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Devenir pro… ou pas?

La formation au titre professionnel de conducteur de transport en commun s’achève en roue libre, laissant la place à un stage en entreprise et surtout à l’attente, dans une totale incertitude…

« Entraînement difficile, guerre facile », paraît-il. En fait, pour nous l’entraînement fut compliqué, mais la guerre aussi et les pertes sont conséquentes! Mais n’anticipons pas… Nous venons de passer les épreuves du permis D et nous sommes dans une position assez inconfortable: aucun de nous ne connaît son résultat, et il reste un mois et demi de formation pour la partie FIMO. Les formateurs et le centre ne peuvent rien dévoiler, sous peine d’annulation de la session. Une situation absurde et un quotidien en terrain instable…

Pendant ces six semaines, le flou est l’impression dominante. Dès la semaine d’examen anticipé achevée, la pression retombe. Il faut dire que nous voyons soudain beaucoup moins nos formateurs. Ils nous laissent à leurs collègues virtuels, je veux parler bien sûr des ordinateurs. Calés devant un PC, en totale autonomie la plupart du temps, nous avalons les tutoriels de la FIMO: sécurité, mécanique, réglementation sociale européenne, environnement… Nous avons également droit à une application d’anglais sur laquelle nous devons passer 21 heures pour recevoir une certification qui se passe d’évaluation. On peut ainsi laisser défiler le logiciel sans y prêter plus d’attention qu’un clic de temps en temps, au hasard. Mascarade parmi d’autres mascarades…

Autres gourmandises: quelques explications autour du chronotachygraphe, de la « girouette » et du fonctionnement de la plateforme PMR. Enfin, nous consacrons deux jours à la formation SST (sauveteur secouriste au travail) avec, tout arrive, un formateur intéressant qui communique bien son sujet. Une bulle d’air frais!

Les opérations: examen et partage d’expérience

Ainsi passent ces six semaines en roue libre, et nous voici bientôt en vue de la seconde salve d’examens, consacrée aux « opérations ». Il s’agit d’échanger avec un jury de professionnels (conducteurs, patrons…) à partir d’un cas de transport: conduite d’un groupe en plusieurs étapes, itinéraire et horaires à programmer. Je tombe sur une excursion d’élèves dans le Velay. Puis nous effectuons une manœuvre avec l’autocar en marche arrière: cette fois-ci, cela se passe sans heurt, pour moi comme pour les autres. Enfin, dans le véhicule, nous abordons différents sujets au plus près du quotidien d’un professionnel du transport en commun. Les questions sont ouvertes, sans pièges, l’échange est instructif. Une sorte de répétition avant la « vraie vie »… Par contre, l’obligation de présence pendant cette semaine d’évaluation nous pèse, car nous n’avons rien à faire hors les quelques heures consacrées à notre examen. Une pure perte de temps. Enfin, arrive le dernier jour des opérations: nous sommes tous passés et nos impressions sont unanimement favorables. Ouf!

Le stage en entreprise: passager et observateur

Les meilleures choses ont une fin: la formation est terminée et nous nous séparons soulagés de passer à autre chose, mais avec l’envie de rester en contact. Les résultats doivent nous parvenir dans un délai variant de deux semaines à deux mois. Mais pas le temps de tergiverser: il faut démarrer le stage de trois semaines en entreprise.

En toute logique, afin de découvrir les circuits proches de chez nous, nous effectuons presque tous notre stage dans l’entreprise qui compte nous embaucher. Nous serons dans un rôle passif de passager. Pour ma part, je commence dès le lundi à accompagner un minibus vers le collège voisin. J’enchaînerai au fil des jours avec d’autres parcours vers une école de village, des lycées de ville, et même un car TER… Je côtoie conducteurs et conductrices dans leur tâche quotidienne avec des conditions qui varient: routes minuscules ou nationales, traversées de lieux-dits ou parcours urbains, véhicules plus ou moins grands, plus ou moins vieux, plus ou moins puissants et confortables… J’observe mes (peut-être) futurs collègues, leurs trajectoires, leurs contrôles. Je prends quelques bonnes leçons de conduite en situation réelle.

Je fais aussi connaissance avec le public « jeune » et me rends compte que les qualités relationnelles sont essentielles. Pas bien réveillés le matin, souvent surexcités le soir, les jeunes ne sont pas toujours faciles à aborder. Ce qui me frappe, c’est que ces élèves semblent parfois attachés à leurs conducteurs et que, souvent, la communication passe bien. Pour certains, le chauffeur est un lien humain entre la famille et l’établissement scolaire. Le parcours en car constitue une sorte de parenthèse en compagnie d’un adulte qui n’est pas dans l’exigence de résultats, si ce n’est un minimum de calme et de respect des règles de sécurité. Ainsi, le trajet domicile-école devient une soupape. Suivant les contextes, celle-ci peut être neutre, conflictuelle ou réconfortante. J’ai vu les trois.

Finalement, ces trois semaines passent vite. Le contact avec les conducteurs est plaisant, chacun a son histoire, son parcours et sa façon de vivre le métier. Je me projette dans ces différents circuits, avec des préférences pour certaines situations: plutôt celles qui généreraient le moins de stress et me laisseraient le temps de pratiquer la rédaction sans trop courir… Je prends surtout conscience des responsabilités liées à la sécurité qui incombent au chauffeur. La vigilance doit être constante.

Verdict: sourires jaunes

Une fois le stage terminé, les vacances d’été arrivent et, tandis que les deux mois de délai maximum annoncé sont passés, nous n’avons toujours pas nos résultats. Nous relançons régulièrement l’organisme de formation, qui finit quand même par nous donner satisfaction oralement: comme prévu, je dois repasser le plateau puisque j’ai raté la manœuvre. Par contre, pour la conduite et le code, c’est bon. J’enrage: deux manœuvres ratées et c’est toutes les fiches, questions, socles et thèmes à réviser. Au final, seulement trois stagiaires sur huit n’ont rien à repasser. Cerise sur le gâteau, l’épreuve des opérations, pourtant réussie, sera à recommencer car elle n’est valable que trois mois… Chose étrange, aucun écrit ne précise notre résultat et ce que nous avons à repasser. Et à l’heure où j’écris ces lignes, soit six mois après les épreuves, nous ne disposons comme document officiel que d’un courrier de la DIRECCTE nous informant globalement de notre succès ou de notre échec.

C’est alors qu’une autre attente débute. Nous pensons repasser dans la foulée. Rien. Nous patientons. Deux mois s’écoulent et toujours rien… Enfin, au moment où nous commençons à désespérer, nous recevons un courriel nous annonçant qu’une session est envisagée pour janvier et nous demandant si nous souhaitons toujours nous porter candidats. Bien sûr que nous souhaitons! Cela fait bientôt sept mois que je n’ai pas conduit un autocar. Normalement, le centre doit nous accompagner pour nous entraîner quelques jours avant un nouveau passage. J’attends une confirmation. Le bilan est pauvre: cinq recalés sur huit soit 62 % d’échec! C’est assez drôle quand on entend les responsables de formation annoncer une réussite moyenne de l’ordre de 80 %. D’autant plus que nous savons, outre notre score pitoyable, que la session précédente a fait encore pire…

Épilogue

Aujourd’hui, j’ai repris mon activité de rédaction: quelques petits dossiers à négocier en espérant mieux dans les mois qui viennent. La semaine dernière, je contemplais par ma fenêtre l’hiver gagner du terrain et mon moral en perdre chaque jour un peu plus… quand enfin j’ai reçu un coup de téléphone de mon – peut-être – futur employeur! Il me propose pour un mois un circuit en véhicule léger afin de convoyer des jeunes jusqu’à un IME. Et je commence le lendemain à cinq heures du matin!

Me voici soudain sur les routes sombres de campagne à chercher dans des hameaux reculés le lieu de rendez-vous, différent pour chaque jeune, avec un véhicule type van. « Qu’importe le véhicule, le métier est le même », me dis-je. Enfin, je fais mes premiers pas… Et, qui sait, peut-être aurai-je moi aussi dans quelques mois une carte conducteur à insérer dans le chronotachygraphe d’un véritable autocar?

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Auteur

  • Jean Vincent
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