Présentée comme l’une des solutions à la congestion urbaine, la location de voitures en libre-service montre ses limites en Allemagne. Le service serait pertinent uniquement dans les villes les plus denses, et ses effets sur la circulation automobile s’avèrent limités.
La ville de Munich, engorgée par la circulation automobile, a un plan ambitieux. La capitale de la Bavière mise sur le développement des voitures électriques et de l’autopartage. D’ici la fin de l’année le nombre des stations de recharge des batteries doit passer de 460 à 550 piliers, avec 1 100 points d’accès. D’ici 2030, pas moins de 10 000 voitures doivent pouvoir être rechargées en même temps dans les rues de Munich. Le développement de l’électrique dans la capitale de BMW, qui a son siège à Munich, doit aller de pair avec le développement de l’autopartage, selon la responsable pour les questions environnementales de la municipalité. L’opérateur Share-Now, né de la fusion de DriveNow (BMW) et Car2go (Daimler), veut doubler le nombre de ses véhicules en libre-service d’ici fin 2020, pour passer à près de 300 véhicules, soit 16 % du total des voitures en libre-service dans la ville. Le car-sharing est concentré à Munich dans le seul centre-ville historique. Le nombre modeste de véhicules partagés en circulation dans la ville la plus riche d’Allemagne, la fusion des deux principaux opérateurs… Tous ces facteurs rappellent les limites du modèle de l’autopartage, lancé à la fin des années 1980 par une poignée d’idéalistes et devenu modèle commercial avec le développement d’internet.
À l’autre bout du pays, Berlin fait figure de capitale allemande du car-sharing. On y compte 5 000 véhicules partagés, dont la moitié sont électriques. Afin d’encourager le développement du secteur, la municipalité permet aux utilisateurs de se garer gratuitement dans toutes les rues de la ville.
Leader du secteur, Share-Now (BMW-Daimler) aligne 2 600 voitures dans les rues de la capitale allemande. Mais le pavé berlinois est hautement concurrencé. Fin juin, VW s’est ajouté à la liste déjà longue des opérateurs présents, avec 1 500 e-Golf. 500 e-up et les premières ID. 3 doivent suivre l’an prochain. Et le loueur de voitures Sixt tente de trouver sa place sur le marché avec une offre à prix cassé de 9 centimes par km au lieu de 36 centimes la minute en moyenne dans le secteur. Au début des années 2010, une étude réalisée par le cabinet Frost &Sullivan prédisait au modèle les meilleures chances de réussite. Selon les calculs du cabinet, un véhicule partagé pourrait remplacer huit à dix véhicules privés.
De trois millions de personnes abonnées à un service d’autopartage en 2013 à travers le monde, on est passé à 27 millions fin 2018. L’objectif affiché de 32 millions d’autopartageurs d’ici 2020 semble à portée de main. Les résultats sont nettement plus décevants en termes de renoncement à une voiture propre et de succès économique du modèle. Frost & Sullivan tablaient sur un million de véhicules en moins d’ici fin 2016, et un chiffre d’affaires de 7 milliards d’euros pour le secteur d’ici 2020. Ni l’un ni l’autre ne seront atteints.
Loin d’être rentable, le secteur est aujourd’hui en pleine restructuration, comme le montre la fusion de Car2go et Drive Now à l’automne dernier. Selon le cabinet A.T. Kearney, « le service ne se justifie pas pour les villes allemandes qui n’ont pas la densité nécessaire de 3 000 habitants au km2 ».
Le car-sharing resterait donc un secteur niche. « Même dans les villes denses telles que Munich, Hambourg, Berlin, Francfort ou Stuttgart, on ne pourrait obtenir mieux qu’une réduction du nombre de voitures en circulation de 5 % grâce au car-sharing », estime Wulf Stolle, partenaire chez A.T. Kearney. L’étude « The demystification of carsharing » arrive à la conclusion que le développement du secteur ne fera pas baisser la congestion, mais pourrait nuire à l’activité des taxis. La capitale suédoise Stockholm, championne de la circulation propre, a d’ailleurs banni DriveNow de ses rues, après trois années d’activité en refusant d’exempter les voitures en autopartage du paiement des places de parking.
