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FORMATION.

OPCO Mobilités: le grand chamboulement de la formation professionnelle

Depuis le 1er avril 2019, le transport de voyageurs a son nouvel opérateur de compétences, chargé d’accompagner la formation professionnelle: l’OPCO Mobilités. Une nouvelle entité mais aussi une toute nouvelle organisation de la formation. Décryptage et conséquences.

Il est administrativement né le 1er avril 2019. Mais le lancement opérationnel de l’OPCO Mobilités a eu lieu le 14 novembre 2019 dans les locaux de la Station F, à Paris, l’impressionnant incubateur de start-up fondé par Xavier Niel, le propriétaire de Free. Un lieu symbole de l’agilité dont souhaite se prévaloir le nouvel OPCO? Avec 1,6 million de salariés, 210 000 entreprises, 22 branches professionnelles et la RATP, l’OPCO Mobilités est pourtant et avant tout un géant.

À l’image, du reste, des 10 autres OPCO qui ont pris, au printemps 2019, la place des 20 ex-OPCA (Organismes paritaires collecteurs agréés) qui assuraient jusqu’à présent la collecte des fonds dédiés à la formation et le cofinancement des plans de formation des entreprises. Car la loi « liberté de choisir son avenir professionnel », votée le 5 septembre 2018, a totalement rebattu les cartes de la formation professionnelle. Exit l’OPCA Transports et Services dont dépendait, jusqu’à présent, le transport de voyageurs. Et place à de nouveaux acteurs, de nouveaux outils, et de nouvelles pratiques. Visite guidée.

Dirigé par Patrice Omnès, l’OPCO Mobilités regroupe 22 branches et la RATP: les services automobiles, les différents métiers de la navigation intérieure, le transport ferroviaire, les agences de voyages, le transport routier. Tous les métiers de la mobilité (sauf le transport aérien) sont donc représentés. Inconvénient: avec ses quelque 120 000 salariés, le transport routier de voyageurs urbain et interurbain représente environ 7,5 % des effectifs couverts par l’OPCO. Avec une interrogation légitime: ses spécificités seront-elles bien couvertes?

Avantage: la mise en commun de branches partageant certaines problématiques communes peut faciliter la mise au point de solutions. « Ainsi, relève Ingrid Mareschal, déléguée générale de la FNTV, nous menons à Nice une expérimentation avec la branche Services automobiles: cette dernière a ouvert des places dans ses formations de mécanicien de maintenance à des stagiaires en contrat de professionnalisation relevant des transports routiers de voyageurs. »

Originalité: le nouvel OPCO sera strictement concentré sur les questions de compétences et de formation. La collecte des fonds de formation ne lui incombe plus, comme c’était le cas pour l’OPCA Transports et Services. Elle relève de France Compétences (voir page 66). Lui incombent quatre grandes missions:

– observer les métiers et créer, au besoin, les certifications nécessaires;

– financer et développer l’alternance;

– assurer un service de proximité auprès des entreprises, notamment les plus petites;

– financer les plans de développement de compétences (ex-plans de formation) des TPE et PME.

Priorité aux moins de 50 salariés

C’est l’un des grands changements introduits par la loi: l’OPCO ne contribuera au financement des plans de développement de compétences (nouvelle appellation des plans de formation) que des seules entreprises de moins de 50 salariés. « Or la majorité des entreprises de la branche comptent plus de 50 salariés », s’inquiète Ingrid Mareschal. Elle s’inquiète notamment de la prise en charge des formations continues obligatoires et conclut: « On va devoir inventer de nouvelles manières de prendre en charge les formations pour les entreprises de plus de 50 salariés. »

Patrice Omnès relativise: « Dans certaines branches peuvent exister des obligations conventionnelles. Tel est le cas dans le transport urbain: un versement conventionnel s’ajoute aux fonds légaux de formation. Dans le transport interurbain, il s’agit d’un investissement formation. Nous gérons ces sommes pour le compte des entreprises et des branches et pouvons intervenir auprès de l’entreprise en question, quelle que soit sa taille. Le financement de l’alternance, qui nous incombe désormais, n’est pas soumis à ces seuils: nous intervenons bien auprès de toutes les entreprises, de l’artisanale à la très grande entreprise. Cela représente 70 % de notre activité en 2020. »

L’alternance généralisée

Car le développement de l’apprentissage est la priorité de la nouvelle loi, et donc de l’OPCO Mobilités. Depuis janvier 2020, ce dernier a en effet repris le financement des contrats d’apprentissage existants et enregistrera tous les nouveaux contrats conclus. Des contrats qu’il espère développer de façon importante. « L’apprentissage connaît une petite révolution », confirme Loïc Charbonnier, président de l’Aftral, le premier organisme de formation en transport et logistique, qui explicite: « Non seulement l’âge limite est passé de 26 à 30 ans, mais surtout, nous passons d’un régime administré (avec des cartes scolaires, des règles de diplôme éligibles, etc.) à un régime libéralisé où tous les organismes peuvent proposer une offre de formation par apprentissage. » L’objectif est bien de suivre la voie allemande, où l’alternance constitue une voie presque royale de formation, séduisant à la fois les jeunes (qui sont rémunérés et passent rapidement à la pratique) et les entreprises, qui peuvent intégrer progressivement une main-d’œuvre mieux rodée au quotidien du métier.

Un titre professionnel de conducteur en six mois

Cerise sur le gâteau: un décret permettant de décerner le titre professionnel de conducteur avec un contrat d’apprentissage réduit à six mois (au lieu d’un an) est paru en fin d’année. Une mesure qui pourrait être complétée par un second décret, permettant une forme de conduite accompagnée pendant l’alternance. « Ceci fluidifie énormément le processus de formation: une entreprise ayant besoin de chauffeurs pour la rentrée scolaire sait donc qu’elle doit les former en début d’année, explique Loïc Charbonnier. Nous proposerons en 2020 dans toute la France 300 sessions de formation susceptibles d’accueillir des apprentis sous ce nouveau régime. »

Plus généralement, l’apprentissage va s’inviter dans tous les types de formation: de la maintenance à l’encadrement. « Par exemple pour les formations dispensées dans notre École nationale supérieure du transport de voyageurs », poursuit le président de l’Aftral, qui espère par la même occasion décrocher un précieux sésame: une inscription des formations professionnelles en apprentissage sur Parcoursup! Attention cependant: « Cela exige aussi un changement de la politique de ressources humaines des entreprises, qui doivent expérimenter ces nouvelles pratiques », estime Loïc Charbonnier.

Pro-A, un nouvel outil pour les évolutions de carrière

Mais l’alternance ne s’arrêtera pas à 30 ans. Pour les salariés en reconversion ou en promotion, la loi a créé un nouvel outil: le Pro-A. Il remplace la période de professionnalisation et permet d’atteindre une qualification par la voie de l’alternance. L’OPCO Mobilités prendra la formation en charge à hauteur de 3 000 €. Son application nécessite cependant un accord de branche, en cours de discussion. Des formations comme celle de technicien supérieur de transport de personnes pourraient être concernées.

Un CIF rebaptisé CPF de transition

Autre nouveauté: le congé individuel de formation devient CPF de transition. Derrière ce changement de nom se trouve aussi la volonté de favoriser les salariés travaillant dans des secteurs en mutation et souhaitant changer de métier ou d’orientation professionnelle. Le CIF était souvent utilisé par des personnes déjà bien formées acquérant des compétences complémentaires ou liées au développement personnel.

Autre différence: un positionnement préalable sera effectué par l’organisme formateur pour évaluer les objectifs à atteindre et le projet sera validé par un conseiller en évolution professionnelle. Nouveauté: les formations pourront dépasser 12 mois avec, cependant, une rémunération moindre après un an. Le dépôt de la demande, qui se faisait auprès du Fongecif, s’effectuera désormais auprès de la CPIR (commission paritaire interprofessionnelle régionale) de son domicile, et non du siège de l’entreprise.

UN CPF élargi et sans intermédiaire

Le congé personnel de formation (CPF) est désormais directement géré par le salarié, à l’aide d’une application dédiée, baptisée « Mon compte formation ». Les droits sont calculés en euros, et non en heures, et les fonds gérés par la Caisse des Dépôts, et non par l’OPCO Mobilités. Mais surtout, les formations ouvertes sont bien plus larges du fait de l’abandon des listes de certifications sélectionnées par les partenaires sociaux. « Concrètement, explique Loïc Charbonnier, toute l’offre d’Aftral est présente sur l’application, et notamment la FCO. » Même si, le président de l’Aftral en est conscient, cela fait grincer certaines dents…

Le Conseil en évolution professionnelle remplace les bilans de compétences

Finis les bilans de compétences financés par les OPCA. Désormais les salariés envisageant une évolution ou une réorientation bénéficieront d’un Conseil en évolution professionnelle (CEP) gratuit. Les opérateurs les dispensant viennent d’être désignés, dans chaque région, par France Compétences, qui les finance. Mais Pôle Emploi, Cap Emploi, les missions locales ou l’APEC peuvent aussi en réaliser. L’objectif est double: mieux connaître l’évolution des métiers dans sa région, et mieux connaître ses compétences (ou ses besoins en compétences) pour identifier les emplois leur correspondant.

L’Aftral s’active pour attirer des candidats

Loïc Charbonnier, président de l’Aftral, prévient: « Nous sommes rentrés dans l’ère de la séduction. Internet, Instagram, Facebook, Twitter, YouTube… pour trouver des stagiaires, l’Aftral envahit les réseaux sociaux. Mais aussi les“job-boards”, comme Le Bon Coin ou Indeed qui, pourtant, n’acceptait que des offres d’emploi, et non de formation. » L’activité est particulièrement dense lorsque le groupe lance des campagnes de recrutement pour ses sessions de formation. « Mais il ne suffit pas de faire des « touches », prévient le dirigeant. Lorsque le contact est créé, il faut ensuite conseiller, accompagner, expliquer, trouver des financements. » Notamment en mettant en valeur les atouts de la profession, et ses aspects les plus modernes: informatique embarquée, importance du numérique, etc. « Professionnaliser cette activité de sourcing est le point le plus délicat que nous avons aujourd’hui à traiter », reconnaît Loïc Charbonnier. Point positif: l’Aftral a formé l’an dernier 6 % de conducteurs en plus qu’en 2018.

En chiffres

L’OPCO mobilités 1,6 million de salariés

210 000 entreprises

22 tranches professionnelles et la RATP

50 000 alternants

Ronan Pezennec, directeur de Maury Transport (Morbihan)
« Pour réduire nos besoins en compétences, nous travaillons à développer la pluriactivité de nos conducteurs »

« Nous employons 360 personnes et en recrutons 10 % chaque année: le turn-over est important, car si la formation au métier de conducteur dure un an, nos salariés doivent en général se contenter de contrats à temps partiel pas toujours très attractifs. Nous accueillons donc avec satisfaction une réduction de la durée de formation à six mois. Mais pour réduire nos besoins en compétences, nous travaillons à développer la pluriactivité de nos conducteurs: nous allons lancer une expérience avec des collègues autocaristes et des sociétés de services à la personne. Cela permettrait à nos salariés de se construire des temps complets et de rester dans notre entreprise. »

Youenn Dupuis, directeur général adjoint Île-de-France de Keolis
« Nous devons nouer des relations étroites avec l’écosystème de la formation »

« Nous comptons 4 000 collaborateurs en Ile-de-France et recrutons environ 400 conducteurs, 50 techniciens et une trentaine de cadres par an. Bien recruter en Île-de-France est un enjeu, car ces métiers sont sous tension. Même lorsque nos recrutements sont effectués, nous ne relâchons pas nos efforts car nous devons en permanence pouvoir anticiper des périodes de croissance d’activité.

Mais nous proposons moins un emploi qu’une offre de qualification: car il n’est pas si aisé de recruter un conducteur déjà détenteur d’un permis D! Nous sélectionnons des candidats sur la base d’une appétence pour nos métiers, pour la conduite et pour la relation client, et nous les formons. Nous travaillons beaucoup avec des personnes en reconversion professionnelle, qui savent souvent adopter une attitude appropriée avec la clientèle, notamment dans des territoires un peu difficiles. Nous avons du reste obtenu, en mai 2019, le label Emploi 45 ans+ pour notre filiale Keolis Seine/Val-de-Marne. Mais ce qui nous intéresse est la diversité du recrutement; l’expérience n’est pas monolithique.

Dans ce contexte, nous devons donc nouer des relations étroites avec l’écosystème de la formation: Pôle Emploi, la Région, tous les organismes locaux chargés d’accompagner les demandeurs d’emploi et, bien entendu, l’OPCO Mobilités. Parce qu’elle centralise le financement, et identifie clairement l’acteur unique de notre secteur, la réforme de la formation professionnelle va simplifier les processus. C’est du moins ce que nous en attendons. »

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Auteur

  • Catherine Bernard
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