Flixbus domine 95 % du marché allemand des cars grandes lignes. Fin juin, BlaBlaBus s’attaquait à ce quasi-monopole avec des billets à 99 centimes, exactement la même stratégie commerciale que celle adoptée par FlixBus en début d’année 2019 sur le marché français…
L’offre était valable jusqu’en septembre. Pour chacune des 19 destinations desservies depuis fin juin en Allemagne par BlaBlaBus, la filiale cars grandes lignes de Comuto (géant français du covoiturage avec BlaBlaCar) offre des places au prix défiant toute concurrence de 99 centimes le trajet. Cela représente 0,02 centime du kilomètre pour un aller Dusseldorf-Hambourg.
Depuis fin juin, les clients de BlaBlaCar se rendant sur la page allemande de l’opérateur, Blablacar.de, se voient proposer des places de car à côté des classiques trajets de covoiturage. Le prix du car est toujours inférieur à celui de la voiture. Fin août, il était ainsi possible de se rendre en soirée de Hambourg à Berlin avec Alex pour 12 € (départ à 19 heures), en BlaBlaBus pour 4,99 € (départ 20 heures) ou avec Carlotta pour 15 € (départ à 21 h 40). BlaBlaBus compte passer à 60 villes desservies d’ici la fin de l’année sur le sol allemand.
Les Allemands sont habitués au covoiturage. Avant même la naissance d’internet, des entreprises locales proposaient de partager des trajets en voiture. L’arrivée d’internet, puis du français Comuto (né en 2006 à Paris, actif en Allemagne avec BlaBlaCar depuis 2013) ont révolutionné le secteur. La plateforme de covoiturage BlaBlaCar compte aujourd’hui 6,5 millions de membres outre-Rhin et dessert 75 000 points de rencontre entre conducteurs et passagers chaque mois à travers le pays. BlaBlaCar annonce compter 74 millions de membres dans 22 pays.
C’est plus tard que les Allemands ont découvert le car, nettement moins cher que le train, avec l’ouverture du marché en 2013. Aujourd’hui, 23 millions de trajets sont effectués chaque année en car en Allemagne. Le marché est contrôlé à 95 % par l’allemand FlixBus, startup au succès fulgurant. Eurolines (3 %), IC Bus de Deutsche Bahn (1 %) et Strudent Agency RegioJet (opérateur tchèque, 1 %) se partagent le reste de la demande. FlixBus travaille en Europe et aux États-Unis avec 300 compagnies de transports sous-traitantes et dessert 2 000 destinations dans le monde.
C’est donc à un marché à priori fermé que s’attaque BlaBlaBus. « Le numéro 1 du covoiturage en Europe se frotte maintenant au numéro 1 du car en Europe », souligne Andreas Krämer, co-auteur d’une étude sur « les tendances de la mobilité 2019 ».
Tout comme FlixBus, BlaBlaBus entend travailler avec des transporteurs sous-traitants, qui fournissent véhicules et conducteurs, véritable denrée rare sur le marché allemand. « L’essentiel du risque commercial est assumé par le sous-traitant », souligne Andreas Krämer. Les bus sont confortables: ils offrent le wifi (du moins en théorie, le réseau allemand étant déplorable), des prises pour recharger les portables et des sièges XL pour les passagers de grande taille. Les véhicules sont par ailleurs tous équipés d’un système détectant la fatigue du conducteur.
Quelle chance BlaBlaBus a-t-il de s’imposer sur le marché allemand, hyper-concurrentiel, alors que FlixBus est parvenu au cours des années passées à avaler concurrents établis (Eurolines, MeinFernbus ou Postbus) comme nouveaux venus (Megabus)? Depuis 2015, rachats et faillites se sont succédé sur le secteur.
BlaBlaBus se veut pourtant confiant, mise sur la complémentarité du car pour les grandes lignes, et du covoiturage pour des trajets moyens, de 250 à 300 km. L’entreprise met également en avant la souplesse des horaires de covoiturage et le fait que la prise en charge peut être assurée jusque dans les villages ou les banlieues. BlaBlaBus aurait de fait, selon les observateurs, quelques chances de trouver une place en Allemagne face à FlixBus, grâce à son réseau de 25 millions de membres outre-Rhin et à sa connaissance du marché allemand.
De nouveaux ajustements sont attendus. Notamment au niveau des prix, déjà très faibles dans le secteur. Fin 2018, le prix moyen d’un trajet en car était de 10,7 centimes par kilomètre et par passager, soit 0,7 centime de plus qu’en 2013. Le seuil de rentabilité est entre 7 et 10 centimes par kilomètre, d’après les estimations d’Andreas Krämer. Les prix pourraient baisser, même si le tarif d’appel de 99 centimes par trajet pratiqué en juillet et août par BlaBlaBus n’est pas appelé à durer.
Déployés depuis le début de l’été, les BlaBlaBus sont présents dans 8 pays d’Europe de l’Ouest: 200 villes sont reliées en France, plus de 30 villes en Allemagne, et le réseau devrait totaliser 400 destinations en Europe d’ici fin 2019. En France, le démarrage de certaines lignes, comme Auch-Lyon, opérée en partenariat avec les Voyages Duclos, est un véritable succès. Et pour conforter ses positions, BlaBlaBus poursuit sa politique commerciale à 0,99€ le billet jusqu’au 17 octobre.
