Limoges dispose désormais d’un service de navettes électriques gratuites dans son centre-ville… Mais elle s’interroge sur son projet de BHNS. Un questionnement apparu quelques semaines après les élections municipales et le changement de majorité à l’agglomération. Les navettes, elles, font l’unanimité. Expérimentées entre décembre 2019 et mars dernier, elles ont transporté plus de 15 000 personnes et bénéficient d’une image positive. Optimisés grâce à l’expérimentation, les itinéraires des navettes desservent naturellement les sites générateurs de trafics, les parkings afin de favoriser le report modal, les rues piétonnes commerçantes et relient les deux pôles de cette ville bicéphale: le quartier de la mairie et celui de la cathédrale. Les navettes sont accessibles soit à des arrêts prédéfinis, soit à des arrêts spécifiques à un événement, soit à la demande dans certains secteurs. Un bilan après les fêtes et un autre dans six mois permettront d’ajuster itinéraires et points d’arrêt. Le service est entièrement financé par Limoges Métropole: 470 000 € HT/an, dont plus de 200 000 € pour la location de quatre Bluebus de Bolloré (3 pour le service, 1 en réserve) qui peuvent accueillir 22 passagers – dont les PMR aux arrêts équipés – de 10 h à 19 h, du mardi au samedi (+ dimanche et jours fériés lors des fêtes), avec un cadencement à 15 min.
« Ces navettes sont un élément essentiel de la mobilité en centre-ville », estime Guillaume Guérin, n° 2 à la mairie et nouveau président de Limoges Métropole. Concernant le projet de restructuration totale du réseau de TC autour de deux lignes de BHNS, Guillaume Guérin est plus brutal: « Ce projet arrive après la bataille. Il y a une douzaine d’années, il était éligible à 25/40 % de financements publics. Aujourd’hui, c’est 10 % maximum! Or, sans augmentation significative du VT et des impôts, je ne vois pas comment, sur la seule mandature, on pourrait tenir le lancement des deux lignes de BHNS. Tout est donc conditionné à notre capacité à aller chercher des financements publics extérieurs. Si nous ne levons pas 30 à 40 M€ minimum, ce sera compliqué. »
Tout en affirmant vouloir conserver le principe général des deux lignes BHNS en croix, Guillaume Guérin évoque un phasage différent pour lisser la dépense, la ligne A (Nord/Sud) nécessitant des aménagements moins lourds. Cependant, beaucoup de financements publics sont conditionnés au développement des aménagements vélo et TC, au report modal… « Réduire la part de la voiture individuelle dans le centre-ville, c’est dans l’air du temps. C’est en tout cas la préconisation de tous ceux qui nous aident à financer les infrastructures de transport [Limoges bénéficie de nombreux crédits ANRU pour la restructuration de ses quartiers « difficiles ». Mais tous ces crédits sont conditionnés à la desserte de ces quartiers par BHNS, NDLR]. Mais il ne faut pas tomber dans les extrêmes. Limoges n’est pas une ville vélo en raison de sa topographie. Le changement dans les mobilités se fera à Limoges dans un temps relativement long. »
Le nouveau président de Limoges Métropole, Guillaume Guérin, ne semble pas prêt à remettre en cause la place de la voiture dans sa ville: « Il ne faut pas réduire considérablement le nombre de places de stationnement, déclare-t-il. Ce serait contraire à l’effet recherché. Car l’objectif des mobilités douces, c’est l’environnement bien sûr, mais c’est surtout de ramener des chalands en centre-ville. » L’élu se montre particulièrement réservé quant au projet d’extension de la zone 30: « Il est impossible de prendre une telle mesure sans être sûr que la population partage cette vision… Limoges est une ville particulière, qui a longtemps été tout voiture… » Une vaste consultation devrait donc être lancée prochainement.
