Renaud Béziade, directeur exécutif montage, exploitation et nouveaux services, Egis, explicite le dispositif de péage inversé.
Egis gère le projet du péage inversé de Rotterdam. Cette approche révolutionnaire vise à changer le comportement des usagers de routes à forte congestion, en les gratifiant financièrement s’ils décalent leur trajet dans le temps ou s’ils utilisent un transport en commun aux heures de pointe. Les résultats sont là. Même lorsqu’ils ne sont plus financés, une bonne partie des usagers continue de se déplacer autrement. Il faut savoir que l’on peut passer de la congestion à la fluidité en touchant moins de 10 % des usagers de la route.
Si on ne doit retenir qu’un enjeu alors c’est forcément celui du climat. Le transport, notamment routier, est en effet un fort contributeur aux émissions carbone. Pour y remédier, je vois trois types de solutions: 1) l’électrification des véhicules pour autant que les sources primaires d’énergies soient décarbonées; 2) le développement des modes actifs et une utilisation plus rationnelle de la voiture par le covoiturage en particulier; 3) une optimisation drastique de l’usage des routes et des voiries urbaines. Pour faire simple, il ne s’agit pas (ou pas uniquement) de construire plus de routes mais de décupler leur efficacité. Le véhicule connecté ou même autonome ne suffira pas à réussir ce pari. C’est en rendant les infrastructures plus intelligentes et en les connectant aux véhicules que l’on régulera les flux, que l’on pacifiera les usages et que l’on combattra efficacement la congestion. Et l’enjeu principal se trouve en ville puisque 70 % de la population mondiale s’y trouvera en 2050 avec toujours plus d’appétit pour la mobilité.
Les infrastructures routières doivent être suffisamment évolutives, adaptables et apporter des services pour fournir plus de mobilité avec moins de moyens. Elles doivent accueillir les nouveaux modes, du véhicule électrique au covoiturage, mais aussi et surtout les réguler. En ville en particulier, chacun a sa propre interprétation des règles, ses petites déviances qui souvent paralysent le système et pénalisent la collectivité. Aux heures de pointe, un carrefour peut se trouver bloqué 45 minutes parce que trois automobilistes ont « glissé » sans attendre leur tour. Véhicules autonomes et infrastructures intelligentes apporteront des moyens de régulation incomparables pour fluidifier la mobilité et renforcer la sécurité. Et les nouveaux services iront bien au-delà du simple respect des règles. Avec l’apparition de nouveaux véhicules à une, deux, trois roues, les aménageurs publics n’arrivent plus à diviser la voirie en créant un espace pour chacun. Les infrastructures de demain pourront apporter la solution en adaptant par des systèmes intelligents et un dialogue permanent avec les véhicules, chaque espace de la rue à la fonction la plus adaptée en fonction du moment de la journée. Une voie pourra être consacrée au stationnement le matin et à la circulation en voiture le soir. Cette gestion dynamique de la voirie est assurément l’une des plus grandes promesses des infrastructures routières.
