Zones rurales, lignes peu fréquentées, desserte de gare, rabattement… les expérimentations en cours avec des navettes EZ10 explorent différents cas d’usage, en Allemagne comme en France. L’objectif de ces tests étant toujours de recueillir des données en vue de confirmer les domaines de pertinence de ce mode innovant.
Quelle forme de transports publics serait adaptée aux zones rurales affectées d’un fort recul et d’un vieillissement de leur population? Les autorités du district de Ostprignitz-Ruppin, dans les environs de Berlin, tentent de répondre à cette question avec une navette autonome électrique dans le cadre du projet AutoNV-OPR, développé avec l’université technique de Berlin. Le but du projet est de définir le cadre qui garantirait l’acceptation d’un tel type de transports en commun par la population, et de développer des scénarios favorisant le succès économique du projet.
Le projet se déroule à Wusterhausen-Dosse, petite ville de 6 000 habitants du Land de Brandebourg, la région qui entoure Berlin. Un véhicule EZ10, produit par la société française EasyMile, y est testé sur un parcours « à handicaps » de quelque 8 km: carrefours, respect des priorités, bifurcations, pavés, véhicules en stationnement, passages piétons, feux tricolores… La navette doit accomplir le circuit sans chauffeur. À bord, un opérateur technique est chargé d’intervenir en cas de problème. « Nous voulons voir dans quelle mesure un véhicule autonome pourrait être la réponse adaptée au problème des transports en commun en zone rurale », résume Arne Holst, responsable technique du projet.
Ostprignitz-Ruppin a été retenu pour le projet du fait de son déclin démographique, suivi d’une forte chute de l’offre de transports en commun, devenus non rentables puisque même le nombre d’enfants a fortement chuté. Dans les zones rurales allemandes, le transport scolaire est l’ossature des transports en commun. « C’est un cercle vicieux, constate Arne Holst. Le déclin et le vieillissement de la population se traduisent aussi par une pénurie en chauffeurs qualifiés. »
Le minibus autonome EZ10 circule du lundi au vendredi de 9 h à 17 h 30 et le samedi de 9 h à 13 h 30, à une vitesse de 15 km/h. Il dispose de six places assises et d’une rampe d’accès pour personnes à mobilité réduite. EZ10 relie le centre historique de Wusterhausen-Dosse à la gare et à un supermarché du sud de la ville. « Le circuit a été choisi pour répondre autant que possible aux besoins de la population, et pour proposer le plus de défis techniques possible », résume Arne Holst. EZ10 est équipé d’un GPS relié au réseau pour être informé en temps réel d’éventuelles modifications du trajet, et de capteurs laser. Le bilan est relativement positif, selon les auteurs du projet. Même si on est encore loin de la réactivité humaine. « Pour l’heure, le système fonctionne dans un cadre simple, explique Arne Host. EZ10 identifie bien un obstacle si une voiture est garée en double file. Mais sans l’intervention de l’opérateur, il ne saurait pas le contourner. » Franchir un feu vert nécessite également l’intervention du technicien.
Le taux de satisfaction du côté de la population est encore mesuré. Sur une échelle de 0 à 5, les usagers accordent au projet la note moyenne de 3,5, le véhicule étant souvent jugé « trop lent ». Usagers et piétons décernent en revanche une meilleure note (4) à la sécurité, tant à l’intérieur du véhicule que sur la voie publique, et 86 % disent avoir plutôt ou totalement confiance dans le véhicule. Le projet est soutenu à hauteur de 2 millions d’euros par le ministère des Transports allemand.
