Depuis le début de l’année, Barcelone a mis en place sa zone à faible émission pour restreindre l’accès des voitures les plus polluantes. Dans un premier temps, les contrevenants ne risquent aucune sanction, mais les contrôles deviendront effectifs en avril. Et en 2021, la mesure sera étendue aux bus, utilitaires et camions.
La plus grande zone à faibles émissions du sud de l’Europe est opérationnelle à Barcelone depuis le 1er janvier. Cette année, seules les voitures et motos sont concernées par la mesure. En 2021, les restrictions s’appliqueront également aux véhicules utilitaires, camions et bus sans « badge environnemental ». Les véhicules à essence mis en circulation avant 2000 (antérieurs à Euro 3) et les diesels antérieurs à 2006 (Euro 4) sont donc interdits et risqueront une amende de 100 à 500 € chaque fois qu’ils entreront dans la zone, les jours ouvrables de 7 heures à 20 heures Pendant les trois premiers mois, les contrevenants recevront une notification d’infraction mais ne seront pas verbalisés.
Ce programme ambitieux, acté en 2017, s’inscrit dans la continuité de celui déjà mis en place au centre-ville de Madrid depuis novembre 2018. Là-bas, la ZFE couvre environ 5 km2, et a permis de faire baisser les niveaux de dioxyde d’azote (NO2) de 48 % en l’espace d’un an. La ZBE (Zona de Baixes Emissions) de Barcelone, 20 fois plus grande (95 km2), comprend quatre villes-satellites en plus de la zone urbaine elle-même (L’Hospitalet de Llobregat, Sant Adrià del Besòs et des parties d’Esplugues et Cornellà de Llobregat). Elle sera contrôlée par 150 caméras. Madrid et Barcelone dépassent fréquemment les niveaux limites établis par l’Organisation mondiale de la santé pour le NO2 et d’autres polluants. Janet Sanz, l’adjointe en charge de la Mobilité, a déclaré que Barcelone espérait réduire la pollution de l’air de 20 % en quatre ans avec sa ZBE, avec 125 000 véhicules en moins. Si ces objectifs n’étaient pas atteints, Barcelone pourrait introduire une redevance de congestion sur le modèle londonien, taxant tous les véhicules entrant dans la ville, a-t-elle ajouté.
La ZBE barcelonaise est conçue pour compléter le système de « superblocks » créé par la ville, qui consiste à définir des zones composées de neuf pâtés de maisons, fermées à la circulation et partiellement piétonnes. Une politique facilitée par le plan en quadrillage qui caractérise la cité catalane. Barcelone compte actuellement 17 superblocks, dont 11 à divers stades d’achèvement, avec l’objectif de couvrir tout le territoire, ce qui représentera 503 superblocks au total.
En 2020, la ZBE devrait écarter 85 000 voitures et 30 000 motos de la circulation, selon les prévisions de l’Autoritat del Transport Metropolità (ATM). Cela induira un trafic de report sur le réseau de transport en commun, estimé à 170 000 trajets supplémentaires pour les bus, métro, tram et les trains régionaux. Un afflux compliqué à absorber si l’on en croit le quotidien El Pais. L’autorité organisatrice indique avoir mis en place de nouvelles lignes de bus express, ainsi que des extensions sur ses lignes de métro. Parallèlement, la fréquence des trains et tramways a été accrue (lire page 22). Mais une partie des améliorations annoncées depuis 2017 doit encore être mise en œuvre, comme la mise en place de voies de bus additionnelles et l’introduction d’un système de stationnement incitatif. Pourtant, début janvier, le report modal n’a pas donné lieu à des débordements. Selon le conseil municipal, le trafic relevé le 8 janvier (jour de reprise correspondant à la fin des vacances scolaires) était similaire à ce qu’il était un an plus tôt. L’absence d’amendes distribuées aux contrevenants « neutralise pour l’instant l’impact de la ZBE », font savoir les autorités de Barcelone. Il faudra donc attendre le mois d’avril, et le déclenchement des amendes, pour se faire une idée du véritable impact sur le trafic.
