Sanef, qui a mis en service mi-décembre un tronçon (8 km) stratégique entre la Francilienne et l’A16, au nord de Paris, possède d’autres recettes pour faire sauter les bouchons routiers. Elles sont multimodales. Le concessionnaire veut en effet développer des pôles associant route et rail en profitant des opportunités géographiques de son réseau. « C’est une bizarrerie, mais nous avons dans la concession de l’A1 une aire à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), qui se situe physiquement en dehors de cette concession, et qui se trouve à quelques centaines de mètres d’une future gare du Grand Paris Express », détaille Arnaud Quémard, directeur général du groupe Sanef. Il s’agit de la station La Courneuve – Six-routes, qui sera desservie par les lignes 16 et 17 à l’horizon 2024-2025.
« Nous pourrions en faire un parc-relais en construisant un parking aérien enjambant les voies », continue l’exploitant autoroutier. Pour faire le trajet reliant le parking à la gare, il imagine une navette routière pour pouvoir acheminer les gens. Pourquoi ne pas encourager le covoiturage recommandé par la LOM. « Nous avons fait des premières études… Les infrastructures, nous savons financer et les exploiter », plaide-t-il.
L’arrivée d’un autre moyen de transport ferroviaire structurant fait également phosphorer le groupe autoroutier. Le second projet se situe sur le territoire de sa filiale normande SAPN. Avec le prolongement ouest d’Eole, Épône-Mézières (Yvelines) va devenir une gare du RER E, dotée d’une troisième voie vers 2022. Elle est située à quelque 150 mètres de l’autoroute de A13. Même raisonnement de l’exploitant autoroutier: pourquoi ne pas connecter le train et l’autoroute en construisant un parking entre les deux? On peut imaginer un service de covoiturage, un parking relais et, pourquoi pas, une gare routière. Les discussions débutent avec les pouvoirs publics, à commencer par le concédant, l’État, les collectivités locales et Ile-de-France Mobilités.
L’exemple espagnol d’un réseau de gares routières multimodales finit par être bien présent à l’esprit des décideurs et des élus franciliens urbanisées. « Tout le monde est favorable à une telle solution, assure Arnaud Quémard. Mais dès qu’on parle de financement par une concession autoroutière, c’est comme de prononcer un gros mot. » Sorte de péché véniel, la privatisation des autoroutes en 2005 reste dans l’esprit de l’opinion un repoussoir, avec l’idée que l’intérêt général a été spolié. D’autant que le but moins avoué des concessionnaires est l’espoir d’obtenir des allongements de durée de concession en échange de nouveaux investissements.
Quoi qu’il en soit, ce projet de pôles multimodaux constitue un des volets de la stratégie de Sanef tournée vers la facilitation des déplacements quotidiens, le groupe partant du principe que la route est, et restera durablement le mode de déplacements dominant.
Anne-Marie Idrac a été cooptée en tant qu’administratrice de la Sanef lors du conseil d’administration du 31 octobre 2019. Après avoir été notamment directrice des transports terrestres au sein du ministère de l’Équipement de 1993 à 1995, puis secrétaire d’État aux transports de 1995 à 1997, Anne-Marie Idrac a été pdg de la RATP de 2002 à 2006 puis présidente de la SNCF de 2006 à 2008. Elle est depuis 2017 en charge de l’animation de la stratégie française de développement des véhicules autonomes.
