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« Pour apprendre à conduire un car, il faut d’abord désapprendre… »

Les premiers pas dans une formation de conducteur de transport en commun donnent une idée de l’immensité de la tâche. La formation dure trois mois et est suivie de trois autres mois de stage en entreprise.

Huit heures du matin. Une zone industrielle, un plateau routier, des préfabriqués… Je me gare et me joins aux groupes qui prennent un café dehors. Il y a là des stagiaires poids lourds, des caristes, des grutiers, et quelques personnes qui entament comme moi leur formation transports en commun. Après quelques minutes, une formatrice nous conduit dans une salle à l’étage. Ambiance réservée. Nous sommes une dizaine en tout. Travailleurs indépendants, demandeurs d’emploi, actifs en reconversion… chacun de nous a atterri là par nécessité. Mais pas seulement. Pour la plupart, nous envisageons ce job en complément d’activité. Il se murmure qu’après un ou deux ans à faire du scolaire, des opportunités peuvent se présenter: tourisme… Le mot en fait rêver plusieurs. Partir une semaine, en Italie ou en Angleterre avec un groupe… L’aventure!

Un plateau copieux

La première journée sera consacrée aux présentations. La formation dure trois mois, auxquels succédera un stage de trois semaines chez un transporteur. Nouveauté 2019, les examens seront scindés en deux parties: après un mois et demi, nous passerons le permis D, soit l’ETG (code), la conduite et le plateau. Les six semaines suivantes seront consacrées à la FIMO.

Nous attaquons rapidement la partie permis. Code, conduite, on voit de quoi il s’agit… mais le plateau? Nous comprenons qu’il s’agit d’un menu copieux: 200 questions écrites, 12 fiches orales, 2 socles et 6 thèmes à apprendre, plus une manœuvre à maîtriser parmi 4! Dès le second jour, nous sommes dans le vif du sujet: la responsable veut nous montrer le « socle 1 » au pas de course. Nous voici autour du car du centre. Premier contact avec la bête… 12,28 m de long, 43 places assises, boîte auto… La formatrice commence sa démonstration que nous devrons reproduire le jour de l’examen… Elle bouge, égrène son texte à toute vitesse (« marteau pic, marteau pic, siège sellerie ceinture… » ). On n’entend pas bien, on voit mal et elle s’énerve quand on l’interrompt. C’est ainsi que nous découvrons un style pédagogique que nous pensions révolu…

Apprentissage bête et méchant

Quand nous sommes en salle, nous bachotons les 200 fiches écrites (« à connaître par cœur… si la réponse est VRAI, écrire OUI compte pour une faute! ») qui traitent de conduite, de mécanique, de sécurité et de la réglementation sociale européenne. Nous nous plongeons également dans les 12 fiches orales, dont l’une sera tirée au sort le jour J par l’inspecteur. On s’entraîne en groupes, on se motive… et on comprend qu’on va devoir ingurgiter beaucoup d’infos en très peu de temps! Quand le car est à notre disposition, nous nous familiarisons avec ses dimensions, équipements, tableau de bord, etc. Et, bien sûr, nous mimons et scandons « les vérifs » et les thèmes, contrôles élémentaires de sécurité avant de prendre la route. Élémentaires, mais gare si on en oublie un! Cela fait tout drôle de se coltiner un apprentissage par cœur bête et méchant quand on a quitté les bancs de l’école depuis si longtemps…

Nous passons également plusieurs tests de code en situation d’examen. Chez nous, nous pouvons en plus nous entraîner sur internet ou réviser le plateau, en mimant les vérifications sur notre voiture (« vous avez un minimum d’imagination! »).

« Mais je sais conduire quand même! »

Et la conduite dans tout cela? Elle arrive, mais doucement. Quelques jours à attendre avant de se retrouver au volant. Première impression de conducteur de car: confort, volume, lumière… mais aussi stress! Perdu devant ce tableau de bord. Trop de boutons et de voyants. Maintenant on démarre. Pas simple de piloter avec un formateur à côté qui ne laisse rien passer. « Mais je sais conduire quand même! », pense le stagiaire qui utilise sa voiture tous les jours. Ah oui mais les mauvaises habitudes… Négligences sur les clignotants, les distances de sécurité… on va devoir repenser à tous nos gestes et s’habituer aux dimensions du car, car cela impacte tout, et d’abord les changements de direction, avec le fameux porte-à-faux! Le coup d’œil au rétro opposé à chaque virage, je l’intégrerai lentement, très lentement… Ce qui me désarçonne surtout, c’est devoir désapprendre mon acquis de conducteur. Chaque apprentissage est un conditionnement, mais celui-ci doit être précédé d’un déconditionnement! Parallèlement, nous nous entraînons aux manœuvres en marche arrière: slaloms et créneaux. Pas évident au début, mais nous progressons vite…

Bientôt, le rythme s’accélère avec des semaines entières par demi-groupes. On embarque à cinq et on prend le volant à tour de rôle, sillonnant ville et campagne. Une découverte stimulante mais aussi stressante, ce qui entraîne quelques explications virulentes… sans compter les incidents mécaniques – porte du car coincée ou rétroviseur arraché la veille de l’examen… Il faut parfois une bonne dose d’humour pour continuer…

Et puis il y a le simulateur. Cette grosse machine monopolise une salle. La dizaine d’heures que nous y passons compte pour de la conduite. Nous croyons avoir affaire à un jeu vidéo, avant de déchanter: les deux tiers de l’effectif ont des nausées. L’appareil réagit de façon imprévisible, ne prend pas en compte l’inertie d’un car et décélère brutalement… Pour nous, c’est du temps perdu. Il va falloir s’y faire: la formation alterne véritable apprentissage et remplissage de vide…

Le permis D

Bientôt les épreuves anticipées arrivent… On commence par le code (ETG), avec deux séries de suite, et donc un droit à l’erreur… Comme d’habitude, des questions nous paraissent douteuses et aucun de nous ne sait s’il a réussi. Puis vient la conduite. Nous embarquons par groupes de trois ou quatre avec un accompagnateur, un jury et l’inspecteur. Quand un de nous passe, les autres sont relégués au fond du car. Nous frémissons lorsque notre camarade se coltine un slalom entre des camping-cars… ça passe! Chaque trottoir tutoyé, chaque intervention de l’inspecteur nous bouleverse: aïe! Quand c’est mon tour, je me retrouve coincé dans un embouteillage, devant une intersection où j’ai la priorité. Je ne peux pas avancer, alors je laisse la place aux véhicules à croiser. Puis, comme cela s’éternise, j’imagine que l’inspecteur voudra que j’avance, je referme le passage… et il freine bien sûr! Comment ne pas m’en vouloir? Surtout que mon choix n’est pas celui que j’aurais fait sans inspecteur! Ce type de supposition nous égare. Comme la peur de ne pas conduire assez vite… qui nous fait aller trop vite! Résultat: seuls trois d’entre nous n’ont pas à repasser en fin de semaine. Pour les autres, et j’en suis, nous avons droit à une deuxième chance. Cette fois, j’y vais avec une idée en tête: pas de précipitation. Cela me réussit mieux que la première fois, même si je laisse le volant, après une demi-heure d’examen, sans certitude… Sur cinq à avoir repassé, nous sommes deux à nous en tirer sans incident apparent… mais prudence!

Enfin, le plateau livre un verdict amer: deux d’entre nous ont sûrement échoué, puisque leurs manœuvres ont été interrompues. Je suis l’un des deux: trop stressé, j’ai été incapable de reproduire en examen la manœuvre que je réussissais pourtant à l’entraînement… Face à mon désarroi, l’équipe de formation m’encourage et cela va m’aider à digérer. Bilan de cette semaine: trois conduites réussies et deux plateaux échoués. Nous comprenons qu’une bonne partie d’entre nous devra subir une seconde session dans quelques mois… mais qui? En attendant, il faut vite se remotiver: il reste un mois et demi à potasser la FIMO. Quelles nouvelles épreuves nous attendent?

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Auteur

  • Jean Vincent
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