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Tourisme au goût bulgare

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Tourisme au goût bulgare

Crédit photo Thierry Joly

En plein essor touristique, la Bulgarie compte sur son entrée dans l’Union européenne pour attirer davantage de visiteurs occidentaux. Ils sont l’une des principales sources de devises de l’économie bulgare. Le nouvel entrant ne manque pas d’atouts pour atteindre ses objectifs.

Mi-septembre dans un hôtel au bord de la mer Noire, le restaurant est bondé de vacanciers européens. llustration parfaite du boom touristique – l’un des plus marqués sur le Vieux Continent – qu’enregistre la Bulgarie depuis plusieurs années.

Plusieurs raisons expliquent ce succès, dont le moteur sont les stations balnéaires du littoral. De très belles plages et un bon ensoleillement à seulement trois ou quatre heures de vol de l’Europe de l’Ouest. Un parc hôtelier rénové et étoffé dont la capacité est supérieure de près de 40 % à celle de 2002, avec désormais plus d’un quart des établissements classés quatre et cinq étoiles. Enfin, un bon rapport qualité / prix avec des séjours d’une semaine en pension complète à partir de 400 euros. La formule all inclusive est à peine plus chère. Et les circuits d’une semaine avoisinent les 700 euros.

Rester une destination économique

Les hôteliers bulgares entendent préserver cet atout tarifaire. “Nos augmentations annuelles sont à peine plus élevées que l’inflation (4 à 5 %) et l’entrée dans l’UE n’y changera rien”, souligne Valentina Valcheva, chargée du marché français chez le voyagiste Albena AD.

Le nouveau pays membre de l’Union européenne a accueilli 4,1 millions de visiteurs étrangers en 2005, soit trois fois plus qu’en 2000. Tendance qui ne s’est pas démentie cette année avec 4,2 millions de touristes sur les neufs premiers mois de 2006. L’année passée a aussi vu le retour de Fram en Bulgarie, et l’arrivée de 75 000 Français, en groupes pour une grande majorité. Ce qui nous place toutefois toujours loin derrière les Allemands et les Britanniques. “Les Français sont à la traîne , nous voulons les voir progresser”, lançait Velislava Antova, de l’agence de promotion touristique d’État (Bulgaria Travel) au dernier MIT International. Un souhait partagé par tous les professionnels du secteur qui apprécient les Français, grands consommateurs d’excursions.

Pour se préparer, les employés d’Albena AD apprennent la langue de Molière. D’autant que le marché allemand stagne. Les réceptifs sentent qu’il est temps de diversifier leur clientèle alors que la construction de nouveaux hôtels va bon train. Faisant craindre une surcapacité, génératrice de baisse des prix.

L’UE va-t-elle doper la fréquentation?

Principale source de devises de l’économie bulgare, le tourisme a en effet attiré de nombreux investisseurs.

Toute la filière attend beaucoup de l’entrée du pays dans l’UE. Cette adhésion va t-elle, ou non, profiter à la notoriété du pays et attirer davantage de touristes? Déjà les formalités d’entrée dans le pays ont été allégées, une carte d’identité suffisant à tous les citoyens des États membres. Auparavant, cette facilité était réservée aux voyages de groupes arrivant par charter à Varna, au bord de la mer Noire.

Second objectif, vendre toutes les régions du pays car, aujourd’hui le littoral concentre 60 % des hôtels et 75 % des recettes touristiques. “Cette année, seulement 5 % des clients ont opté pour un circuit”, observe Lyubomir Bacharov, d’Elite Tours, l’agence réceptive de Thomas Cook. En 2006, le TO a fait voyager près de 10 000 Français en Bulgarie.

Vendre les stations de ski

Pour réussir cette mutation, le pays dispose de deux atouts. Un patrimoine riche et très diversifié hérité d’une histoire marquée tour à tour par les Thraces, les Grecs, les Byzantins et les Ottomans. Et de vastes espaces naturels à la faune et à la flore largement préservées, terrains propices à l’écotourisme et aux activités de plein air. Des stations de sports d’hiver commencent ainsi à pointer leurs cimes dans les brochures touristiques. Récemment modernisées, bien enneigées de mi-décembre à avril, elles séduisent les Anglais. Bansko notamment, élue “meilleure d’Europe de l’Est” par le guide Great Skiing & Snowboarding.

Améliorer l’état des routes grâce à l’aide de Bruxelles

Mais, comme les autres sites touristiques bulgares, elles souffrent du mauvais état des infrastructures routières et ferroviaires. “C’est vraiment le point noir du développement de l’économie et du tourisme”, déclarait à l’automne Bojidar Danev, président de la chambre d’industrie. L’adhésion à l’UE fait naître beaucoup d’espoirs, car Bruxelles pourrait financer pour moitié leur modernisation. Coût total estimé: 10,2 milliards d’euros.

En attendant des routes meilleures, les temps de transport limitent les excursions depuis les stations balnéaires. Il faut compter en moyenne huit bonnes heures pour parcourir les 450 km qui séparent le littoral ou les stations de ski de Sofia, la capitale.

Un pays à deux vitesses

Un coquet havre de paix où Lamartine a séjourné en 1833, lors de son voyage en Orient. Telle apparaît la Bulgarie lors d’un séjour estival. Même impression de prospérité à Veliko Tarnovo, l’ancienne capitale des tsars bulgares, sur laquelle veille toujours la forteresse médiévale. Aujourd’hui, c’est une ville universitaire cossue, lieu de villégiature pour Bulgares aisés.

Ces deux hauts lieux touristiques ne doivent pas masquer la réalité d’un pays qui lutte toujours pour sortir des difficultés économiques post-communistes. Banlieues "soviétiques" et agglomérations industrielles sinistrées en témoignent. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir dix minutes à pied en direction de la gare de Plovdiv: des trains d’un autre âge et des bâtiments désuets où tout est écrit en cyrillique, tout comme sur la plupart des rares panneaux indicateurs jalonnant les routes. Alors que campagnes et montagnes offrent des paysages superbes peuplés de Bulgares chaleureux et hospitaliers, ce retard est un frein indéniable à l’essor du tourisme individuel et rural. Dans les campagnes, l’Europe est encore loin. Si certaines exploitations agricoles ont pu se moderniser grâce aux aides de Bruxelles, les paysans utilisent encore le cheval pour cultiver leurs petits lopins de terre. Conséquence, les jeunes partent en masse vers la ville, en quête d’emplois.

Le poids de la religion orthodoxe est également plus sensible à la campagne, et il y a affluence dans les grands monastères du pays comme Batchkovo et Rila. Des étapes incontournables de tout circuit. C’est entre les murs de ces églises que s’organisa pendant des siècles la résistance à l’occupant turc. Une identité que certains craignent de voir disparaître avec l’entrée dans l’Union européenne. En particulier les gens âgés et le monde rural, qui s’inquiètent aussi des effets de la politique agricole commune. La rumeur d’une possible interdiction de distiller soi-même son raki fait bouillir d’indignation les paysans!

Les Bulgares restent tout de même ouverts à l’adhésion à 84 % , et près des deux-tiers ont une opinion favorable de l’Europe. Des chiffres à la mesure de leurs attentes. Autorités et acteurs économiques espèrent moderniser les infrastructures grâce aux fonds de cohésion sociale de l’UE. Les étudiants se réjouissent à l’idée de pouvoir aller plus facilement étudier dans les autres pays et d’y voir reconnus leurs diplômes. Les salariés espèrent une amélioration du niveau de vie qui leur permettrait de voyager à Paris ou à Londres. Un rêve aujourd’hui inaccessible avec un salaire mensuel moyen de 150 euros.

Enfin la lutte contre la corruption et les mafias est un souhait partagé par tous. Deux fléaux assez invisibles pour les touristes, la Bulgarie restant un pays très sûr pour les visiteurs. D’autant qu’une majorité d’entre eux se contentent des plages et de quelques escapades le long du littoral (Varna, les falaises du cap Kaliakra, et l’antique Nessebar, réputée pour ses églises byzantines). Des lieux qui ne donnent pas une véritable idée du pays.

Guide

Y Aller

Vols directs Paris / Sofia avec Air France et Bulgaria Air

Vols charters* vers Varna au départ de Paris et certaines villes de province entre mai et septembre.

* L’Union européenne met Sofia en demeure de remédier aux "graves insuffisances relevées par les experts européens dans le domaine de la sécurité aérienne", pour l’entretien, le contrôle de navigabilité, l’exploitation des appareils et les licences du personnel navigant.

Climat

Continental aux saisons bien marquées: hiver froid et été chaud.

Devise

1 euro = 1,95 lev

Décalage horaire

+ 1 h

Téléphoner

Vers la Bulgarie: + 359 suivi de l’indicatif régional sans le 0 suivi du numéro.

Depuis la Bulgarie: + 33 suivi du numéro sans le 0.

Les plus

Authenticité des villages de montagne • Ensoleillement garanti en été • Beaux sites naturels et culturels • Bon rapport qualité/ prix.

Les moins

Invasion d’échoppes défigurant en partie Nessebar • Gigantisme des stations balnéaires Sables d’Or et Sunny Beach • Manque d’originalité de la cuisine servie dans les hôtels.

Une offre balnéaire concentrée

La plupart des TO ayant la Bulgarie en catalogue proposent des séjours balnéaires en pension complète ou all inclusive, et des circuits en boucle d’une semaine. Généralement au départ de Varna, point d’arrivée des vols charters en provenance de l’Hexagone.

Programmés de mai à septembre, les séjours s’effectuent presque toujours dans trois stations balnéaires situées au nord de Varna.

Albena

Un complexe de 43 hôtels totalisant 16 000 lits gérés par une seule société.

Répartis sur trois lignes parallèlement à la plage dans un vaste domaine boisé, les établissements de 2* à 5* sont entourés de restaurants, de bars et de boutiques. L’ambiance plutôt tranquille convient parfaitement aux familles et aux seniors.

Riviera

Un petit domaine lui aussi propriété d’une seule société dont deux des cinq hôtels sont commercialisés en France. Situés face à une petite plage, toutes leurs chambres ont vue sur la mer.

Sables d’Or

Une petite ville côtière en bordure d’une longue plage qui compte aujourd’hui une centaine d’hôtels pour 80 000 lits.

Attention, les établissements jouent des coudes, et certaines chambres ont vue sur parking ou sur les immeubles en construction.

Les nombreuses animations nocturnes en font la destination à privilégier pour les jeunes.

Tous les hôtels de ces stations proposent des excursions vers Nessebar, Veliko Tarnovo et Choumen où s’élève la plus belle mosquée du pays.

S’ajoute à ce choix la station de Sunny Beach, plus au sud, près de Bourgas et Nessebar (température en moyenne supérieure de 2 oC). Surtout fréquentée par les Britanniques et les Allemands, elle ressemble par sa taille et ses caractéristiques aux Sables d’Or. Signe d’une montée en gamme, un nombre croissant d’hôtels se dotent d’installations de spa, de balnéothérapie et de bien-être.

5 questions à…
Margita Todorova, directrice marketing d’Albena AD qui exploite la station balnéaire du même nom, des hôtels et une entreprise autocariste.

– Quel est le profil de la clientèle française à Albena?

Cela fait trois ans que nous accueillons des touristes français et, pour cette saison, ils sont 17 000, soit 10 % des visiteurs. Les TO Plein Vent, Aquatour (Thomas Cook), Look Voyages et Touristra ont des hôtels-clubs dans la station.

– Quels sont vos projets de développement?

Nous avons entamé un programme de rénovation sur dix ans visant à améliorer le standing de nos hôtels.

Cela s’est déjà traduit par l’ouverture d’un établissement 4*, le Flamingo.

En 2007, l’hôtel-club de Plein Vent, le Dobrotitsa, sera modernisé et en 2008, nous prévoyons d’ouvrir le premier centre de thalassothérapie du littoral bulgare.

– Qu’attendez vous de l’entrée de la Bulgarie dans l’UE?

Plus de visiteurs, car désormais tous les citoyens de l’UE pourront venir en Bulgarie avec une simple carte d’identité. Les TO pourront donc mieux nous vendre en dernière minute.

De notre côté, il nous sera plus facile d’organiser des circuits ou des excursions dans les pays voisins.

– Quelles sont les régions à fort potentiel touristique encore inexploitées?

Les massifs montagneux pour les sports d’hiver et les activités estivales comme le VTT ou la randonnée.

La station de Bansko est en pleine croissance auprès de la clientèle domestique, mais elle reste largement méconnue à l’étranger. Il en est de même pour Pomporovo et Borovets, alors qu’elles ont de très beaux domaines skiables bien équipés et bien entretenus.

Il faut y ajouter la région de Primorsko, au bord de la mer Noire, qui dispose de magnifiques plages de sable fin encore peu fréquentées.

– Que manque-t-il à ces régions pour émerger?

Avant tout de la publicité, comme pour tout notre pays. Nous avons une multitude de sites à faire découvrir ainsi que de nombreuses traditions héritées des diverses civilisations qui ont marqué la Bulgarie. Nous manquons aussi de bons moyens d’accès: pour rejoindre Primorsko, l’aéroport le plus proche est à 90 km, et il est peu desservi par les vols internationaux.

Envahi de magasins de mode et de bars branchés où se presse une jeunesse acquise à la société de consommation, le centre de Plovdiv a déjà des traits occidentaux.

Mais il reste ses vieux quartiers restaurés avec des fonds de l’Unesco et de l’Europe, où les ruelles pavées serpentent entre galeries d’art et d’opulentes maisons représentatives de l’architecture du Renouveau bulgare du 19e siècle.

Propos recueillis par T.J.

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Auteur

  • Thierry Joly
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