée au sujet des autoroutes. « Nous n’avons pas dans cette maison une passion pour les concessions », souligne Hervé Maurey.
