Les croisières, notamment fluviales, ont le vent en poupe. La destination Seine ne fait pas exception, d’autant que les collectivités riveraines misent sur leur développement. Une opportunité pour les autocaristes.
En 2018, plus de 86 000 passagers ont embarqué pour une croisière sur la Seine, le plus souvent entre Paris et Le Havre, ou Honfleur. Après un repli, suite aux attentats de 2015, la tendance est à la hausse: + 5,8 % par rapport à 2017. Et les chiffres ne devraient pas en rester là: développer le tourisme sur le Seine et, tout particulièrement, les croisières, constitue en effet l’une des priorités des départements et intercommunalités riveraines. En témoignent les deux manifestations institutionnelles organisées récemment, à chaque fois sous le regard bienveillant de François Philizot, délégué interministériel au développement de la Vallée de Seine: la matinée du tourisme fluvial, tout d’abord, qui a eu lieu à Giverny, en mai 2019; et le colloque « Escales en Seine » organisé à Paris début juillet.
Ce volontarisme est une bonne nouvelle pour les autocaristes: « Les croisières sont très prisées par notre clientèle, et nous proposons la destination Seine depuis une vingtaine d’années », témoigne ainsi Patricia Cesbron, responsable production chez Richou Voyages. L’agence choletaise réserve quatre à cinq dates par an sur le trajet Honfleur-Paris auprès de CroisiEurope, le seul opérateur tricolore sur le fleuve. Soit environ 135 passagers annuels en GIR. « Nous n’avons en revanche pas travaillé avec des groupes constitués sur cette destination depuis quelques années », poursuit la voyagiste.
Richou Voyages amène ses passagers à Honfleur, et l’autocar les suit ensuite pendant toute la croisière pour leur proposer, aux escales, des escapades vers la côte fleurie, au départ de Honfleur, pour visiter Rouen, le château de Versailles, et, bien sûr, Paris. « Il s’agit d’un séjour plutôt haut de gamme qui intéresse une clientèle senior », constate la chargée de production. D’autant que « CroisiEurope mise plus sur la qualité que sur la quantité », explique Benoît Amand, responsable navigation de la compagnie. De 130 passagers, la capacité de certains bateaux a été limitée à 105, pour que chacun soit plus à l’aise et ait l’impression de vivre une expérience exclusive. « Séjourner dans des cabines plus grandes correspond certainement à une attente de la clientèle, nous alertons cependant CroisiEurope sur l’aspect financier de cette politique », poursuit Patricia Cesbron.
Elle n’hésitera pas, cependant, à proposer à son catalogue d’autres programmes de navigation sur la Seine si CroisiEurope se lance dans l’aventure. Le croisiériste étudie en effet la possibilité de faire naviguer un bateau beaucoup plus petit, et à motorisation non diesel, en amont de Paris, et sur les affluents du fleuve (Oise, Marne, Yonne).
La Seine est, du reste, si attractive que même Périer Voyages, dont la clientèle est pourtant normande, propose la destination. « Nous ne réservons qu’une date par an, car nos clients connaissent bien, a priori, le fleuve, mais nous n’avons pas de mal à la remplir! », témoigne Anne-Sophie Lecarpentier, directrice générale. La qualité de la relation avec le personnel, la très bonne restauration, l’envie de réaliser la totalité des croisières fluviales programmées par le voyagiste, et aussi, bien entendu, l’envie de découvrir les rives de Seine sous un angle inhabituel, constituent autant de bonnes raisons pour se décider.
Le développement des croisières constitue également une opportunité pour les autocaristes locaux. Car les croisiéristes sortent souvent de leur cabine pour aller en excursion. La visite de Paris et du château de Versailles fait partie des incontournables. Mais aussi celle de Rouen, de Honfleur et de la Côte fleurie, et des hauts lieux de l’impressionnisme et de la peinture (Giverny, Auvers-sur-Oise). La clientèle anglo-saxonne aime visiter les plages du débarquement et les cimetières américains ou australiens. La visite de la côte d’Albâtre (Étretat, Fécamp), celle des abbayes normandes (Jumièges, Saint-Wandrille), des Andelys ou encore de Château-Guyon, est également très prisée. Parfois, les passagers vont même un peu plus loin: au Mont Saint-Michel, à Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau ou Chantilly! Autant dire que les autocars sont nombreux sur les parkings des escales!
Arriver à séduire les géants du fleuve n’est cependant pas chose aisée. Certaines compagnies européennes, allemandes ou suisses par exemple, viennent avec leurs propres véhicules, et n’ont qu’exceptionnellement besoin de renforts locaux. Pour les autres, si CroisiEurope travaille en direct avec ses prestataires, ce n’est en général pas le cas de ses concurrents étrangers. À quelques exceptions près: « Nous avons mis en place un groupement momentané d’entreprises avec la SNAP, en région parisienne, et les Cars Fournier (Deauville). Cela nous permet, notamment de travailler avec l’américain Grand Circle », explique ainsi Emmanuel Lecourt, directeur d’exploitation de Hangard Autocars, installés en Seine-Maritime.
Les compagnies anglo-saxonnes utilisent en général les services d’une agence réceptive européenne ou française. Telle Un Monde bleu, à Lyon: « Initialement, nous travaillions sur le Rhône, mais nos clients étant également présents sur la Seine, nous sommes désormais très actifs sur ce fleuve », explique Loïc Andamaye, responsable des opérations. Il choisit ainsi autocaristes et guides pour l’américain Uniworld et l’australien Scenic Tours. « Nous travaillons en général avec deux autocaristes par escale. Ce sont des partenaires de longue date qui connaissent les particularités de cette activité. »
Car transporter des croisiéristes a ses exigences: « L’autocar est un prolongement du service sur le bateau », résume Nicolas de Sousa, directeur général des autocars SNAP, basés en région parisienne, et dont 6 à 7 cars travaillent quasi quotidiennement pour trois croisiéristes. Pas question, autrement dit, d’utiliser d’autres véhicules que des cars de grand tourisme récents, parfaitement équipés (du micro aux toilettes et à la climatisation) et impeccablement propres.
De plus en plus souvent, une connectivité en wifi et USB est demandée. Les conducteurs doivent être bien habillés, disponibles pour aider les passagers à monter, et charger leurs valises lors des transferts à l’arrivée ou au départ. Et être au moins capables de les saluer en anglais. « Il faut aussi un vrai partenariat entre le conducteur et le guide », souligne Emmanuel Lecourt, chez Hangard Autocars.
« Mais l’activité demande surtout une grande flexibilité », ajoute Loïc Andamaye. S’il faut être ponctuel pour pouvoir réaliser les excursions dans l’amplitude horaire permise par les escales, il faut aussi savoir, parfois, attendre: « Aujourd’hui, nous sommes arrivés une heure plus tard que prévu à Paris, parce que la porte d’une écluse était en panne. Et les bateaux sont désormais tellement longs qu’ils ne rentrent plus qu’un par un dans l’écluse lorsque le problème est résolu. Du coup, notre partenaire autocariste a attendu une heure, et rentrera une heure plus tard d’excursion, tout comme le (la) guide », explique ainsi Benoît Amand, chez CroisiEurope. « De temps en temps, nous devons même aller chercher les passagers à Mantes-la-Jolie plutôt qu’à Paris, en raison d’un problème de navigation », témoigne Nicolas de Sousa. Les crues, notamment, perturbent les programmes.
Exceptionnellement, des excursions sont purement et simplement annulées. « Cela peut arriver si le nombre de participants est plus faible que prévu », explique Thomas Périer, des autocars éponymes. Des indemnisations ne sont pas obligatoirement prévues dans les contrats. « Nous sommes engagés dans des partenariats relativement longs garantissant une activité importante. C’est aussi à nous d’être flexibles sur ces aspects-là, relativise Nicolas de Sousa, qui poursuit: L’activité est intéressante à plusieurs titres. D’une part, les saisons sont très longues, de mars à novembre. D’autre part, les programmes sont réalisés très longtemps en avance. En termes d’organisation et de logistique, c’est vraiment très appréciable. Enfin, non seulement nous prenons en charge les escales franciliennes (visite de Paris, de Versailles, soirées dîner ou cabaret, transferts arrivée ou départ), mais nous sommes aussi parfois sollicités pour des extensions de séjour. Nous emmenons alors les croisiéristes dans les châteaux de la Loire, en Bourgogne ou en Champagne, par exemple. » De quoi faire de l’autocar le meilleur ami du fleuve!
Pour le lancement de la saison touristique en mars 2021, trois navettes autonomes électriques Transdev – Lohr i-Cristal, d’une capacité de 16 passagers, relieront la gare ferroviaire de Vernon au site touristique de Giverny, qui accueille 800 000 visiteurs par an. Cette expérimentation, qui durera sept mois, va permettre de tester la circulation de navettes autonomes sur un parcours de 12 km empruntant une route départementale, ainsi que le principe d’une supervision mutualisée. Le projet a également pour objectif de mesurer l’acceptabilité sociale de cette nouvelle technologie, en recueillant les avis des passagers et automobilistes. Baptisé NIMFEA, l’expérimentation sera menée dans le cadre du programme « France Mobilité ». Le coût du projet s’élève à 1,35 million d’euros, financé par les partenaires institutionnels, Seine Normandie Agglomération, Transdev et Mov’eo, et par les partenaires privés à hauteur de 250 000 euros.
« Pour l’instant, nous n’avons eu aucune demande de motorisation autre que le diesel. Cependant, tous nos autocars sont récents, et donc aux normes Euro 5 ou Euro 6 », témoigne Thomas Périer, des cars éponymes. Mais il en est bien conscient: bientôt sans doute, il lui faudra réfléchir à de nouvelles motorisations. Car les croisiéristes sont de plus en plus critiqués pour leur impact environnemental. « Dans certaines villes desservies, on nous fait sentir que nous faisons trop de bruit », constate Benoît Amand, chez CroisiEurope. La compagnie française a donc depuis début 2019 troqué le gazole de ses bateaux contre du GTL, un carburant de synthèse. Et elle fait désormais appel à B.E. Green, filiale des Autocars Dominique, pour transporter une partie de ses passagers en autocar électrique dans Paris et vers Versailles. En 2020, une nouvelle étape pourrait être franchie: « Nous souhaiterions que B.E. Green suive l’un de nos bateaux, le Botticelli, tout au long de son trajet », explique Benoît Amand. Pour ce faire, CroisiEurope tente d’inciter Haropa, gestionnaire des ports, et les départements, à équiper les escales de bornes de recharge.
Certaines compagnies fluviales demandent que les autocars transportant leurs passagers soient à leurs couleurs. « Tel est le cas, par exemple, de Ama Waterways et Avalon, pour lesquels nous travaillons », explique Thomas Périer, des autocars Périer. Seul hic: la saison des croisières s’arrête en général entre novembre et février. Il faut alors trouver des clients que la couleur parfois voyante des autocars qu’ils empruntent ne dérange pas! « Mais dans l’ensemble, nous arrivons à les exploiter », assure Thomas Périer.
À 84 %, les croisiéristes naviguant sur la Seine sont étrangers. Seul CroisiEurope compte encore une (courte) majorité de passagers français. Ses concurrents (AMA Waterways, A Rosa Flusschiff, River Advice, Scylla AG, Uniworld, Viking Cruises, Dr Lüfner…) recrutent quasi exclusivement en dehors des frontières de l’Hexagone: en Europe, notamment Allemagne, Royaume-Uni et Suisse, en Amérique du Nord, et même en Australie.
Nous sommes avant tout croisiéristes: nos partenaires se servent de nos programmes croisières pour monter leur propre offre. Et les autocaristes sont des partenaires importants dans cette démarche. Ils représentent 40 % de notre clientèle groupe, soit entre 15 et 20 % de nos passagers! Nous montons en gamme: ne pas le faire serait une erreur économique. Ainsi, alors que les paquebots des mers sont de plus en plus grands, nos derniers-nés ne dépassent pas les 105-110 passagers! Deux de nos bateaux naviguant sur la Seine sont “5 ancres” et le troisième “4 ancres” les ancres étant aux bateaux ce que les étoiles sont aux hôtels. Depuis cinq ans, nous avons introduit le “tout inclus” à bord, y compris donc les boissons, c’est un vrai confort pour le client. Nos partenaires autocaristes nous accompagnent dans cette démarche.
