Quelques mois après sa mise en service, le tramway continue de jouer les vedettes sur le réseau Orizo. Deux lignes de BHNS Chron’hop lui donnent la réplique dans une mise en scène orchestrée au millimètre depuis le PC commun. Et les représentations attirent un public toujours plus nombreux…
Inauguré le 19 octobre dernier, le tramway d’Avignon constitue l’épine dorsale du nouveau réseau Orizo, nom commercial des Transports en commun de la région d’Avignon (TCRA). Cette ligne de 5,3 km, parcourue par des rames Citadis X5 de 24 m, a vocation à assurer 10 500 voyages par jour d’ici à 2022. Les premiers mois d’exploitation sont encourageants, avec 7 500 validations quotidiennes, et des recettes en hausse de 10 % sur le mois de décembre. Après avoir fait l’objet d’affrontement entre élus de la ville et de l’agglomération, le tramway est donc finalement adopté par la population. Lors de l’inauguration, la présence de Mireille Mathieu, Avignonnaise de naissance, a d’ailleurs contraint les politiques présents à abréger leurs discours, tant la foule avait hâte d’entendre la chanteuse.
L’aménagement de la ligne de tramway a également donné l’occasion de procéder à une opération de rénovation urbaine, en évacuant notamment les places de stationnement auparavant situées au pied des remparts pour faire place à la voie engazonnée. Les caténaires, présentes sur l’ensemble du tracé, s’intègrent étonnamment bien aux murailles.
Pour accompagner la mise en service du tramway, l’ensemble du réseau a été adapté et modernisé, à commencer par les deux lignes de bus Chron’hop, qui desservent 71 stations sur 25 km. Cadencées à 10 ou 12 minutes, les lignes C2 et C3 prolongent l’effet tram. Avec lui, elles ont vocation à accueillir 50 % du trafic du réseau. En site propre sur 8 km, et grâce à la priorité dont elles bénéficient aux feux tricolores, les lignes Chron’hop affichent une vitesse commerciale élevée, et des temps de trajet garantis. 18 millions d’euros ont été investis par le Grand Avignon pour l’aménagement de ces lignes, inaugurées début janvier. Cinq nouveaux bus hybrides Solaris sont venus renforcer le parc urbain pour opérer ces services. Deux véhicules électriques vont également être réceptionnés, un Heuliez GX 337 de 12 m pour les lignes Chron’hop, et un Solaris Urbino de 8,40 m pour une navette P+R. C’est Transdev, exploitant du réseau avignonnais, qui a financé l’achat des véhicules et des infrastructures de charge pour un montant d’un million d’euros.
Le Grand Avignon a investi dans un nouveau système de billettique, déployé dans un premier temps sur le tram. Il permet l’utilisation de billets et cartes sans contact pour les titres à voyages, et les abonnements, ainsi que l’achat du ticket unité à bord en QR code pour un usage immédiat. De nouveaux points de vente sont déployés pour un achat 24h/24, et 28 distributeurs ont été implantés aux stations du tram et aux principaux arrêts des lignes Chron’Hop. « Notre objectif est de rester en dessous de 5 % de taux de fraude », souligne Didier Depardieu, directeur du réseau Orizo. Or, avec la mise en service du tram, la fraude augmente. Contrairement au bus, où il faut passer devant le conducteur en montant dans le véhicule, le contrôle exercé est moins prégnant. L’enjeu est de taille, puisque le taux de R/D du réseau, qui atteint 20 %, devrait être porté à 25 %. Environ 30 % des usagers bénéficient de la gratuité, soit en raison de la tarification sociale, soit parce qu’ils empruntent les navettes gratuites qui desservent les P+R.
De nouvelles fonctionnalités évolutives sont en cours d’étude comme le M-Ticketing, l’open payment ou l’interopérabilité avec d’autres transporteurs situés en Occitanie voisine.
Préfecture du Vaucluse, Avignon est située à la frontière du Gard et des Bouches-du-Rhône. Sept communes sur les quinze que compte l’intercommunalité sont d’ailleurs situées dans le Gard. Avec le développement des espaces périurbains, cette particularité impose d’améliorer l’interopérabilité, ainsi que la fluidité des circulations à la gare routière, qui va être réaménagée dans le cadre du projet de Pôle d’échanges multimodal. À l’horizon 2022, le nouvel aménagement mettra en connexion trains, tramways, bus urbains, lignes interurbaines et lignes de bus à haute fréquence, il améliorera les connexions piétonnes et développera les pratiques de l’autopartage et du vélo. L’objectif est de créer un lien continu depuis la gare jusqu’aux remparts. Le parvis formera un ensemble minéral et végétal organisé autour d’un jardin méditerranéen. La valorisation de la façade historique de la gare sera un axe fort du projet, qui comprend aussi un réaménagement intérieur du bâtiment.
La maîtrise d’ouvrage est scindée en trois périmètres distincts: le Grand Avignon se charge de la gare routière, pour 4,351 millions d’euros; la ville d’Avignon est responsable du parking des gares et parvis, pour 4,32 millions d’euros; et la SNCF Gares & Connexions de la gare historique, pour 1,187 million d’euros. La Région Sud apporte son soutien à hauteur de 4,827 millions d’euros et figure parmi les cosignataires de ce programme, de même que l’Union européenne au travers du Feder avec une subvention de 525 000 euros.
Précisons au passage que la gare d’Avignon-centre n’est desservie par le TGV que par trois allers-retours quotidiens depuis Lyon, l’essentiel des arrêts étant effectués à Avignon TGV, située sur la ligne à grande vitesse, à 6 km. Depuis 2013, une voie ferrée surnommée la virgule d’Avignon relie les deux gares.
Du fait de la mise en service du tramway, la délégation de service public entreprise en 2012 a été allongée d’un an. Le nouvel appel d’offres devrait être lancé après les élections municipales. Le futur délégataire sera aux commandes de la prochaine extension du réseau de tramway, qui traversera le Rhône et desservira le parking de l’île Piot en 2023.
Inauguration du tramway, changement de nom commercial, modernisation du réseau… L’heure est à l’innovation dans le Grand Avignon. Les travaux du tramway ont été accompagnés d’une vaste opération de renouvellement urbain, qui incite à soutenir les déplacements à pied. Un Gouvernail a été installé sur le cours Jean-Jaurès, à deux pas de l’agence commerciale du réseau Orizo, afin de guider les visiteurs. Cet équipement ingénieux mis au point par la start-up lyonnaise vOOg indique et oriente vers les solutions de mobilité et les points d’intérêt dans un rayon de 500 m. Ce mobilier à hauteur d’homme dispose d’un cadran rotatif qui intègre un plan. En tournant avec le Gouvernail, le piéton place la destination recherchée devant lui, et peut ainsi se repérer plus facilement, en mémorisant plus facilement l’itinéraire à suivre.
Partenaire de Transdev, vOOg développe son Gouvernail depuis deux ans. Déjà présent à Grenoble, Paris ou Lyon, le Gouvernail poursuit sa progression, tout en cultivant sa personnalité très particulière, celle d’un équipement low-tech, qui ne nécessite aucun branchement électrique ou informatique.
Pour mieux cerner les habitudes des voyageurs, Transdev a choisi d’équiper 14 rames du tramway et 53 bus du nouveau réseau avec des capteurs Flowly. Ces engins détectent les terminaux électroniques (Smartphones, tablettes…) connectés au Wi-Fi ou bluetooth, et permettent de connaître précisément les points de montée et de descente des clients du réseau Orizo. Les données recueillies sont ensuite anonymisées, dans le respect du RGPD. Des projections sont ensuite effectuées pour généraliser ces mesures à l’ensemble de la clientèle. Cette mesure en temps réel des flux de déplacements permet d’ajuster l’offre de transport et de l’améliorer en continu.
