La CMN et Corsica Ferries ont réussi à faire reporter la désignation du délégataire de service public pour la desserte de la Corse au départ de Marseille. Le calendrier devient délicat pour la SNCM.
La SNCM vacille. Le Conseil d’État a en effet demandé le 15 décembre – une semaine avant la réunion de l’assemblée territoriale Corse qui devait donner le nom du délégataire de service public – aux trois compagnies qui se disputent la desserte de la Corse, la SNCM, la CMN et Corsica Ferries, de "produire de nouvelles offres conformes aux prescriptions de l’appel public à la concurrence".
Après des mois de combats féroces pour assurer la continuité territoriale au départ de Marseille, chacun se retrouve donc au point de départ, avec en prime une indépendance de la CMN par rapport à la SNCM confirmée par la Cour d’appel de Paris. La SNCM voit lui échapper un contrat indispensable pour sa survie. Elle devra attendre au minimum jusqu’au mois d’avril pour savoir si elle remporte l’appel d’offres et empoche par la même occasion les 95 millions d’euros de subventions annuelles (de 2007 à 2013) qui vont avec.
L’Office des transports de la Corse, l’OTC, a décidé d’aller vite. "Nous allons demander aux trois compagnies de nouvelles offres pour le 25 janvier", affirme un de ses dirigeants. Mais Pierre Mattei, directeur de Corsica Ferries, réclamait "la rédaction d’un nouveau cahier des charges. Celui-ci est trop favorable à la SNCM. L’OTC doit prendre le temps de remettre tout à plat".
Le temps joue contre la SNCM. Veolia, qui a négocié avec le gouvernement au moment de la privatisation une clause résolutoire lui permettant de faire machine arrière si la compagnie ne remporte pas l’appel d’offres, attend pour engager le redressement (400 suppressions de postes), et ne peut colmater la voie d’eau qui fait perdre plusieurs dizaines de millions d’euros par an à l’armement.
La SNCM finit 2006 avec un résultat à peine moins catastrophique qu’en 2005, c’est-à-dire une perte de plus d’une quinzaine de millions d’euros. Parallèlement, la Commission européenne a annoncé le 12 décembre qu’elle doutait de la compatibilité de l’opération de privatisation de la SNCM avec le droit communautaire. Elle s’interroge également sur "le comportement d’investisseur privé avisé" de l’État et sur la "viabilité durable de l’entreprise". Elle devrait se prononcer sur ce dossier en mars ou avril. Beaucoup d’observateurs s’attendent à ce que la Commission oblige la SNCM à réduire sa flotte et à céder des actifs, voire même qu’elle annule la privatisation.
