Guillaume Malochet, président de la commission prospective, Routes de France
Guillaume Malochet: La route devient autre chose que ce pour quoi elle a été construite initialement. Elle est au cœur des enjeux sur lesquels travaillent les urbanistes: arrivée du véhicule autonome, recomposition de l’espace public pour laisser place à d’autres usages que celui de la voiture, désenclavement des territoires, etc. La route est un réseau qui innerve les territoires parce qu’elle permet la circulation mais aussi parce qu’elle produit de l’énergie, des données et des services. Au sein de Routes de France, on parle de routes actives, activatrices ou génératives pour souligner cette multifonctionnalité. Sur la question des services, je pense particulièrement à la création de hubs intermodaux et multifonctionnels. Ces hubs assureraient la conjonction entre les différents modes de déplacement et proposeraient des services associés comme le stockage de petits courriers ou une plateforme logistique. Ils s’appuieraient sur des infrastructures existantes qui maillent les territoires, telles que les gares routières ou les stations de service en bord d’autoroute qui relieraient les territoires alentour avec des Bus à haut niveau de service par exemple.
G. M.: Les entreprises routières vont être confrontées à de nouvelles formes d’aménagement dans les espaces publics afin d’organiser la coexistence des flux. Prenons la question du stationnement en ville. Que faire face à la réduction des véhicules thermiques en ville et à l’augmentation des livraisons? Les places de stationnement sur voirie vont-elles être maintenues? Va-t-on recomposer l’espace en dédiant des places à la livraison à certains moments de la journée? Va-t-on enterrer des conteneurs pour stocker les marchandises?
Il s’agit d’un réel enjeu d’aménagement urbain que doivent s’approprier les constructeurs d’infrastructures routières s’ils souhaitent sortir de la position d’entreprise exécutante par rapport à des commanditaires. À l’occasion de cette étude, on voit bien que le monde de la construction routière et celui de la commande publique vont devoir faire un pas l’un vers l’autre pour accompagner les nouveaux usages et les anticiper. Une posture partenariale est de mise pour gagner en flexibilité et en rapidité de mise en œuvre. Les entreprises routières ont déjà quelques solutions à proposer mais il est difficile de les expérimenter en raison de schémas contractuels et financiers qui n’y sont pas favorables. De nouveaux modes de financement et de nouveaux marchés propices aux expérimentations devraient être massivement déployés.
