Étrange été 2020. Alors que s’annonce la pause estivale, on a du mal à se débarrasser d’une angoisse persistante, aussi désagréable qu’un moustique en fin de soirée… que nous réserve la rentrée? On ne s’intéresse même plus à la météo, aux programmes des cinémas, ou au menu du jour. Les futiles priorités du moment, qui devraient constituer l’agenda des journées de vacances, s’effacent devant cette interrogation lancinante: y aura-t-il une saison 2? Sur la plage, au lieu de se laisser aller à la douceur de l’air et de sécher au soleil en somnolant, on ne peut pas s’empêcher de se demander si la deuxième vague nous rattrapera dans quelques semaines.
Même le nouveau Gouvernement Castex n’a pas réussi à détourner l’attention très longtemps. Barbara Pompili, qui succède à Élisabeth Borne au ministère de la Transition énergétique, a deux ans pour verdir le quinquennat d’Emmanuel Macron. Qui peut croire que, prise entre les aspirations à mieux vivre de nos concitoyens, et la récession post-Covid, elle ne sera pas, elle aussi, soumise au principe de réalité. Deux ans, c’est à peu près le temps qu’il faudrait pour mener à bien une réflexion collective sur le nécessaire changement de modèle. Car décréter la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne suffit pas. Non seulement pour atteindre les objectifs, mais pour savoir et décider comment les atteindre. C’est ce que propose d’ailleurs la Commission européenne, qui lance une grande enquête en ligne au sujet de l’évolution de la mobilité, dans le cadre du Green Deal qui s’est fixé le but de réduire les émissions de CO2 de 90 % d’ici à 2050.
Préserver l’environnement sans tomber dans la décroissance. C’était, si l’on veut bien s’en souvenir, le propos du rapport Brundtland, présenté en 1987, au siècle dernier… voilà plus de 30 ans. L’urgence était déjà là, et la transition reste à mettre en œuvre. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », avait déclaré le Président Chirac en ouverture du Sommet de la terre, à Johannesburg. C’était en 2002. Nous ne sentions même pas la fumée de l’incendie. Aujourd’hui, nous portons des masques pour nous protéger de l’épidémie. Pas sûr que nous ayons retrouvé l’odorat. Une nouvelle fois, le Conseil d’État met en demeure le Gouvernement français de prendre des mesures efficaces pour lutter contre la pollution de l’air dans huit zones du territoire. Il y en avait treize en 2017. On progresse.
