PRESIDENTIELLES. Quelle place pour les transports dans les débats pour la course à l’Elysée? Et quelles propositions? Dans l’attente des programmes des candidats, les principaux acteurs du secteur expriment leurs attentes et leur vœux pour 2007.
À mon sens, il faut donner une priorité absolue au développement du transport routier collectif. Et pour cela, travailler sur trois axes d’actions immédiates.
Les finances publiques d’abord, qu’elles soient nationales ou locales, ne doivent plus ignorer l’efficacité économique dans les choix de politiques de transport. Trop de choix, dans le passé, ont répondu à des tendances ou à des modes. L’efficacité économique doit être mise en cohérence avec la satisfaction des besoins de déplacement.
Ensuite, loin d’opposer le privé au public, je souhaite que le rôle, la pertinence et l’efficacité des opérateurs privés soient reconnus. Et surtout que ces acteurs majeurs du transport public soient invités à définir et à mettre en œuvre les politiques régionales et départementales des transports. Ils contribueront ainsi à une meilleure efficacité économique.
Enfin, les différents niveaux, institutionnels et géographiques, de compétences administratives sont issus d’une multiplicité de lois successives et manquent d’efficacité. Le transport collectif en souffre, les voyageurs et les finances publiques également.
D’une manière générale, j’apprécierais que le transport interurbain soit davantage mis en avant, afin qu’il bénéficie d’une véritable politique, comme c’est le cas pour l’urbain. Il doit s’inscrire dans la logique du développement durable. Les responsables politiques doivent comprendre qu’ils disposent pour cela d’atouts: la sécurité, l’écologie et l’économie. Pour favoriser le transport interurbain par autocar, il faudra avoir le courage de casser le lobbying du fer. Les subventions en faveur du rail me semblent ahurissantes, d’autant plus que la performance n’est pas toujours au rendez-vous. On pourrait faire bien mieux sur route. Ce développement impose une véritable volonté politique. Il existe de bons exemples à suivre au niveau régional.
J’aimerais également découvrir des actions en faveur des PME. Elles sont souvent louées pour leur dynamisme et leur capacité à créer des emplois. Partant de ce principe, il faut cesser de lancer des appels d’offres avec des lots de plus en plus importants qui favorisent immanquablement les groupes. Il faudrait légiférer en faveur d’un découpage obligatoire des appels d’offres.
Enfin se pose le problème de l’extension permanente des périmètres de transport urbain. Ces derniers empiètent toujours plus sur le territoire de l’interurbain, au détriment des PME. À ce rythme, nous allons être transformés en simple sous-traitant des réseaux. Nous valons mieux que cela. Chaque jour, des millions d’électeurs voyagent grâce aux entreprises de transport, les présidentiables ne doivent pas l’oublier.
Le futur gouvernement devra développer les transports locaux, départementaux et régionaux et rétablir les aides. L’enveloppe de 50 millions d’euros récemment accordée ne suffit pas. Cette politique devra aussi se faire de façon cohérente. Le Gart est opposé aux mesures de réduction du coût de l’essence qui encourageraient l’utilisation de la voiture particulière. La France a signé les accords de Kyoto et la circulation routière est un des principaux producteurs de gaz à effet de serre. Il me semble plus facile d’agir sur le transport des voyageurs que sur celui des marchandises. L’État doit en profiter. La région Île-de-France est un bon exemple à suivre au niveau national.
Pour le financement, nous militons toujours pour la création d’un fonds d’investissement réservé aux transports collectifs, alimenté par une partie de la TIPP. Il serait judicieux de s’appuyer sur cette taxe pour offrir une alternative à l’automobile. Il faudra aussi rediscuter la possibilité de décentraliser le produit du stationnement payant. Cela permettrait aux collectivités d’avoir plus de cartes en main. Par ailleurs, les crédits alloués à RFF devront être augmentés dans des proportions suffisantes pour permettre l’indispensable régénération du réseau.
Enfin, nous aimerions que la loi évolue, pour permettre aux autorités organisatrices (AO) du transport collectif de devenir des AO du service public de la mobilité durable. Cela nous permettrait d’offrir une alternative à l’automobile en agissant sur le stationnement, l’auto partagée, les modes doux… Nous demandons une palette complète de mesures, pour que l’alternative ne se fasse plus par la contrition, mais par l’incitation.
Les programmes des candidats ne sont pas encore connus, mais les projets des partis nous permettent de prendre la température. Il semble se dégager un consensus sur la question du développement durable, dans lequel s’inscrit le transport collectif. Toutes les mouvances politiques en sont conscientes. Le développement durable pourrait même bénéficier de structures ministérielles. Dans ce cas, il ne faudrait pas que le transport soit dilué au sein d’un champ de responsabilités et d’enjeux trop vastes. Il faudra rester dans le domaine du concret et ne pas perdre de vue les mesures et sujets évoqués depuis quelque temps. Il faut continuer à assurer le lien entre le transport et l’urbanisme, favoriser l’amélioration de l’intermodalité, poursuivre les efforts en matière de sécurité et régler les problèmes liés à la prévision du trafic en cas d’incidents ou de conflits sociaux. Il sera nécessaire d’insuffler une volonté politique et de lancer des actions au niveau national mais je suis assez confiant. La réflexion sur le transport a mûri et sort du cadre des échéances municipales. Pour preuve, ces questions s’invitent dans la campagne présidentielle et nous sommes à la veille d’une prise en considération de la problématique par les candidats.
Il faudra ensuite vérifier dans quelle mesure l’État assumera son rôle d’incitateur, et quel pouvoir il confiera aux autorités locales. À l’UTP, nous sommes favorables au processus de décentralisation, à condition de donner les moyens nécessaires aux collectivités pour assumer leurs ambitions et leurs devoirs en matière de transport. Cela pourrait passer par des subventions ou par la création de nouvelles voies de financement. La récupération de la TIPP me semblerait un choix intéressant.
