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Les patrons retournent à l’école

La formation dans le transport de voyageurs évolue. Elle n’est plus réservée aux conducteurs ou aux jeunes mais vise une nouvelle cible: les cadres et les dirigeants. Avec des offres qui s’étendent à tous les aspects du management.

Pour progresser dans une entreprise, pour faire évoluer sa carrière, il existerait une arme infaillible: la formation. Selon le gouvernement, l’apprentissage tout au long de la vie est la clé de la réussite professionnelle. L’ampleur des mesures adoptées pour faciliter cet accès en est la preuve. Mais, le Dif (Droit individuel à la formation) n’a pas encore trouvé l’écho escompté, auprès des salariés comme au niveau des entreprises qui se gardent bien de trop communiquer sur le sujet.

En matière de formation, le transport fait pourtant partie des bons élèves. Les organismes sont assez nombreux, puissants et bien structurés. Ils évoluent dans un milieu où la formation obligatoire est devenue chose commune.

Les formateurs veulent casser leur image

Mais cette formation visait jusqu’à présent les métiers de base du transport, essentiellement les conducteurs. Ce sentiment a été renforcé par la mise en place de la Fimo et surtout de la FCOS, qui ont renvoyé des milliers de conducteurs sur les bancs de l’école professionnelle. Les organismes de formation ne souhaitent plus que cette image leur colle à la peau. Ils ne veulent plus être perçus comme des formateurs de masse. Pour cela, ils ne peuvent s’appuyer sur la préparation à l’attestation de capacité. Le sésame indispensable à l’accession à la profession de chef d’entreprise de transport est sans doute un des diplômes affichant le plus bas taux de réussite. Au niveau national, il est de 15 %. “Cela s’explique par le niveau d’études généralement peut élevé des candidats, qui ont au mieux le bac. Par ailleurs, nous n’avons pas le droit de mettre en place des tests d’entrée, ce qui ne nous laisse aucun moyen d’évaluer le potentiel des candidats”, explique Gwénaëlle Moubarak, directrice du pôle transport de personnes de l’AFT-Iftim.

Pour toucher l’élite de la profession, les organismes de formation développent donc de nouvelles offres. Les modules destinés aux cadres et aux dirigeants ne sont pas réellement nouveaux. “Mais jusqu’ici, il s’agissait de formations de type opérationnel. Nous souhaitons maintenant leur apporter de nouvelles clés en matière de stratégie de développement de leur entreprise. Cela permettrait ainsi à l’AFT-Iftim de casser son image de formateur de masse”, témoigne Vincent Baldy, directeur adjoint en charge du transport de personnes à l’AFT-Iftim.

Avant même de se pencher sur les thèmes de formation à proposer, les professionnels du secteur sont conscients qu’ils se heurteront à un obstacle majeur: la certitude de bon nombre de transporteurs de n’avoir plus rien à apprendre.

Convaincre les dirigeants: pas si simple…

Nous sommes confrontés quotidiennement aux problématiques de notre profession. Je suis persuadé que le terrain est la meilleure école, d’autant plus que nous avons des spécificités”, souligne Jean-Baptiste Maisonneuve, directeur des Voyages Maisonneuve. Ce type de discours, cette réticence, ne tiennent pas du cas isolé. Les formations destinées aux managers n’affolent pas les compteurs. En 2005, une cinquantaine de chefs d’entreprise se sont tournés vers l’AFT-Iftim pour bénéficier eux-mêmes d’une formation. L’année 2006 donne cependant des signes encourageants. “À fin septembre, nous avions reçu plus d’une centaine de personnes dans nos formations d’encadrement. Cela devrait continuer à se développer”, assure Vincent Baldy.

L’AFT-Iftim n’est d’ailleurs pas seule à s’intéresser à la cible des managers. Ifrac Formation souhaite également développer cette activité, malgré la frilosité des intéressés. “Bien souvent, les dirigeants sont trop pris par leur entreprise pour bien cerner leurs besoins en matière de formation. Le plus compliqué pour nous est de leur faire admettre cela sans qu’ils aient l’impression que nous pointons du doigt les lacunes qu’ils pourraient avoir”, souligne Christophe Couturier, responsable du développement chez Ifrac Formation. Cette prudence nécessaire impose une longue période de gestation avant la présentation de l’offre. C’est le cas à l’AFT-Iftim. Vincent Baldy s’est ainsi adjoint les services d’un consultant spécialisé dans les transports, Eric Ritter. Sa mission va au-delà de l’élaboration des programmes de formation. “Le rôle d’Eric est également de partir à la rencontre des transporteurs, de dialoguer avec eux afin de mieux cerner leurs besoins et également de faire tomber certaines barrières”, précise le responsable.

Se lancer dans une formation pour un dirigeant, c’est accepter qu’un tiers lui parle de ses méthodes de travail. Cette mise à nu n’est pas nécessairement simple. “Il ne faut surtout pas donner le sentiment que nous allons leur apprendre leur métier. Nous n’avons pas cette vocation. Mais nous pouvons apporter un regard extérieur sur leur pratique, cela peut-être utile”, insiste Vincent Baldy.

Accepter les conseils et apprendre à déléguer

Ce détachement du formateur peut constituer un de ses atouts pour faire passer la pilule formation. “Nous les invitons à prendre du recul, notamment en étudiant à tête reposée des cas précis. Cette nouvelle vision, et l’opportunité de partager des expériences leur apportent beaucoup”, appuie Christophe Couturier.

L’offre “newlook” de l’AFT-Iftim devrait être présentée d’ici fin janvier. Un soin tout particulier va être apporté à la dénomination des modules. Trois thèmes devraient dans un premier temps être exploités.

Le premier devrait toucher au nouveau Code des marchés publics. Le but de l’organisme n’est pas d’apprendre aux transporteurs comment répondre à un appel d’offres. “Nous voulons aller plus loin que cela. L’idée est d’apporter de nouvelles pistes pour optimiser les relations avec les autorités organisatrices. Il est très difficile de connaître ce texte sur le bout des doigts. Et les lacunes dont souffrent légitimement les transporteurs sont celles qui leur permettraient de bénéficier de nouvelles marges de manœuvre dans leur discussions avec les AO”, indique Eric Ritter. Ce manque de latitude s’expliquerait notamment par la propension des transporteurs à jouer les hommes (femmes) orchestre.

En d’autres termes, la profession souffrirait d’un manque de délégation de pouvoir. “Dans une entreprise de transport, le bras droit est généralement inexistant. Cela ne laisse guère de temps aux transporteurs pour devenir des gestionnaires visionnaires. Ils sont trop ancrés dans l’opérationnel”, souligne Eric Ritter. Il estime que la formation des cadres doit participer à la structuration des entreprises de transports. “La formation n’est le plus souvent entrevue qu’au travers des Fimo et FCOS. C’est un bombardement qui est vécu comme une obligation. Par ailleurs, le Dif est à ce jour complètement ignoré. Ce dispositif doit être utilisé intelligemment. Il ne faut pas laisser les compteurs tourner, sous peine de se retrouver avec des demandes qui tomberont en cascade, avec les problèmes que cela pourrait poser”, insiste le consultant.

Cette absence de délégation mène au second thème de formation développé par l’AFT-Iftim, qui touche à la problématique de la responsabilité civile et pénale. “Il peut être utile de savoir à qui déléguer un pouvoir pour diluer intelligemment les responsabilités. Notamment pour se prémunir d’un blocage de l’entreprise”, ajoute Vincent Baldy.

Des modules à géométrie variable

Enfin, le dernier axe de formation concerne les questions liées à la sous-traitance et surtout la co-traitance. L’idée est de permettre aux professionnels d’apporter des réponses diversifiées et bien cadrées aux donneurs d’ordres. “Nous essayerons également de sensibiliser sur les notions de regroupement et de lobbying. Les transporteurs doivent se montrer plus souvent force de proposition face aux élus”, plaide Eric Ritter.

Toutefois ces trois thèmes ne constituent pas un cadre strict. “Nous sommes capables de faire du sur-mesure, notamment pour répondre à la demande. Certains transporteurs nous parlent de leur inquiétude à propos de la transmission d’entreprise et de la meilleure façon de valoriser leur société dans l’optique d’une cession. Ce sont des sujets que nous pourrions aborder”. Pour garantir le succès de sa nouvelle offre, l’AFT-Iftim compte sur cette flexibilité et sur le peu de contrainte financière qu’impose ce type de formation. “On parle de 300 euros HT par jour. Ce budget peut être financé dans le cadre du Dif”, précise Vincent Baldy.

Et si on sortait du transport?

Pour séduire les transporteurs, les organismes de formation tentent également de les inviter hors des sentiers du transport. C’est le cas d’Ifrac Formation qui propose des modules résolument centrés sur le management, la motivation des forces de vente, la mise en valeur des produits ou encore la gestion et la logistique des achats. “Nous souhaitons leur apporter des pistes pour faciliter la mise en valeur de leur entreprise. Leur permettre de la rendre plus claire, plus crédible de l’extérieur”, explique Christophe Couturier qui propose également des formations plus spécifiques. “Notamment une sur la question du Code des marchés publics, dispensée par un formateur qui participe à la rédaction de cahiers des charges. Par ailleurs, nous ouvrirons bientôt sur notre site internet un accès où nos clients trouveront des réponses à leur questions en matière de réglementation transport, avec une hot-line fonctionnant cinq jours sur sept”. Ifrac Formation va également organiser des rencontres entre dirigeants de différents secteurs. Ce premier séminaire de formation de quatre à cinq jours sera organisé au Maroc. “Nous voulons avant tout leur donner l’occasion de partager des expériences et de se réunir autour d’un thème fédérateur et transversal”, ajoute-t-il.

Le principe des rencontres plaît également à l’AFT-Iftim. L’organisme aimerait proposer un rendez-vous annuel, qui permettrait à des transporteurs de se mettre à jour sur des points qu’ils auraient choisis. “Cela se ferait par groupe de 10 à 15 personnes, à Paris. Les participants repartiraient avec les idées claires et pourraient bénéficier d’une hotline une fois rentrés dans leur entreprise”, promet Eric Ritter. Visiblement quand les organismes de formation ont ferré un dirigeant, ils usent de toutes les ficelles pour ne pas le lâcher.

QUOI DE NEUF?

Les offres AFT-Iftim

Les formations cadres et dirigeants:

• Quelle stratégie pour réduire le coût du poste carburant?

• Optimiser la consommation du carburant

Les formations conducteurs:

• Somnolence et micro-sommeils pendant la conduite

• Initiation à l’utilisation du chronotachygraphe électronique dans le transport de personnes

• Prévention des conflits, améliorer ses relations avec les autres

• Accueil des personnes à mobilité réduite dans le transport de personnes

Les offres d’Ifrac Formation

Commercial:

• Commercial pour non-commerciaux

• Perfectionnement à la négociation

• Faire face aux clients difficiles

• Défendre ses prix et ses marges

• Négocier avec les grands comptes

Management commercial:

• Motiver ses commerciaux

• Management de proximité

• Manager en confiance

• Le manager et le droit social

• Le manager et le recrutement

Chauffeurs et professionnels de la route

• Responsabilité des chauffeurs

Formation chronotachygraphe numérique

Chefs d’entreprise et cadres dirigeants:

• La responsabilité du chef d’entreprise

• Coacher son équipe et développer son leadership

• Recrutement

• Droit social

• Manager et gérer les personnalités difficiles

• Management d’une situation difficile

RESPONSABLE D’EXPLOITATION: LA NOUVELLE PÉNURIE

Il n’y a pas que les conducteurs qui manquent dans les entreprises de transport de voyageurs.

Le service exploitation est lui aussi touché par la pénurie.

Les chiffres sont moins importants, mais le handicap est bien là, forçant bon nombre de chefs d’entreprise à se pencher plus assidûment sur le planning.

"Nous recevons au moins deux offres d’emplois par semaine. Nos promotions ne nous permettent pas de répondre positivement à toutes ces demandes. Mais le plus surprenant, ce sont les attentes qu’ont les entreprises vis-à-vis de nos futurs jeunes diplômés", témoigne Gwénaëlle Moubarak, directrice du pôle "transport de personnes" de l’AFT-Iftim.

Cette carence peut difficilement être imputée aux organismes de formation. Leur offre compte un nombre important de cursus préparant à cette profession.

Le pôle parisien de l’AFT-Iftim propose deux diplômes: le TSTP (Technicien supérieur en transport de personnes), de niveau bac + 2, et le RPTP (Responsable production en transport de personnes), de niveau bac + 3.

Le problème est que le transport de personnes attire peu.

Le secteur ne séduit pas assez les jeunes bacheliers.

Au pôle "transport de personnes", les effectifs ne sont pas complets. "Notre promotion compte 35 personnes, alors que nous pourrions aisément accueillir 40 étudiants, voire plus si le besoin l’imposait", poursuit Gwénaëlle Moubarak. Pour attirer plus de monde dans ses salles de classe, la directrice du pôle va proposer dès la rentrée 2007, la formation RPTP en alternance. "Elle s’effectuera dans le cadre d’un contrat de professionnalisation de 24 mois. Cela devrait nous permettre de combler notre déficit d’attrait auprès de la population estudiantine".

Dans sa recherche de promotion du secteur et de ses métiers, Gwénaëlle Moubarak se sent quelque peu esseulée: "Au niveau de l’AFT-Iftim, nous ne sommes pas avares de communication, notamment dans des salons. Mais nous regrettons le manque d’appui de la FNTV.

Les professionnels et leurs représentants ne communiquent pas suffisamment.

Résultat: le grand public ne voit le transport de personnes que sous l’angle du conducteur, et cela nous dessert".

Une méconnaissance d’autant plus regrettable que "tous les participants d’une promotion trouvent du travail avant même d’avoir passer leur diplôme. Et même l’échec à l’examen n’entraîne pas forcément un rejet de l’entreprise". Pénurie oblige.

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Auteur

  • David Reibenberg
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