La société Tallano Technologies a développé la solution Tamic, qui aspire à 85 % les particules émises par les plaquettes de frein. Après l’avoir testé sur une voiture de la Ville de Paris, le procédé va être testé à partir de l’hiver 2019 sur des rames du RER C, avant une diffusion à grande échelle espérée à l’horizon 2022.
Même électriques, les bus, trains ou voitures continuent d’émettre des particules fines et ultrafines dangereuses pour la santé. L’origine de cette pollution provient du freinage, avec le frottement des pneus sur le bitume et l’abrasion des plaquettes de frein. À chaque coup de pédale, les véhicules émettent ainsi des particules ultrafines de l’ordre de 10 nm (la taille d’un virus), capables de pénétrer profondément dans l’organisme. Leur taille est mille fois plus petite que celle des PM10, les plus fines particules actuellement réglementées à la sortie de l’échappement. « Un petit véhicule thermique Euro 6 émet 4,5 g de particules polluantes par heure à l’échappement, contre 30 g au freinage. Donc en passant à l’électrique, on ne règle qu’un tiers du problème et encore! Une Tesla de 2 t va générer beaucoup de particules, car l’émission est proportionnelle à la puissance et à la masse du véhicule », indique Christophe Rocca-Serra, dirigeant de Tallano Technologie.
Sa société, créée en 2012, développe une solution qui s’attache à réduire la pollution issue des plaquettes de frein. Le procédé, appelé Tamic, aspire les particules des plaquettes en continu lors du freinage. L’aspiration s’effectue par le biais de rainures disposées à l’intérieur de chacune des garnitures (plaquettes). Ce système peut s’adapter à tout type de véhicule en se greffant sur des systèmes d’étriers fixes ou flottants. Seule contrainte: le changement régulier du filtre, qui peut être effectué en même temps que celui des plaquettes. L’ensemble pèse moins d’un kilo pour la version voiture et, s’il est toujours possible de l’installer en retrofit, Tallano Technologie compte surtout le proposer en première monte aux constructeurs.
La solution Tamic a été testée pendant un an sur une Renault Zoé. « Les tests sur la Renault Zoé ont prouvé que notre solution permet de capter 85 % des particules fines et ultrafines émises par les plaquettes lors du freinage, avec un taux de 90 % en ville, ce qui était conforme aux résultats obtenus en laboratoire », se félicite Christophe Rocca-Serra. Une nouvelle expérimentation va se dérouler cet hiver avec la SNCF, qui testera la solution en Île-de-France sur deux voitures des trains NORA circulant sur le RER C. « Pour la validité de tests, la SNCF souhaite qu’il y ait au moins deux hivers », précise Christophe Rocca-Serra. Tallano Technologie fait partie des cinq sociétés récemment retenues par la région Île-de-France pour tester des systèmes de dépollution dans le réseau parisien. Suez et Air Liquide présentent tous deux des projets de purificateurs d’air par ionisation, de la taille d’une grosse armoire et installés sur le quai d’une station test.
Une solution qui laisse sceptique Christophe Rocca-Serra: « Il faudrait installer des filtres à air sur l’ensemble des quais pour retirer une petite partie de la pollution, notre solution permet de régler le problème à la source. »
Pour l’heure, diffuser la solution Tamic à grande échelle semble prématuré. Le procédé n’est encore qu’en phase de prototype et Tallano Technologie sait qu’il lui faudra encore 3 à 5 ans pour passer à une production de série. « Le coût d’équipement pour une voiture serait d’environ 80 à 100 euros pour les 4 roues. Il faudra compter plus pour un camion ou un bus, avec l’idée de rester dans une logique d’accessibilité. En revanche le prix pour une solution ferroviaire sera beaucoup plus lourd », avance ce dirigeant. La mise sur le marché serait donc programmée vers 2022-2024, soit quelques années avant l’introduction des futures normes Euro 7, prévue à l’horizon 2025. Une coïncidence qui n’est pas due au hasard. Si les normes d’émissions précédentes se concentraient sur l’échappement, la prochaine étape pourrait bien concerner les particules émises lors du freinage. L’innovation de Tallano Technologie pourrait dès lors devenir indispensable.
D’autres sociétés se sont positionnées sur le créneau de la dépollution par aspiration, c’est le cas de l’allemand Mann+Hummel qui présente une solution similaire pour voitures, bus, camions et trains depuis 2017. La société française Telma préconise pour sa part une solution de freinage par induction électromagnétique. Ce système de freinage sans frottement, adapté aux véhicules lourds, offre une réduction des émissions de 85 %, en plus d’une baisse d’usure équivalente des disques et plaquettes. Enfin Bosch propose une solution alternative par le biais de sa filiale Buderus Guss. Cette dernière a en effet démarré fin 2017 la production de l’iDisc, un nouveau disque de frein avec un revêtement en carbure de tungstène, qui génère jusqu’à 90 % de poussière de freinage de moins qu’un disque classique. Michelin travaille, quant à lui, sur un revêtement de pneu biodégradable.
