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Avec ses laboratoires Lemon, Transdev veut favoriser les expérimentations

L’opérateur Transdev déploie son programme d’expérimentations Lemon chargé de développer des solutions de mobilité. Après Grenoble, sept autres agglomérations vont bénéficier de cette approche frugale réalisée en faisant travailler ensemble collectivités, opérateurs et usagers.

Comment rendre les transports en commun plus attractifs? Depuis 2014, Transdev a mené de nombreuses expérimentations à Grenoble, toutes conjuguant innovation et échelle locale. Le succès de ces opérations appelées Lemon – pour laboratoires d’expérimentations des mobilités – a incité le groupe à dupliquer la recette auprès de nouvelles collectivités. Les villes de Lens, Montpellier, Le Havre, Mulhouse, Nîmes, Auxerre et Libourne vont bientôt tester sur leur territoire des solutions innovantes dans le cadre de leur nouveau contrat de délégation de service public avec le groupe Transdev. Christine Chary, responsable des partenariats public-privé chez Transdev et du programme Lemon Grenoble, explique l’originalité de cette démarche. « Ce travail s’effectue en partenariat avec les collectivités selon une démarche frugale et agile. Il s’agit de co-construire avec les utilisateurs des transports en commun, voire les non-utilisateurs, de nouvelles solutions en se donnant la possibilité d’innover et d’expérimenter, tout en acceptant de faire des erreurs. L’idée revient à tester des solutions adaptées au territoire sur un périmètre donné, et à les dupliquer en cas de succès. »

Sur l’agglomération grenobloise, Lemon a initié depuis cinq ans une douzaine de tests de nouvelles mobilités, en faisant participer les usagers à ses expérimentations pour tenir compte des remontées, quitte à corriger le tir en permanence selon les principes de la méthode agile. Ces expériences innovantes se sont appuyées sur la co-construction et font appel à de multiples compétences et cibles.

Droit à l’innovation

« Pour chaque projet, nous avons associé les compétences d’un pilote côté Sémitag, l’exploitant local du réseau grenoblois, un pilote du SMTC pour représenter la collectivité et un pilote spécialiste de l’innovation en provenance de Transdev qui va agir en tant que chef de projet pour assumer l’animation », détaille Christine Chary, qui indique faire souvent appel aux savoir-faire des start-up locales. « Beaucoup d’entre elles viennent nous voir. Au lieu d’aller systématiquement vers les grandes villes, elles ont la possibilité d’agir dans les territoires avec des contrats de sept ans qui permettent de tester. Cela peut les aider à grandir en mesurant constamment l’usage auprès des voyageurs », souligne ainsi Julien Réau, directeur innovation France chez Transdev.

À Grenoble, des expérimentations ont par exemple porté sur la création de nouveaux parcours piétons, le renforcement de l’attractivité d’une ligne de bus dans un nouveau quartier ou le test de capteurs de pollution installés sur le toit de bus de ligne. Cette démarche a aussi permis de tester pour la première fois en France le paiement par carte bancaire sans contact à bord d’une des lignes du réseau de bus, entre octobre 2015 et juin 2016. Ce premier test a validé l’intérêt de cette solution, avec une vingtaine de paiements par jour (14 % des ventes à bord), avant un déploiement sur Chartres, Cherbourg ou encore Dreux fin 2018. La souplesse de Lemon a aussi facilité l’émergence d’un système de transport à la demande 100 % digital en zone peu dense (Chronopro), en rabattement sur une ligne structurante du réseau. « Cette expérimentation n’aurait jamais vu le jour dans le cadre d’un contrat d’exploitation classique du réseau, on n’aurait pas pris ce risque », analyse Julien Réau. « Il faut un droit à l’erreur. Or dans un contrat d’exploitation classique, la possibilité d’expérimenter reste limitée. Ce qui n’est pas clairement défini à l’avance ne peut se réaliser, à moins de passer par des avenants », poursuit-il. Julien Réau observe que la législation évolue favorablement en donnant depuis cette année aux collectivités la possibilité de passer des marchés négociés, sans publicité ni mise en concurrence préalable, pour leurs achats innovants d’un montant inférieur à 100 000 euros sur une période de trois ans.

Foisonnement de bonnes pratiques

De nombreux projets Lemon vont pouvoir se dupliquer partout en France. « Nous prévoyons un foisonnement de bonnes pratiques », prédit Julien Réau. « Transdev cherche à développer en permanence un projet Lemon en zone urbaine dense, en ville moyenne et en zone péri-urbaine ou rurale, afin de pouvoir essaimer plus facilement ». Pour autant, Transdev n’a pas abandonné l’agglomération grenobloise. Plusieurs projets, en cours ou à venir, portent sur les déplacements de nuit, de nouvelles façons d’expérimenter les nouvelles technologies pour améliorer la connaissance de la clientèle ou l’amélioration de la mobilité des personnes fragiles, en faisant appel à la solidarité des usagers via une plateforme.

Grenoble: un peu de tâtonnements, et surtout des succès

En cinq ans, Transdev a mené une dizaine de projets Lemon dans l’agglomération grenobloise. Zoom sur les plus emblématiques.

1/ Chronopro, une expérience de transport à la demande qui se pérennise

Lancé en septembre 2018, le service de transport à la demande Chronopro, dont la réservation s’effectue uniquement de façon digitale, a été lancé dans les quartiers périphériques de Notre-Dame-de-Mésage et Saint-Pierre-de-Mésage. Ce projet a été conçu pour répondre aux besoins de mobilités des habitants en zone montagneuse et à faible densité de population dans le sud-grenoblois (1,60 habitant/km2). « Jusqu’à présent cette zone n’était pas desservie par les transports en commun, car elle est très étendue et une ligne régulière avec beaucoup de cabotage n’aurait pas rendu l’offre attractive. Nous avions précédemment expérimenté une offre en TAD dans une zone d’activité professionnelle également très étendue et cela avait bien fonctionné, nous avons donc voulu tester cette solution auprès d’un public résidentiel cette fois-ci », explique Christine Chary, responsable des partenariats public-privé chez Transdev et du programme Lemon Grenoble.

Pour ce test, l’usager du réseau se voit offrir la possibilité de réserver son trajet sur une application mobile pour un coût identique au tarif habituel. Une navette de 9 places le prend en charge à l’horaire choisi et à l’un des 24 arrêts le plus proche de chez lui. Elle le dépose à Vizille, où il peut accéder aux services et commerces de proximité ou bien rejoindre Grenoble grâce à une offre de mobilité plus dense. Contrairement aux lignes de bus classiques, le conducteur ne dessert que les points d’arrêt sur lesquels une réservation est enregistrée. La navette réalise le trajet le plus optimal en fonction des réservations (10 km maximum) et ne circule que s’il y a des réservations. Christine Chary indique que l’agglomération a décidé de pérenniser cette opération après la phase d’expérimentation qui a duré huit mois. « Le SMTC souhaite réduire la fracture territoriale et cette solution y concourt. Selon nos enquêtes, 50 % de certains déplacements n’auraient pas eu lieu sans ce service, et 12 % des utilisateurs effectuaient auparavant ces déplacements en voiture, sans compter certains étudiants qui effectuaient parfois 1 heure de marche en côte pour rentrer chez eux depuis Vizille contre 10 minutes en bus », souligne-t-elle.

2/ Carrefour des mobilités: un aménagement urbain pour un coût dix fois moindre

L’un des premiers projets menés dans l’agglomération grenobloise, entre 2014 et 2016, a consisté à activer des parcours piétons pour faciliter la multimodalité. « Nous avons souhaité faire émerger un pôle d’échange à Échirolles entre une ligne de tramway et une ligne de bus. Souvent, il s’agit d’une étude qui dure des années pour un budget d’un million, nous avons voulu faire adopter une démarche frugale avec un budget de 100 000 euros pour une durée d’un an. Pour cela nous avons expérimenté directement dans la rue, avec des marquages au sol, du mobilier urbain déplaçable et de la lumière, en faisant réagir les habitants et voyageurs », explique Julien Réau, directeur innovation France chez Transdev.

Activer des parcours piétons pour faciliter la multimodalité

La même démarche d’interactivité avec le public a été adoptée sur 2015-2017 avec le projet Chrono en marche!, un projet destiné à développer l’attractivité d’une ligne de bus en partant des modes de vie d’un nouveau quartier (la ligne de bus C5). Des étudiants d’école de commerce, armés de tablettes, proposaient aux riverains et usagers d’imaginer et de tester de nouvelles signalétiques et équipements à partir d’une application numérique de réalité augmentée « ville sans limite », créée par une start-up (Ufo). Ces présentations ont été complétées par des réunions publiques et la réalisation d’une gazette locale relatant l’avancée du projet. L’expérience participative a donné naissance à plusieurs équipements novateurs en septembre 2017, à commencer par un abri-voyageurs nouvelle génération en bois, avec ports USB, écran e-paper et éclairage LED. Le prototype, testé en 2017, a permis de valider les futurs équipements qui seront déployés aux arrêts de bus et stations de tramway à partir d’août 2019 dans le cadre du nouveau marché de mobiliers voyageurs. Une nouvelle signalétique appelée « Petits Poucets » a été également apposée aux croisements stratégiques pour guider le piéton.

Constituée de stickers colorés appliqués au sol, cette signalétique se déploie désormais à Grenoble comme outil de guidage temporaire pendant des travaux ou lors d’événements. La SNCF l’a aussi adoptée pour les perturbations dans ses gares.

Autre innovation, le Gouvernail.

Pareil aux gouvernails des anciens paquebots, il oriente les passants. « Le Gouvernail a surgi en plein milieu du projet, nous avions fait appel à une start-up locale, vOOg, spécialisée en signalétique car nous avions décelé un manque dans le repérage. Cela a permis de faire émerger ce produit qui est désormais commercialisé dans les aéroports… », détaille Christine Chary. Au final, la fréquentation de la ligne C5 a grimpé de + 32 %. « Objectif atteint », pour Transdev. Christine Chary reconnaît que beaucoup de moyens ont été déployés pour cette démarche de concertation, et qu’il n’en sera pas forcément de même partout. « L’intérêt de la démarche consiste à ne pas mettre en œuvre autant de moyens pour les autres emplacements, en considérant que les idées avancées peuvent être déployées ailleurs. Nous avons ainsi noté que les habitants n’optent pas forcément pour beaucoup de signalétiques, comme l’ajout systématique de bancs et de panneaux, mais souhaitent plutôt libérer l’espace public. De même, ils sont prêts à se déplacer un peu plus vers un arrêt de bus s’il est entouré d’arbres », rapporte-t-elle. « Sur 500 arrêts dans l’agglomération grenobloise, nous en avons identifié une trentaine avec un potentiel sous-utilisé qui nous paraissent utiles à développer pour accroître l’utilisation du réseau de bus », ajoute Julien Réau.

3/ GreenZenTag

Sur 2018 et 2019, Transdev a équipé 20 bus de microcapteurs sur leur toit pour mesurer le taux de particules fines PM10, PM2,5 et PM1 tout le long de leur parcours. Ce projet appelé GreenZenTag collecte 65 000 mesures journalières, géolocalisables et horodatées. « La première année, cela n’a pas fonctionné car les mesures prises n’arrivaient pas à être envoyées. Les données étaient envoyées par smartphone et cela ne passait pas toujours. Nous avons utilisé des capteurs plus performants la seconde année », indique Julien Réau. Les 4 millions de mesures collectées pendant l’expérimentation sont actuellement confrontées aux mesures recueillies par les stations fixes d’Atmo, l’association de surveillance de la qualité de l’air de l’agglomération grenobloise. « Toutes les villes n’ont pas les mêmes moyens pour mesurer la qualité de l’air. Transdev pourrait proposer le dispositif GreenZenTag à d’autres villes pour un coût divisé par dix. Que ce soit pour affiner une analyse de la qualité de l’air, mieux couvrir un territoire, explorer une nouvelle agglomération ou mesurer l’impact de zones de travaux, d’accident ou d’heures de pointe, GreenZenTag pourrait apporter une réponse pertinente aux décideurs de collectivités territoriales », développe Julien Réau.

Un décret pour faciliter les expérimentations lors de commandes publiques

Afin de favoriser l’innovation dans la commande publique, le décret n° 2018-1225 du 24 décembre 2018 portant diverses mesures relatives aux contrats de la commande publique crée une expérimentation de trois ans permettant aux acheteurs de passer des marchés négociés sans publicité ni mise en concurrence préalable pour leurs achats innovants d’un montant inférieur à 100 000 euros. Le Code de la commande publique – qui est entré en vigueur le 1er avril définit les « achats innovants » de la façon suivante: « Sont innovants les travaux, fournitures ou services nouveaux ou sensiblement améliorés. » Le caractère innovant « peut consister dans la mise en œuvre de nouveaux procédés de production ou de construction, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures de l’entreprise ».

Dans sa fiche technique, la direction des affaires juridiques (DAJ) souligne qu’il peut s’agir « non seulement d’une innovation technologique de produit ou de procédé mais aussi d’une innovation d’organisation ou de commercialisation liée, par exemple, à la numérisation ou à l’interconnexion ». Pour déterminer « le caractère innovant » d’un achat public, la collecte d’informations sur le secteur d’activité concerné et le « sourcing », sorte d’état des lieux du marché fournisseur, sont à privilégier. Attention, si la solution peut être « déjà disponible sur le marché », « la production d’un produit personnalisé, dont les caractéristiques ne diffèrent pas sensiblement de celles des produits déjà fabriqués, ne constitue pas une innovation », nuance la DAJ, qui a publié en mai 2019 un guide pratique de l’achat innovant.

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Auteur

  • Grégoire Hamon
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