Malgré un incontestable engouement, la part modale du vélone parvient pas à décoller dans notre pays. Le succès des appareils à assistance électrique ne suffit pas à relancer une pratique très occasionnelle, et masque une désaffection profonde.
Alors que les pistes cyclables temporaires se multiplient dans la France déconfinée, une étude publiée par l’Ademe permet de tempérer quelque peu l’enthousiasme. Il en ressort notamment que le développement de la pratique du vélo concerne d’abord et avant tout les habitants du cœur des métropoles. « Partout ailleurs en périphérie, le vélo continue à baisser dans les banlieues et les communes de deuxième couronne », peut-on lire. Malgré une hausse de 30 % de la pratique à Paris entre 2010 et 2018, de 10 % par an à Lyon, ou de 50 % à Bordeaux entre 2015 et 2019, l’usage quotidien du vélo stagne à 5 % au niveau national, en queue de peloton européen, loin derrière l’Italie (13 %), la Belgique (15 %) ou la Suède (19 %). Et à des années-lumière du Danemark (30 %) et des Pays-Bas (43 %). Pire: la part modale du vélo n’atteint même pas 2 %. En annonçant le récent plan vélo gouvernemental destiné à accompagner le déconfinement, Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, soulignait elle-même le retard de la France, alors que 60 % des déplacements font moins de 5 kilomètres.
Pourtant, les signaux encourageants ne manquent pas: le marché du vélo à assistance électrique a doublé en 2017, et les villes se sont engagées dans des politiques volontaristes. Les investissements des collectivités en faveur du vélo utilitaire ou de loisir ont ainsi augmenté de 40 % en dix ans, passant de 328 à 428 M€. Grenoble, Strasbourg, Paris, Bordeaux, Nantes ou Toulouse consacrent aujourd’hui plus de 15, voire 20 €/an/habitant à leur politique cyclable. Mais cet effort reste malgré tout très inférieur au niveau atteint par les villes néerlandaises (33 €/an/habitant). C’est surtout l’absence d’un véritable « système vélo » qui empêche les Français de pédaler. Pour les convaincre de modifier durablement leurs habitudes, les auteurs de l’étude Ademe préconisent de poursuivre les efforts entrepris, le taux d’utilisateurs étant directement lié au linéaire de voies cyclables part habitant. Avec 0,75 m linéaire de pistes et voies vertes par habitant, Strasbourg obtient 10 % d’utilisateurs du vélo; Montpellier est à 4,5 % avec 0,48 m/hab, Lille à 2,5 % avec 0,32 m/hab. Avec une pointe d’humour, l’étude relève même que le baromètre FUB est un bon indicateur de la qualité de la politique cyclable! Les auteurs de l’étude insistent également sur la nécessité de développer une maîtrise d’ouvrage intercommunale, afin de tracer de véritables itinéraires cyclables.
