Les progrès technologiques permettent aujourd’hui d’adapter les postes de conduite à certaines situations d’invalidité. Du côté formation, l’Aftral a mis au point un processus d’évalusation des capacités fonctionnelles. Un gain considérable pour les salariés en situation de handicap, qui souhaitent conserver leur poste ou se tourner vers les métiers du transport routier de voyageurs.
Avec un taux d’emploi de travailleurs handicapés de 5,2 % en 2018, le transport routier de voyageurs tangente les 6 % fixés par la loi. L’intégration des personnes en situation de handicap dans le monde professionnel permet tout à la fois de lutter contre la stigmatisation et de diversifier les profils dans l’entreprise. Afin de soutenir la démarche, la Fondation Carcept Prev a financé l’équipement de quatre simulateurs de conduite adaptés dans des centres de formation Aftral. Le matériel a été déployé à Monchy-Saint-Éloi (Oise), Lyon et Toulouse, avec la mise en place d’équipes pluridisciplinaires pour assurer l’accompagnement des personnes en formation. Cette solution permet à la fois de maintenir dans l’emploi des conducteurs victimes de maladie ou d’accident, et d’accueillir en formation initiale des personnes dont l’état nécessite un poste de conduite adapté.
Ce type de formation a été développé dès 2012 par le centre Aftral de Rennes et Saint-Brieuc. « Au départ, il s’agissait de maintenir une personne dans l’emploi après un accident, se souvient Valérie Lardière, directrice de centre Aftral de Rennes et Saint-Brieuc. L’ergothérapeuthe en charge de sa rééducation s’est rapprochée de l’Agefiph, qui a pris contact avec les fédérations professionnelles FNTR, FNTV, Aftral et l’AFT, parce que l’employeur voulait absolument conserver ce salarié. La DDTM, ainsi que les médecins-conseils de l’Assurance maladie ont également été intégrés dans la boucle. » Très vite, il est apparu évident à l’ensemble des intervenants qu’il fallait accompagner ce type de demandes, mais éviter de donner de faux espoirs aux candidats. « Le sujet est devenu plus général: Comment sécuriser le parcours professionnel d’une personne en situation de handicap? Comment évaluer ses capacités à poursuivre dans son projet? », résume Valérie Lardière.
La réflexion a débouché, en Bretagne, sur la création d’une prestation d’évaluation des capacités fonctionnelles (PECF), permettant de donner un avis consultatif. Cette première étape, financée par l’Agefiph, permet à une équipe pluridisciplinaire (Aftral et ergothérapeute) de préconiser les adaptations du poste de conduite. Exemple: une boule au volant ou inversion des pédales. Sur simulateur pour commencer, puis en complément, sur véhicules adaptés, des mises en conditions réelles sont effectuées par le candidat ou la candidate.
« Nous rencontrons deux types de public: les personnes déjà titulaires du permis D, qui sont orientées vers nous à la suite d’une maladie ou d’un accident. Leur objectif est de régulariser le permis. Dotée des préconisations identifiées en PECF, la personne effectue une visite médicale avec un médecin agréé, puis un rendez-vous conseil avec un inspecteur de la DDTM. Chacun juge la compatibilité médicale et réglementaire des préconisations proposées, poursuit Valérie Lardière. Si les avis sont favorables, l’examen de conduite de régularisation est organisé! La DDTM apporte alors un avis définitif au candidat. »
« Pour les titulaires du permis B, c’est à peu près la même démarche. L’objectif vise la sécurisation des parcours de formation et professionnel. Nous effectuons la série de tests adaptés et donnons un avis consultatif. Le médecin agréé de la préfecture apporte un avis médical d’aptitude, les inspecteurs de la DDTM apportent un avis réglementaire, et vérifient en amont de l’entrée en formation, la conformité et la correspondance des compensations sur les véhicules lourds. L’Aftral complète par un positionnement et un entretien individuel réalisés par un chargé de recrutement », précise-t-elle.
Le premier bilan est plutôt positif: « Nous avons évalué en PECF environ 30 personnes par an depuis 2012, réparties à 50/50, les premières années, entre la régularisation et la formation initiale. Aujourd’hui, nous avons davantage de « primo-accédants » qui souhaitent bénéficier d’une formation initiale. 90 % sont des hommes, et leur âge moyen est de 40 ans. Ce sont de belles histoires humaines que nous vivons avec des employeurs et des salariés, ou des demandeurs d’emploi, qui agissent ensemble pour l’inclusion! », indique Valérie Lardière.
Outre Les Pros de la route ont du cœur, la Fondation Carcept Prev s’est engagée dans des actions de sensibilisation et de promotion des bonnes pratiques. Elle a développé des programmes de prévention destinés à favoriser l’adoption de bons comportements au quotidien; tel les programmes Bon sommeil et Nutrition. Pour valoriser les actions innovantes et exemplaires des entreprises, la fondation a créé en 2014 les Trophées Carcept Prev « Prévention, santé au travail et handicap ». L’action de la fondation porte également sur des soutiens dédiés à l’insertion dans l’emploi des personnes atteintes de handicap: un partenariat a été mis en place en 2013 pour favoriser l’ouverture de centres auto-écoles adaptés dans les établissements de médecine physique et de réadaptation du réseau Comète, et ainsi permettre le retour à la conduite des personnes ayant des déficiences motrices ou psychomotrices. Il a conduit à financer l’achat et l’équipement d’un premier véhicule auto-école adapté pour le centre de médecine physique et de réadaptation de Châtillon (92), géré par l’Adapt, et membre du réseau Comète, en 2014. Le véhicule a été officiellement remis le 15 mai 2014. En 2016, un équipement du même type a été remis à l’hôpital de Vallauris.
Créée en 2013, la Fondation Carcept Prev a pour missions de promouvoir et de soutenir la prévention en santé et la solidarité intergénérationnelle. Son action s’inscrit dans le cadre du Plan prévention innovation sociale du transport, qui s’articule autour de trois axes: prévention, recherche, santé; aptitude et insertion professionnelle; mobilité et autonomie.
« J’ai créé la Fondation Carcept Prev avec le soutien de Christian Schmidt de la Brélie, directeur général de Klesia, déclare Patrick Villessot, président de la Fondation Carcept Prev. Il s’agissait à la fois d’entreprendre des actions de prévention, mais également de favoriser le retour à l’emploi des personnes en situation de handicap. En 2014, nous avons lancé notre première opération, Les Pros de la route ont du cœur. C’était l’époque où l’installation de défibrillateurs automatisés externes commençait à se développer. Cet équipement peut sauver des vies, en améliorant grandement la récupération après un accident cardiaque. Nous avions l’idée de généraliser les défibrillateurs à bord des camions, tout comme les extincteurs, afin de les rendre mobiles sur tout le réseau routier. Il faut préciser que chaque appareil coûte environ 1 000 euros… Aujourd’hui, seuls les autocars Setra en sont équipés de série. Parallèlement, nous avons mis en place une formation à l’utilisation des défibrillateurs, intégrée à la FCO. Ce module est proposé avec le soutien de Carcept Prev dans tous les centres de formation Aftral. Nous avons également participé à l’équipement de nombreuses gares routières, comme Clermont-Ferrand, Brest, Quimper ou Nice… »
L’organisation de trophées, en partenariat avec l’Agefiph et la Cnam, a également permis de valoriser les bonnes pratiques. « Nous voulons démontrer que le handicap n’est pas un poids », poursuit Patrick Villessot. La Fondation soutient également des innovations comme l’exosquelette mis au point par Clinatec, le centre de recherche biomédicale du CEA de Grenoble, qui permet aux patients tétraplégiques de retrouver de la mobilité, grâce à une neuroprothèse et un système de machine learning. Intarissable sur le sujet, l’ancien président de la FNTV mentionne encore un projet concernant la prise en charge à 100 % des lunettes connectées…
