En hiver, des autocaristes toulousains proposent des offres incluant le transport et le forfait à la journée aux skieurs qui se rendent dans les Pyrénées. Une formule défiant toute concurrence qui est largement plébiscitée par les territoires, notamment par les stations dont l’accès est engorgé.
À 6 h 20 il fait encore nuit noire quand un car arrive près de la gare de Colomiers, dans la banlieue est de Toulouse. Sur le parking, des passagers sortent de leur voiture, chargés de paires de skis qu’ils vont déposer dans la soute. La scène se répète presque tous les week-ends, de début décembre à début avril. Car, quand la météo le permet, les skieurs de l’aire toulousaine convergent vers les Pyrénées. En les accueillant, le chauffeur de la société Duclos leur demande leur nom et leur donne un forfait de ski à la journée. Chacun ayant déjà réglé en ligne cette formule incluant le transport et le forfait.
Le ramassage en différents points de Toulouse dure bien une heure. Partout, le ballet des skieurs approchant dans la pénombre se répète. Le transporteur n’est pas le seul à desservir les stations pyrénéennes. Près de l’université Paul-Sabatier, ils sont plusieurs à se partager le parking situé près du métro. Puis, les véhicules prennent l’autoroute les menant aux Pyrénées. Une heure plus tard, les montagnes sont en vue. Peu après 9 h, le chauffeur dépose ses passagers au pied de la télécabine de Saint-Lary-Soulan, dans les Hautes-Pyrénées. Un lieu choisi pour l’accessibilité mais aussi pour que le conducteur n’ait pas à monter du village à la station, limitant ainsi les risques liés à la conduite en montagne. « Rendez-vous ici dès 16 h, je repartirai à 16 h 30 », indique-t-il. Là, chacun s’équipe, mettant ses chaussures de ski sur le parking et s’éloignant, spatules sur l’épaule.
Récente, la formule Ski GO des autocars Duclos en est une bonne illustration. « Nous avions mis en place le système transport et forfait il y a au moins huit ans », se souvient Adrien Duclos, consultant en marketing et commercial pour Duclos Voyages, notant au passage que les Alpes avaient pris de l’avance en la matière. « En 2018, on a fait un bilan global. » Décision a alors été prise de se recentrer sur un seul produit: la desserte de Saint-Lary-Soulan. Un accord est alors trouvé avec Altiservice, qui gère la station, et a débouché sur la création de la marque Ski GO, avec à la clé un tarif défiant toute concurrence: 36 € pour un adulte, et 34 € pour enfant et étudiant. Soit moins cher que le forfait seul, pour qui ne bénéficie d’aucune réduction.
La cible a été définie comme suit: deux tiers d’étudiants et un tiers d’adultes, mais d’après les premiers retours, il semblerait que les familles s’intéressent aussi à cette formule, qui a connu un très bon début de saison. Mi-décembre, pour le deuxième week-end d’ouverture, sur 59 places, 55 ont trouvé preneurs. « Le conducteur a la liste éditée la veille au soir. » Il avait également des forfaits en stock, la réservation étant restée ouverte toute la nuit. « 80 % des réservations ont été faites dans les deux derniers jours », précise Adrien Duclos. Le lundi précédant ce deuxième week-end de la saison, seulement trois places étaient vendues, elles n’étaient toujours qu’une dizaine le mercredi… Un risque que le transporteur sait gérer, lui qui a l’habitude d’organiser des journées plage en été, du côté de Narbonne (le week-end mais aussi le mercredi depuis cette année). Il ajuste ainsi le véhicule en fonction de la demande.
Le transporteur Négoti EPTR Mobilités propose également des journées glisse à Ax 3 Domaines, Saint-Lary-Soulan et Peyragudes. Le départ se fait depuis Plaisance, où se trouve l’un de ses dépôts, avant de passer à Colomiers et Toulouse. En plus des réservations individuelles en ligne, des groupes privatifs font appel à ce service, telle des associations qui réservent bien à l’avance pour tout un groupe.
« L’organisation de ce type d’excursion nécessite d’avoir des cars équipés de chaînes, et implique surtout des compétences et une expérience particulières du conducteur, parce que la conduite en montagne reste quelque chose d’exigeant », souligne Marie-Hélène Miquel. La responsable transports chez Négoti EPTR Mobilités rappelle aussi la contrainte opérationnelle que représentent ces offres: « C’est une journée complète. Il faut gérer cette amplitude pour le chauffeur, mais aussi ses jours de repos en amont et en aval. » Elle poursuit: « On se fixe un seuil de rentabilité, à nous de continuer à assurer la prestation ou de l’annuler dans les conditions de vente prévues. » Des conditions rappelées sur le site de l’autocariste: « Départs assurés sous réserve d’un minimum de 40 participants par autocar ». Ou encore: « Nous nous réservons le droit de modifier ou d’annuler la sortie en cas de non-enneigement ou de route impraticable pour cause de sur-enneigement. » Les aléas de la montagne…
Négoti Tourisme, dont le dépôt est à Plaisance-du-Touch en banlieue toulousaine, ainsi que le transporteur EPTR, situé à Saint-Gaudens, aux portes des Pyrénées, ont été rachetés par le groupement RGO Mobilités (qui regroupe neuf entreprises de transport du Grand Ouest), associé aux autocars Barrière (Tarn-et-Garonne) et à Boubée (Haute-Garonne). La nouvelle entreprise créée, Négoti EPTR Mobilités, dispose d’une flotte de 97 véhicules.
Président de l’Agence de développement touristique Ariège Pyrénées, Henri Nayrou se félicite du succès des formules transport+forfait. En revanche, c’est avec un certain agacement qu’il évoque le « nœud de Tarascon-sur-Ariège », véritable goulet dans lequel les automobilistes se font prendre en ralliant certaines stations, dont la plus fréquentée, Ax 3 Domaines. Il existe bien, dans les cartons, un projet de déviation pour gagner en fluidité, via un viaduc et un tunnel, mais rien ne se concrétise.
Lors de la conférence de presse d’ouverture des stations ariégeoises, Cyril Bardin, le responsable communication et marketing de la société d’économie mixte Savacem, qui englobe Ax-les-Thermes, Les Monts d’Olmes et Ascou-Pailhères, l’a d’ailleurs rappelé: « Toutes ces stations sont à moins de 2 heures de Toulouse avec des moyens de déplacements divers, dont des compagnies de bus. On travaille énormément cet aspect. Les clients achètent un aller-retour avec un forfait ski. ». Et de souligner que « la réduction tarifaire permise par ce système n’est pas négligeable, et peut aller jusqu’à 40 ou 50 % ». Les gares routières et la SNCF se trouvent à 800 m de la télécabine, à laquelle elles sont reliées par une navette. « Des vagues de skieurs arrivent », assure Cyril Bardin. Jusqu’à 500 personnes par jour empruntent le système « skirail ».
70 % de la clientèle des stations ariégeoises vient d’Occitanie et la moitié de Haute-Garonne, cible privilégiée des campagnes de communication. Trois à quatre compagnies de bus se partagent le marché. Cyril Bardin constate une baisse des sorties de types associatives, au profit des voyagistes privés.
