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Conjoncture. Région Sud

Les autocaristes attendent l’éclaircie

Première région touristique en France, le Sud (Provence-Alpes-Côte d’Azur) fait la promotion de ses atouts pour attirer une clientèle domestique et sauver ce qui peut l’être. Mais pour les autocaristes, les perspectives restent ternes.

Le temps s’est arrêté chez les autocaristes. Les 600 autocars de tourisme basés en Provence-Alpes-Côte d’Azur sont alignés depuis le mois de mars dans les dépôts, leurs clés désespérément accrochées au tableau. Dans le Sud de la France, la pandémie a déjà fait perdre 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires touristique sur les 28 milliards de volume annuel. Un manque à gagner considérable pour le transport touristique de voyageurs, rouage discret et parent pauvre de la filière. Grâce à un lobbying effréné, les autocaristes ont été intégrés in extremis au plan tourisme présenté fin mai par le Gouvernement. Ce soutien, s’il est confirmé, leur permettra de passer une saison d’été qui s’annonce catastrophique sur le plan des réservations et d’envisager un redémarrage progressif en septembre.

« La saison touristique s’annonçait vraiment bien. Nos carnets de commandes étaient pleins, puis tout s’est effondré », raconte Jean-Paul Lieutaud, président des Autocars Lieutaud, et président de la FNTV Provence-Alpes-Côte d’Azur. Fermeture des frontières, des aéroports, des écoles, collèges et lycées, arrêt des croisières… La France s’est retrouvée figée, paralysée durant 55jours par des mesures de confinement extrêmement strictes. Motivée par des impératifs sanitaires, la décision gouvernementale de limiter la liberté de déplacement, fait l’effet d’un cyclone sur l’industrie touristique et auprès des autocaristes.

Très actives en Italie, les entreprises azuréennes ont été les premières touchées. « Nous avons été impactés, dès le 23 février, avec l’annulation du carnaval de Venise, puis de la fête des citrons à Menton et du carnaval de Nice. Nous avons subi les annulations d’événements en cascade: Mipim, Festival de Cannes, Grand prix de Formule 1 du Castelet… », déplore Claude Ponsot, gérant des autocars Ponsot, et président de la Commission Tourisme à la FNTV PACA.

Perte de confiance

L’arrêt brutal de la croisière, qui génère 500 millions d’euros de retombées économiques dans la région Sud, jette les autocaristes au bord du précipice. Le port de Marseille, qui annonçait 2 millions de croisiéristes cette année, offre un paysage de désolation. À l’ancre, les imposants paquebots, tristes navires fantôme, attendent une hypothétique reprise. En temps normal, un seul de ces géants des mers en escale mobilise une vingtaine d’autocars. « J’ai perdu 600 000 euros de chiffre d’affaires avec les croisières », se désole Claude Ponsot, qui songe à céder 10 % de sa flotte. Les autocaristes de la Côte d’Azur qui vivent essentiellement du tourisme sont exsangues. « Sur mes 20 cars, si j’en sors un dans la semaine, c’est un miracle. Auparavant, les seniors partaient en excursion en Italie, dans le Tyrol, sur le Rhin… Désormais, ils n’ont aucune envie de passer 5 à 6 heures en autocar avec un masque! 2020 est une année blanche. Il va y avoir des dégâts. J’ai de la visibilité à compter d’avril 2021 », ajoute Claude Ponsot. Raison pour laquelle les autocaristes se sont battus bec et ongles pour être éligible au plan gouvernemental de soutien à la filière touristique. « Il a fallu une énergie inouïe pour se faire entendre. Nous avons sensibilisé les élus, le Medef sur les risques de disparition de ce pan de l’économie », insiste Claude Ponsot, rassuré de constater que l’action de la FNTV a payé.

« Sans ces mesures, c’était l’hécatombe. En moyenne, le tourisme représente 20 % de l’activité d’autocariste en PACA, et cette part peut grimper à 40 voire 100 %. La prolongation des reports de charges bancaires de 6 à 12 mois va donner de la visibilité et aider les entreprises à mettre en place des mesures pour rebondir, mais rien n’est gagné! Je reste très prudent. Nous sommes sous perfusion et pas sauvés. Les commandes sont proches de zéro et tout dépendra de la réouverture des frontières. Pour l’instant, le tourisme hexagonal, et a fortiori européen, ne redémarre pas. Le confinement a perturbé les usages, les habitudes de consommation et de déplacement. Il va falloir du temps pour retrouver une certaine confiance », explique le président de la FNTV PACA, Jean-Paul Lieutaud.

Pression des TO sur les prix

Pour l’heure, les frontières étant majoritairement fermées, les autocaristes vont devoir se partager un maigre marché hexagonal. Par ailleurs, la profession dénonce les pratiques des TO étrangers visant à faire baisser les prix au regard de la forte concurrence. « Certains clients veulent tirer profit de la situation. Ils demandent 15 à 20 % de ristourne et un gel des tarifs durant trois ans, alors que nos prix sont déjà très bas et que nous devons répercuter les surcoûts liés aux mesures sanitaires », poursuit Jean-Paul Lieutaud. Certains autocaristes sont davantage épargnés grâce à une activité diversifiée dans la ligne régulière de voyageurs, les services scolaires conventionnés. Installés à Guillestre, au cœur des Hautes-Alpes, les autocars Imbert ont bénéficié des mesures de déconfinement dès le 11 mai. « Les scolaires ont repris, mais le taux de remplissage des autocars atteint péniblement 25 %. Les lignes interurbaines ont redémarré le 2 juin entre les gares et les stations de montagne. Fin juin, le transport occasionnel devrait lui aussi repartir avec les colonies, les centres de vacances autour du lac de Serre-Ponçon, dans le Queyras. Nous opérons des lignes en renfort de la SNCF, notamment sur l’axe Briançon-Valence », détaille Pascal Imbert. À la tête des autocars Imbert, Jullien et Audier, ce chef d’entreprise emploie près de 90 personnes et possède 70 véhicules.

En Région Sud, les autocaristes ont bénéficié du versement d’une compensation de 77 % pour les services conventionnés d’avril et mai non effectués. La plupart des transporteurs ont sollicité un prêt garanti par l’État, mais tiennent à l’utiliser prudemment, ne sachant pas combien de temps le marasme économique va durer. « Nous sommes en train de négocier pour bénéficier d’une réduction de nos primes d’assurance », explique Pascal Imbert, qui mise sur un retour de la clientèle anglaise dans les massifs alpins cet hiver.

Un plan régional et une campagne de com’

Sur le fronton du BHV dans le Marais, d’imposantes affiches bleu azur invitant les Parisiens à séjourner à Marseille pour leurs vacances… Le 18 mai dernier, le Comité régional du tourisme a lancé aux côtés de la Région et d’Atout France, une campagne massive de promotion de Provence-Alpes-Côte d’Azur destinée à stimuler le retour de la clientèle française afin de compenser l’absence de la clientèle internationale, qui représente 40 % de la fréquentation touristique. La Région Sud a débloqué 86 millions d’euros à destination du secteur: 65 millions d’euros pour soutenir 300 000 entreprises et associations touristiques et 21 millions pour relancer l’économie touristique régionale.

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Auteur

  • Nathalie Bureau du Colombier
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