HAUTE-VIENNE. Un réseau de six lignes régulières pour relier 19 000 habitants sur une vaste zone rurale. C’est le pari audacieux du service "Tous en car", une expérience menée durant un an dans la région de Saint-Junien.
Depuis le 8 novembre, la communauté de communes Vienne-Glane en Haute-Vienne expérimente, pour une durée d’un an, un service régulier de transport en commun. Baptisé TEC (Tous en Car), ce réseau de six lignes fonctionne le mercredi après-midi et le samedi matin ou après-midi, à raison d’un aller-retour par ligne, avec des horaires prédéfinis.
Un pari audacieux pour une collectivité qui compte huit communes sur un territoire de 195 km2 et une population de 19 000 habitants dont 11 000 dans la ville centre, Saint-Junien. "Oui, c’est une expérimentation faite dans un souci d’équité sociale et territoriale, admet Annie Dardhillac, vice-présidente de la communauté de communes. Après avoir créé ou modernisé des équipements tels la piscine, le centre culturel et le cinéma, il fallait permettre aux habitants des différentes communes de les utiliser, et rompre l’isolement."
Une enquête a été menée début 2006 sur les besoins en déplacement de chaque foyer, association, école, administration. "Nous nous sommes basés sur les besoins exprimés sauf un, l’accès aux grandes surfaces, par respect des petits commerçants", explique Annie Dardhillac, en précisant que, si les six lignes aboutissent à Saint-Junien, leurs itinéraires sillonnent les bourgs et les gros villages et permettent de relier entre elles les communes satellites. "C’est important que les personnes âgées puissent mutuellement se rendre visite!" Quant au prix du billet, il a été fixé à un euro par voyage. "Parce que la gratuité totale est de nos jours assimilée à de l’assistanat, poursuit Annie Dardhillac. Les personnes pour qui le tarif d’un euro serait dissuasif seront aidées par les organismes caritatifs locaux et, par ailleurs, le billet d’entrée dans un des équipements donne droit au voyage retour gratuit."
Le coût prévisionnel annuel du TEC, qui vise 8 000 voyageurs, est estimé à 70 000 euros HT, financé exclusivement, hormis les recettes de billetterie, par la communauté de communes. "Nous ne pouvons utiliser le versement transport car il ne s’agit pas de déplacements domicile-travail. En fait, nous n’avons demandé au conseil général que la délégation de compétence pour le transport local de voyageurs en interurbain, expliquent Aline Gallou et Aurélie Régeasse, les deux techniciennes qui ont monté le dossier TEC. Nous avons opté pour des lignes régulières car la réservation obligatoire d’un transport à la demande (TAD) aurait pu décourager les jeunes qui sont, avec les personnes agées, notre cible prioritaire. Et le TAD nécessite une centrale de réservations, donc un emploi dédié. Financièrement, l’écart était minime."
Si l’appel d’offres du TEC a été remporté par la RDTHV (Régie départementale des transports de la Haute-Vienne), cela n’a pas créé de malaise chez les transporteurs locaux. "Autocaristes et taxis ont été associés à la réflexion, explique Annie Dardhillac. Il s’agit de petites entreprises qui n’ont pas forcément le matériel adapté et compte tenu de leur activité touristique le week-end, auraient dû embaucher. Par ailleurs, un appel d’offres pour le transport des scolaires à la piscine a été remporté par une entreprise locale."
La RDTHV, qui a choisi d’affecter à ces circuits deux Volkswagen LD46 de 22 places, et quatre Temsa Opalin de 38 places, est particulièrement satisfaite d’avoir remporté ce marché. "Dans ce secteur, nous avons dû cet été réorganiser totalement les transports scolaires suite au désistement inopiné de la société attributaire. De ce fait, nous avons là-bas 30 véhicules neufs et 25 nouveaux conducteurs scolaires, explique Manuel Barraud, responsable commercial et marketing à la RDTHV. Il est donc important pour nous d’optimiser l’utilisation des véhicules et, surtout, de fidéliser nos conducteurs en leur proposant des heures complémentaires." Des conducteurs qui, pour le TEC, ont dû être formés à la gestion de caisse et à la billetterie puisque les tickets sont vendus exclusivement à bord. "Désormais, estime Annie Dar-dhillac, c’est à la population de s’approprier le TEC. Plusieurs associations ont déjà décidé de modifier leurs horaires pour les adapter à ce nouveau service."
