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Débat. Véhicules connectés

L’Europe veut réguler l’accès aux données

Alors que les constructeurs automobiles veulent contrôler la diffusion des données des véhicules connectés, de nombreux acteurs de la mobilité, soutenus par l’UE, veulent accéder plus facilement à cette manne d’informations. Alors que les GAFA sont bien décidés à jouer leur carte, l’Europe parviendra-t-elle à construire un système à la fois concurrentiel et plus ouvert?

À qui appartiennent les innombrables données collectées par les véhicules connectés? Aux conducteurs, aux constructeurs ou bien aux différents acteurs de la sphère publique ou privée, friands de data (collectivités, start-up de mobilité, réparateurs…)? Lors de l’un des derniers ateliers du MAP (Observatoire des experts de la mobilité, créé à l’initiative de l’Alliance nationale des experts en automobile) à s’être tenu avant le confinement, le 5 mars 2020, Karima Delli, députée européenne et présidente de la commission transport du Parlement européen, s’est prononcée en faveur d’un accès équitable aux données des véhicules, et surtout pas réservé aux seuls constructeurs. Une position qui pourrait contrarier la belle mécanique que veulent déployer les constructeurs européens. Ces derniers proposent en effet, par l’intermédiaire de leur association représentative, l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA), le concept de « véhicule étendu » qui consiste à mettre à disposition des tiers certaines données qu’ils jugeront « pertinentes », par le biais de serveurs distants sécurisés (propriétaires ou neutres), moyennant probablement une redevance.

Les constructeurs brandissent l’argument de protection contre le piratage pour réfuter tout accès aux données directement à bord de leurs véhicules. Une prise de position jugée insupportable par le loueur Europcar. Jehan de Thé, directeur des affaires publiques chez Europcar Mobility Group, signale que son groupe, qui achète 400 000 véhicules par an, loue ensuite ces véhicules à des clients qui donnent leur consentement pour la récupération des données. Pour autant, le loueur peine à récupérer ces données, qui permettraient pourtant de remonter des informations essentielles sur le kilométrage effectué, le niveau de carburant, ou des impacts en cas d’accidents. Même constat pour Yann Arnaud, directeur innovation offres et produits IARD au sein de la Macif. Les assureurs français ont besoin d’un accès facile et rapide à une donnée, nécessaire pour accompagner efficacement les assurés sur un plan prévention et sécurité routière. Pour cela, il leur faut des données instantanées et non « froides, qui seront inopérantes et inutilisables, et ne correspondent qu’à 1 % de leurs besoins ». De plus, les assureurs redoutent d’avoir à payer des développements pour accéder à ces données, alors que les assurés les ont déjà logiquement payés lors de l’achat de leur véhicule.

Faire des concessions

« Il y a trop de données. Vous n’allez pas pouvoir trier et gérer l’ensemble de ces données, qui ne peuvent être monétisées », a répliqué Karima Delli. Pour elle, l’enjeu est ailleurs. La crise du changement climatique oblige à revoir complètement la mobilité, a-t-elle asséné, et la mise en place du futur Green Deal européen obligera les acteurs à une série de concessions sur la propriété des données. « La clé du Green deal consistera à renforcer l’intermodalité. Vous ne pouvez pas faire de la multimodalité si vous n’avez pas accès à l’ensemble des données. La propriété exclusive pour les constructeurs aujourd’hui apparaît comme un non-sens. L’Europe doit être un écosystème ouvert de mobilité plus inclusive, accessible à tout le monde, une mobilité plus propre, beaucoup plus efficace et là, les chantiers commencent », insiste l’élue EELV.

Karima Delli a rappelé que le Parlement a publié un rapport en 2018 qui demande à la Commission européenne de légiférer rapidement « sur l’accès aux données des véhicules aux tiers ». Le 19 février dernier, la Commission a d’ailleurs publié sa feuille de route stratégique sur les données européennes, insistant sur « l’importance que représente un accès compétitif aux données pour tous et pour tous les acteurs de la mobilité ». Les prochaines étapes, normalement prévues pour septembre, doivent permettre de préparer une révision de la législation européenne sur l’homologation des véhicules « qui va avoir lieu en 2021 et qui touchera bien la question de l’accès aux données, afin de garantir des conditions de concurrence équitables, stables et transparentes à tous les prestataires du service du secteur de la mobilité ». À cette occasion, l’accent sera également mis sur la réparabilité des véhicules, les ateliers attendant beaucoup des data sur l’usure des différentes pièces de véhicules. « Le droit d’accès de la réparation des véhicules devra être renforcé », a insisté Karima Delli.

Stratégie anti-GAFA

Derrière tout un écosystème de la mobilité qui ne demande qu’à se développer (60 % des start-up europénnes travaillent sur la mobilité) se profilent d’autres enjeux économiques, visant à la souveraineté européenne. « L’objectif, c’est de rendre la mobilité beaucoup plus fluide et beaucoup plus accessible pour que demain, les géants, notamment les GAFA, ne puissent pas dire qu’ils ont été encore un peu plus vite que nous », a indiqué Karima Delli. La présidente de la commission transport du Parlement européen a invité les différents acteurs? constructeurs, équipementiers, réparateurs, manufacturiers (pneumatiques notamment), assureurs et acteurs de la mobilité? à se réunir le plus rapidement possible afin de défendre une vision commune.

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Auteur

  • Grégoire Hamon
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