Pendant que les uns cessent le travail et défilent pour défendre leurs systèmes de retraite, les autres répondent comme ils peuvent aux demandes de services de remplacement, acheminent les groupes qui ne peuvent plus prendre le train… un surcroît d’activité qui, parfois, pose problème, à une période de l’année où les plannings sont déjà bien chargés, alors que les conducteurs font défaut, et que les parcs de véhicules ne sont pas extensibles. Le mécontentement des uns ne fait donc pas forcément la satisfaction des autres, et l’amélioration du climat social ferait le bonheur de tous. On pourra toujours le mentionner sur la liste au Père Noël. Le résultat n’est pas garanti; en politique non plus.
L’argument des SLO, utilisé avec maladresse dans la communication gouvernementale, n’aura pas contribué à ramener un peu de sérénité dans tout ça. Alors que ces lignes ont prouvé leur pertinence, et peuvent s’inscrire avec efficacité dans une offre de mobilité régionale, les présenter comme une solution de substitution dans le transport urbain n’était certainement pas la meilleure idée. C’était aussi oublier que les SLO répondent à un cahier des charges très précis, et que leur lancement s’inscrit dans un processus réglementé. Cette régulation assurée par les pouvoirs publics locaux, si largement défendue par l’ensemble des acteurs français de la mobilité, ne peut être passée par pertes et profits, même en cas de grève.
A l’heure où nous bouclons ce dernier numéro de l’année 2019, il n’est pas possible de prévoir l’issue du conflit démarré le 5 décembre. Déjà, les routiers appellent à des blocages pour protester contre l’évolution de la fiscalité sur le gazole. Souvenirs, souvenirs… 1995: trois semaines de grève pour la défense des retraites, sur fonds de séparation entre SNCF et RFF. Juin 2018: trois semaines de grève perlée à la SNCF, en réaction à la réforme ferroviaire, suivies en novembre du mouvement « anti-système » des Gilets jaunes. Alors, faut-il s’attendre à une agrégation des grognes? Ce qui est sûr, c’est que l’année s’achèvera le 31 décembre. Et que la chronique française des blocages du transport ne s’achèvera pas avec elle.
