« Est-ce que les trains en cours de commande porteront encore la marque Bombardier à leur livraison? Je n’en sais rien », répond Laurent Bouyer, le patron de Bombardier Transport France. Certitude: sauf coup de théâtre, la seule usine française du constructeur canadien sera absorbée par le groupe Alstom. Depuis le feu vert sous condition donné en juillet par Bruxelles, le français espère boucler le rachat de son concurrent au premier semestre 2021. Particularité: cette usine Bombardier est implantée dans le Valenciennois, à Crespin, à quelques dizaines de kilomètres de celle d’Alstom, à Petite-Forêt. Sortes d’usines jumelles, leur gamme se recoupe en partie.
Le site Alstom (1 500 emplois) va-t-il petit à petit cannibaliser l’autre usine (2 000 emplois)? Non, répond Alstom. « La préparation à la fusion se passe bien », assure de son côté Laurent Bouyer, car « chacun des deux sites a un carnet de commandes bien rempli ». Il est notamment alimenté par des contrats gagnés en commun pour l’Île-de-France et Paris, comme les RER NG ou encore les métros MF19. En outre, Bombardier a ses propres commandes dont une (rames à deux niveaux) destinée à la Belgique. Si tous les ouvriers sont occupés pour l’instant, les syndicats ne cachent pas leur inquiétude. La menace de rationalisation pèse aussi sur les cols blancs, sachant que l’Omneo (Regio 2N) a mobilisé 500 ingénieurs.
Du côté d’Alstom, la fusion va avoir pour conséquence d’amputer son tissu industriel français d’une usine. La vente du site de Reichshoffen et de la ligne de train Coradia polyvalent (Régiolis) qu’il y fabrique est une condition fixée par Bruxelles pour éviter de se retrouver en situation de monopole, après l’absorption de Bombardier Transport. On voit mal le groupe d’Henri Poupart-Lafarge la revendre au chinois CRRC, sachant que cette fusion entre occidentaux a pour but de le contrer. Un européen, Siemens (absent de France) CAF (mal implanté), voir le russe Transmashholding, dont Alstom détient une part du capital, sont souvent cités comme possibles repreneurs.
Hors de France, Alstom et Bombardier doivent consentir d’autres contreparties pour pouvoir fusionner. La Commission européenne demande la cession des trains à grande vitesse V300 Zefiro de Bombardier à son partenaire Hitachi, mais aussi la vente de l’usine allemande d’Hennigsdorf, qui produit les Talent 3, auquel le futur ensemble doit renoncer. Autres conditions: la fourniture à des tiers de certaines interfaces et produits des systèmes de signalisation et de contrôle des trains de Bombardier.
