La Suisse s’apprête à franchir un pas vers la conduite autonome, en modifiant sa loi sur la circulation routière, de manière à tenir compte des outils d’assistance à la conduite. La décision de l’Office fédéral des routes est la suite logique des tests menés depuis 2016 à Sion, avec des navettes Navya et un système de contrôle de circulation élaboré en partenariat avec le suisse Bestmile. Genève, Zoug, Berne et Schaffhouse, entre autres, ont également mené leurs expérimentations. Ces travaux sont pris en compte dans une étude qui doit permettre l’évaluation des choix technologiques. La réglementation suisse devrait évoluer sur les degrés 1 à 3 d’automatisation du véhicule, c’est-à-dire juste avant l’autonomie proprement dite. Cela signifie que le conducteur devra continuer à être en capacité de reprendre le contrôle du véhicule. Les arbitrages porteront sur le degré de responsabilité du conducteur, et sur les modalités d’interconnexion des véhicules.
L’exemple suisse poussera-t-il ses voisins à bouger également sur la mobilité autonome? Sans modification réglementaire, les essais réalisés jusqu’ici en France ne peuvent que se répéter comme par automatisme, sans véritable progrès… La Lom autorise le gouvernement à légiférer par décret sur le sujet, notamment pour autoriser la conduite déportée. Les textes devraient être prêts d’ici à 2021, et il faudra encore attendre les décrets d’application. À force de patienter dans les starting-blocks, la filière française du véhicule autonome pourra-t-elle rester dans la course internationale? Au-delà des applications à la mobilité individuelle et aux transports partagés, le potentiel du véhicule autonome est également fort du côté du transport de marchandises, de la livraison en ville, ou du transfert de bagages dans l’aérien.
Les Suisses n’oublient pas de se poser également les questions déterminantes sur les infrastructures routières et leur financement. Le développement d’un écosystème routier communicant lié au véhicule autonome nécessite des investissements importants. Il marque aussi le basculement vers l’électromobilité, ce qui implique de revoir les circuits de taxation basés sur la consommation de carburant. C’est donc tout naturellement que nos voisins envisagent l’instauration d’une taxe kilométrique applicable, pourquoi pas, à l’ensemble des mobilités. Après avoir financé leurs tunnels alpins en taxant les camions, les Suisses semblent encore prêts à innover sur la fiscalité routière pour rendre leurs routes intelligentes. Et montrer à l’UE qu’ils ont le sens du timing.
