Tout le périphérique, et le quart Nord-Est de Paris: tels sont les lieux où se concentrent le plus de particules fines (PM 2,5) dans la capitale. « Ici, la concentration est supérieure à la moyenne parisienne au moins 60 %, et parfois 100 % du temps », explique Éric Poincelet, directeur de PlanetWatch 24, lors d’une conférence organisée par la mairie de Paris. Sa société a en effet installé ses capteurs Pollutrack sur plus de 300 véhicules d’Enedis (filiale d’EDF en charge du réseau de distribution d’électricité) et 100 VTC Marcel. Tous électriques, ils circulent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans les rues de la capitale, fournissant aux experts plus de 200 000 données qualifiées par jour. Les cartes qui en résultent sont à la fois logiques et étonnantes.
Logiques, car une partie des hotspots se trouve le long des grands axes de circulation « ou sous les vents dominants, ce qui explique la surexposition du quart nord-est de la capitale », détaille Éric Poincelet. À l’exception du périphérique, la rive gauche est en revanche exempte de hot spot. Étonnantes, car « en deux points éloignés de quelques dizaines de mètres, on note parfois une très grande différence de concentration particulaire », souligne Gilles Dixsaut président du comité francilien contre les maladies respiratoires. « Ce qui justifie la nécessité de mieux comprendre la façon dont se transportent et se forment les aérosols [NDLR: les flux de particules] », estime Jean Baptiste Renard, directeur de recherche au CNRS.
Les relevés Pollutrack ont permis de mettre en évidence des sources de pollution particulières. « Ainsi, le cours de la Reine, dans le 8e arrondissement. Ici, les cars de tourisme s’arrêtent en laissant fréquemment tourner leur moteur », note Éric Poincelet. « Nous avons aussi découvert 300 hotspots correspondant à des bouches d’aération du métro, qui laissent sortir un air très pollué sans aucune filtration, ajoute Anne Hidalgo, maire de Paris. Ces données nous permettent d’aller discuter avec les acteurs concernés, et d’agir sur les éléments de voirie. Ces mesures démontrent également la nécessité d’automatiser le contrôle des entrées dans la ZFE (zone à faible émission). »
AirPArif a annoncé, mi-septembre, l’installation, sans doute au cœur de Paris, d’un nouveau capteur capable de mesurer la quantité de particules ultrafines, de l’ordre de 0,1 micron et dont on soupçonne la grande dangerosité. Cette station entend également étudier l’origine des particules: agriculture, trafic routier, aéroportuaire ou fluvial. Les émissions venant des péniches et des bateaux touristiques sont en effet de plus en plus souvent mises en cause.
Depuis début septembre, un capteur Pollutrack équipe le ballon de Paris, sponsorisé par l’assureur Generali, et qui emmène les touristes à 150 mètres de hauteur dans le parc André Citroën, situé dans le 15e arrondissement. Un ballon déjà équipé de deux autres capteurs: l’un compte en continu et depuis 2013 le nombre de particules fines et ultra-fines jusqu’à 0,2 micron de diamètre contenu dans l’air, de 0 à 300 mètres d’altitude; l’autre s’intéresse depuis 2017 au NOx et à l’ozone.
