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La SNCF veut proposer l’accès à l’ensemble des services de mobilité

Rebaptisée l’Assistant, la nouvelle version de l’appli SNCF donne la possibilité de réserver et payer des billets de train, VTC, taxis. À terme, les utilisateurs pourront également acheter et valider des tickets de transport public dans toute la France.

L’application SNCF, téléchargée par plus de 13 millions d’utilisateurs, pourrait devenir la porte d’entrée de tous les déplacements en France. Le 18 juin dernier, la société ferroviaire a dévoilé la nouvelle version de son application SCNF qui propose désormais un « Assistant » multimodal permettant de calculer le meilleur itinéraire entre deux destinations en France, d’acheter ses titres de transport SNCF (TER, TGV) ainsi que des trajets en taxi et VTC. À court terme, il devrait également être possible d’acheter et de valider des tickets de transport public dans toute la France. « C’est une accélération de la mise en œuvre de la Loi d’orientation des Mobilités! », a tout bonnement déclaré Guillaume Pepy, le président du directoire de la SNCF, ravi de la concomitance de cette présentation avec le vote de la LOM, qui avait lieu le même jour à l’Assemblée Nationale. « Nous avons voulu donner la priorité aux services du quotidien, avec un outil national qui présente des solutions locales. Ainsi, notre offre ne concerne pas que les grandes métropoles et veut aussi couvrir les zones parmi les moins bien desservies du territoire. Cet assistant a été conçu sur un principe d’ouverture, vis-à-vis de tous les opérateurs de transport, concurrents ou non, mais aussi de toutes les Autorités organisatrices de transport et de tous les acteurs de la mobilité », a-t-il ajouté.

L’application SNCF (à ne pas confondre avec l’appli oui.sncf, dédiée à la longue distance) permettra donc d’éviter de jongler avec de multiples comptes pour acheter un billet de train, de taxi, de VTC ou emprunter un vélo en libre-service.

Point d’accès unique

« Il existe aujourd’hui des applications pour chaque mode de transport mais aucune ne proposait un point d’accès unique aux différentes offres de mobilité pour s’informer et acheter un billet », a indiqué Alexandre Viros, directeur général d’e-voyageurs SNCF. De fait, l’appli propose dès à présent des calculs d’itinéraire, et permet d’acheter et de valider des billets de train TER partout en France, tout comme payer ses déplacements avec certains partenaires. La SNCF a en effet conclu des accords commerciaux avec Karhoo (groupe Renault), qui donne accès aux VTC et partenaires taxis dans 17 villes, dont l’agglomération parisienne. On y retrouve les VTC Marcel, LeCab, les taxis scooters de Felix et la flotte d’Alpha Taxi. D’ici la fin 2019, l’ensemble des flottes de taxis et VTC françaises de Karhoo sera intégrée, soit 150 flottes locales au total. L’appli SNCF donne également accès aux services du Bus Direct, exploités par Keolis (filiale de la SNCF), pour relier les aéroports et les gares parisiennes, ainsi qu’à l’ensemble du réseau strasbourgeois.

La maison mère a en effet conclu un accord avec la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS) pour l’achat et la validation de titres sur smartphone pour tous les bus et tramways de l’Eurométropole. « Le service a été développé en moins de 4 mois avec l’apport de Wizway pour utiliser la technologie NFC sans contact », a souligné Valérie Chemla, directrice générale d’e-voyageurs technologie.

Dans l’immédiat, il paraît difficile d’effectuer un trajet « sans couture » à travers toute la France avec les services disponibles sur l’application, mais la SNCF promet des intégrations de nouveaux partenaires continuelles. L’application devrait profiter de la généralisation du NFC sur l’ensemble de l’offre TER pour proposer tout le réseau des trains régionaux. Et avant la fin de l’année, l’Assistant intégrera les offres de BlaBlaLines (l’offre de covoiturage courte distance de BlaBlaCar), les parkings de Onepark, ainsi que les déplacements effectués avec Uber. Pour le leader des VTC en France, ce partenariat concernera surtout « les clients opportunistes [occasionnels, ndlr] », selon les termes de Jonathan Levy, directeur commercial France de la plateforme. « Les clients habituels resteront sur l’appli Uber », estime-t-il. En ouvrant la porte cette entreprise aux méthodes décriées, Guillaume Pepy ne craint-il pas d’avoir fait rentrer le loup dans la bergerie? « Nous avons fait le choix d’un modèle neutre, sans exclusivité, ce n’est pas à nous de dire qui est bien ou mal pensant. Nous sommes ouverts à tous les partenariats, y compris avec des concurrents comme Thello ou FlixTrain », assène-t-il. Si les deux entreprises citées n’étaient pas invitées pour témoigner, d’autres signatures sont encore annoncées. « Nous sommes en discussions avec Smovengo [opérateur de Vélib’, ndlr] pour offrir une solution vélo à nos utilisateurs. Quant aux opérateurs de trottinettes, nous attendons que le marché se clarifie un peu », a indiqué Alexandre Viros. L’arrivée des taxis G7 est également espérée.

Reste un point névralgique: le réseau RATP, ainsi que l’ensemble des réseaux gérés par Transdev. « Notre plateforme est ouverte et prévue pour ne fragiliser aucun opérateur. La RATP nous rejoindra sans doute, Transdev a développé son propre outil et je ne connais pas leur stratégie », a commenté Guillaume Pepy. On notera que les réseaux gérés par Keolis n’ont pas été cités une seule fois au cours des 3 heures de présentation, comme s’il s’agissait déjà d’une formalité. Des discussions sont également en cours avec l’Île-de-France Mobilités (IdFM).

Concurrence de Uber ou Google

Pour séduire les Autorités organisatrices de transport réticentes à passer par le portail de la SNCF, la compagnie nationale a développé une plateforme en marque blanche destinée aux collectivités, avec une interface personnalisable dans laquelle elles pourront intégrer leurs propres solutions de transport. « Chaque acteur pourra ajouter un traitement de données qui pourra créer de la valeur pour les autres partenaires, et l’on peut se mettre d’accord pour rémunérer cette prestation », a précisé Guillaume Pepy.

Pour l’instant, la SNCF n’entend pas commercialiser des offres packagées de type MaaS, avec une tarification globale couvrant avec un tarif unique des flopées de services de mobilité. Les premières expériences ne sont guère probantes. En Finlande, l’appli Whim lancée en 2017 à Helsinki, qui propose un abonnement mêlant transport public, location, de voiture, covoiturage, vélo et VTC « ne concentre que 0,5 % des trajets quotidiens réalisés par les habitants », tempère Joël Hazan, consultant au Boston Consulting Group (BCG). Mieux vaut se concentrer sur l’agrégation de services, quitte à proposer des réductions ultérieurement. « Aujourd’hui, notre première étape, c’est de faciliter l’usage des déplacements pour favoriser le train et les moyens collectifs. Nous penserons ensuite à l’aspect tarifaire et la décision de proposer des tarifs spéciaux reviendra aux opérateurs », expose Alexandre Viros. Pour la SNCF, il importe d’abord de jouer de vitesse face à des concurrents comme Uber, Google ou Citymapper, qui se positionnent également comme des guichets uniques de la mobilité.

Uber intègre déjà sur son application l’ensemble des informations transports des réseaux publics de Londres, Boston et Denver, en commercialisant même les billets de cette dernière ville. Citymapper propose également d’acheter des billets du réseau Transport for London avec son Pass. Mais la SNCF possède au moins quatre atouts dans son jeu. Pour Joël Hazan, la SNCF bénéficie d’une compétence technologique importante – une équipe de 1 000 personnes capable de tout développer en interne –, elle a également l’habitude d’être tournée vers le client et possède la capacité de collaborer avec les AOM, les villes et les régions. Autre avantage, en ces temps d’exploitation de données parfois intempestives, la SNCF revendique un respect scrupuleux de la RGPD. « Nos partenaires garderont l’accès à leurs données », promet Alexandre Viros.

Adapter l’offre

Comme de nombreuses applications, l’Assistant demande à l’utilisateur d’activer ses données de localisation afin de proposer des itinéraires personnalisés, « mais les données resteront anonymisées », rassure Julien Nicolas, directeur général adjoint de e-voyageurs SNCF. « L’assistant repose sur une logique auto-apprenante et va ainsi reconnaître les trajets du quotidien et suggérer des alternatives en cas de perturbation », précise-t-il. La collecte de ces données, même anonymisées, permettra de générer une nouvelle masse d’informations qui échappait jusqu’alors à l’entreprise. « En agrégeant les données de déplacements, nous aurons la capacité d’adapter notre offre de train, ce qui pourra éviter de recourir à la voiture individuelle », prévoit Julien Nicolas.

Négocier les contrats avec chaque partenaire est un travail de longue haleine, aussi bien sur le plan commercial (sur le montant des commissions que prélèvera la SNCF en tant qu’apporteur d’affaires), que sur le plan juridique et surtout technique, puisqu’il faut à chaque fois interfacer les bases de données et les API. Dans un premier temps, les clients finaux recevront plusieurs factures, mais à terme, les différents opérateurs devraient être intégrés sur une facture unique. Pour y parvenir, la SNCF a travaillé avec la banque Natixis. « Cela demande beaucoup d’efforts et, surtout, de temps pour permettre à chacun de s’intégrer sur une plateforme de centralisation des paiements », a précisé le président de la SNCF. « Plus le réseau du partenaire est intégré et plus ce sera facile pour nous », précise à Bus&Car Julien Nicolas. « Lorsqu’un opérateur vient nous voir, dans 90 % des cas il aura un gros travail à fournir pour plugger son système informatique à notre assistant, et ce n’est pas plus facile pour Keolis que pour Transdev », poursuit-il. Pour développer cette application, la société ferroviaire a investi « plusieurs dizaines de millions d’euros », déclare Guillaume Pepy, qui souligne que ce service n’est pas destiné à devenir un centre de profit. « Notre objectif est de couvrir nos coûts et surtout de gagner des voyageurs. Aujourd’hui, 82 % des trajets sont réalisés en voiture, si nous en convertissons ne serait-ce que 1 % vers les transports en commun, ce serait déjà incroyable. »

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Auteur

  • Grégoire Hamon
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